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08/05/2013

Boucané comme un Fécampois !

Voilà une expression bien normande, désignant les ouvriers et ouvrières des « boucanes », le nom fécampois des saurisseries où l’on fumait et travaillait le hareng selon une technique directement héritée des Vikings ! Car à Fécamp, le centre du fumage du hareng, ce poisson, pêché en abondance donc bon marché, a toujours été consommé en quantité et pas seulement pas les plus démunis. Dès l’an 1000, les moines bénédictins vont en posséder le monopole de la vente dans toute la région. Le hareng fait dès lors figure de manne lors des grandes disettes, à tel point que, pour dédommager les populations de la stérilité de leurs terres, le Saint-Siège en autorise la pêche les dimanches et jours de fête.

Mais le hareng frais se garde difficilement. Pour le transformer en hareng saur, lui donner du goût et surtout assurer sa conservation, on le fume dans de grandes cheminées, « les boucanes », en couvrant le feu de copeaux de hêtres bien frais. 

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La première moitié du XXème siècle va être la grande époque du hareng saur. Le « safate », ouvert en deux et fumé, ainsi que le « bouffi », salé et fumé plus légèrement, peuvent dès lors se conserver une quinzaine de jours, c'est-à-dire d’une campagne de pêche à l’autre. 

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A Fécamp, il y a eu plus de 300 boucanes identifiables à leurs nombreuses souches de cheminée dépassant du pignon. La dernière, la boucane Prentout, maintenant appelée boucane du Grand Quai ou grande  boucane, dernier vestige de cette activité très importante sur le port, a fonctionné jusqu’en 1968. Aujourd’hui, restaurée, elle est visitable à certaines occasions dans un circuit accompagné de la maison du Patrimoine, appelé « Fécamp capitale des terre-neuvas ».  

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Mais revenons à notre expression « boucané comme un Fécampois ». Le verbe normand « boucaner » c’est-à-dire fumer, est employé pour désigner un fumeur qui aspire beaucoup de fumée à la fois. Mais  il est également synonyme de se quereller…  

 

Biblio. « Normandie insolite et secrète » de J-C. Collet et A. Joubert – Jonglez 2013.

Photos : Merci notamment aux sites  http://boutmenteux.net/ et http://dytic.over-blog.com/

10/03/2013

C'est pas pour bère !

« Le père Triqueville est mourant. Depuis la veille il a perdu connaissance et selon l’expression de Maupassant sa respiration ressemble « au bruit d’une pompe qui n’a plus d’iau ». Sa femme hargneuse, qui le malmena toute sa vie, va et vient, range la maison pour recevoir le prêtre qu’elle attend.  

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Chaque fois que Triqueville fut ivre, il eut une scène violente. Mais ça ne le corrigea pas. Et la femme à cette heure où il va mourir ronchonne en pensant aux cuites passées et au dérangement que va lui occasionner cette mort.

Le prêtre arrive et commence à administrer au mourant les derniers sacrements. Au moment où il fait l’onction sur les lèvres, le père Triqueville, sentant un contact sur sa bouche, l’ouvre instinctivement. Mais la bonne femme qui se trouve près du lit, d’un geste brusque la lui clôt en disant :

-         Ferme la goule ! C’est pas pour bère.* »

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*« Le voyage », extrait d’ « Augerons-Contes du Cru d’Auge », de Jean Bard –

Photos. « Boujou de Normandie » de Miniac – Ed. Orep. Bayeux - 2012 et « Vivre et mangers normands » de B. Leroux et C. Quétel – Ed. I.D.P. Paris – 1983.

 

06/02/2013

La liturgie normande du café arrosé !

« Si l’on vous offre un café dans une ferme de Normandie, vous êtes alors pris dans un terrible dilemme : refuser et paraître « ben fier » ou accepter et entrer dans une terrible aventure. 

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Aussitôt bu, le café, qui a parfois reçu « eun’goutte », une « larme », un « brin », une « larmichette » de « goutte » (ne serait-ce que pour lui faire passer un goût redoutable de réchauffé), se voit remplacé dans la tasse encore chaude par une solide « rinchett’ », une nouvelle rasade de Calva versée pour absorber le sucre qui pourrait encore y rester, puis d’une « surinchett’ », destinée cette fois à nettoyer à fond la tasse et à réveiller la conversation.

 

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Puis suit le « gloria », car « on ne s’en va pas sur une jambe ». Si on n’a pas eu encore le courage de fuir, vient le « coup d’pied au cul » et, juste au moment de partir, la « déchirante », la « goutte de la patronne » celle qu’on boit le cœur gros au moment de se séparer, « d’la vieulle », la « bouteill’à la maîtress’ », réputée meilleure, qu’elle sort du fond de l’armoire et qu’il serait particulièrement impoli de refuser.

Enfin, vient le « coup d’l’étrier », servi au moment où le convive est supposé prêt à monter en voiture.  

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Si vous quittez la table en titubant, vous aurez fait plaisir à vos hôtes. Si au contraire, vous repartez d’un bon pied en laissant tomber quelques mots sur ce calva très goûtu mais peut-être un peu trop jeune (il l’est toujours), vous aurez fait leur conquête. »

 

 

Article extrait de « Vivre et mangers normands » de B. Leroux et C. Quétel –Ed. I.D.P. Paris 1983.