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LE PARLER NORMAND - Page 3

  • Paroles de normands !

    Autrefois, dans notre belle province, quand venait le temps des amours ou plutôt celui de se marier, comme « ch’est pas avé la biauté d’sâne qu’no va au moulin » (ce n’est pas avec la beauté de son âne qu’on va au moulin », le gars normand, prudent et réfléchi, les deux pieds bien à plat sur le plancher des vaches, recherchait plutôt une fille « qu’ait du byin » (du bien) afin « d’assemblli les barryires » (de rassembler les barrières)…

    « L’auge étant faite pour le cochon ! » (qui se ressemble s’assemble), « un biau qu’à tous ses membres » (un beau qui a tous ses membres), courageux et travailleur, même d’une intelligence très moyenne et d'un physique ingrat, réussissait toujours à trouver l’âme sœur ! « Tout fagot trouve son hart » (tout fagot trouve son lien).

    Quant aux demoiselles à marier, elles savaient très bien elles-aussi se méfier de celui « qu’avait plus de goule que d’effet » (le beau parleur), des « baveux, bavacheux, ceusses qu’on d’la jappe » (les bavards), comme de celui qui avait « l’gosier bien chaussé » (qui pouvait boire beaucoup et n’importe quoi !) ou des « grands amasseux », les avares…

    Peu importait que la future, « ait failli rester su’l’pot » (célibataire), car  tous savaient que « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe…. »  

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    Comme  « les gueuses, c’est pas comme la goutte, ça s’amende pas en vueillissant » (les femmes, c’est pas comme la goutte (le Calva), ça s’améliore pas en vieillissant), on pratiquait le « tater vaut ve » (toucher permet de mieux voir à qui ou à quoi on a affaire) et on s'autorisait volontiers et sans retenue  le « tâter le blé à travers la pouque ! »  

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    Bien sûr, à ce jeu là, naissaient des « pouchins de haie » (les poussins de haie sont des poussins nés d'une poule dont on ignorait qu’elle avait pondu et couvé au fond d’une haie et qui, un matin, accompagnaient leur mère au poulailler).

     

     

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    Après les noces, même si « no vé pu d’mariés que d’contents » (on voit plus de mariés que de contents), l’épouse ne tardait pas à être « en train d’bi faire » (en train de bien faire), c’est-à-dire dans l’attente d’un heureux évènement, sinon, elle allait à l’Eglise prier Saint-Hyacinthe et « si le saint n’y peut rien, le bedeau y pourra bien ! »

     

     

    Biblio. « Normandies – Savoureuses expressions normandes » de R. Jouet – Orep Ed. 2012

    Dessins : « Bienvenue chez les Normands » de N. Sterin – De Borée 2011

     

  • I'r'pleut !

    « Ça crachine, « ça vase », « ça bérouine », « ça verse », « ça écrase », « ça brousse », « ça drache », ou bien encore « y pleut comme vak ki pisse », « i tumbe dé l’iaô », « i broussène », « i frouasse », « i avrille », il y a des « pissies de ranne », des « pluies de rainette », des « lachies » (accompagnées de vents), des pluies « énarpées » (quand il pleut à sceaux),… Selon Christiane Lablancherie*, les normands peuvent être fiers de leurs temps humide car la pluie, les averses et autres ondées, ont, écrit-elle, généré plus de quarante expressions « ben cheu nous » ! 

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    A écouter les mauvaises langues, il ne pleuvrait que deux fois par semaine en Normandie : une fois 3 jours, et une autre fois 4 jours. C’est bien sûr entièrement faux, de la pure médisance !!!  Même si le parapluie est, il faut bien le reconnaître, le meilleur ami du normand,  prudent par nature !

    Mais toutes ces pluies, brumes, averses, bruines et autres crachins sont essentiels à la fertilisation des riches terres de notre belle province.  Non seulement sans eux, herbages et vergers ne s’épanouiraient pas, mais surtout notre gastronomie n’existerait pas ! Adieu crème épaisse, fromages parfumés, pommes juteuses, viandes juteuses, calva et autres douceurs…

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    Et le normand, pour qui « la pluie n’arrête pas le pèlerin » le sait bien !  Quand le temps « s’graisse », « s’barbouille », « s’rembreunit », c’est que la pluie ne va pas tarder, qu’il va « tomber une pichée d’iâo ». Par contre, s’il « s’écaillot », l’éclaircie n’est pas loin.

    Avant le « crachin », imprégnant tout d’une désagréable humidité, le temps est « mucre », mot venant du scandinave « mygla » signifiant « moisissure ». D’« eune pissie de cat », une petite averse, à l’averse maximale, « l’achanaée », terme venant du latin populaire « catabela » qui signifie « bois abattu par la force du vent », la graduation est fine : « Eune chilaée », une sacrée averse, une « apalanchie d’iâo », une très grosse averse, etc.

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    Et le saviez-vous, il pleut plus souvent au Havre (160 jours de pluie en moyenne par an) qu’à Rouen (131 jours seulement), pourtant surnommé « le pot de chambre de la Normandie" !

    Et c’est au sud du département de l’Eure, surnommé « le Sahara normand » que la pluviométrie est la plus basse (510 mm contre 1 300 mm dans la Manche) !  

     

     

    Biblio. « « Fier d’être Normand «  de C. Lablancherie – Ed. Ouest-France 2013

    Images : « Boujou de Normandie – Dictionnaire humoureux et savoureux » de Miniac – Orep Ed. 2012 et « Bienvenue chez les normands » de N. Sterin – De Borée 2011.

  • Boucané comme un Fécampois !

    Voilà une expression bien normande, désignant les ouvriers et ouvrières des « boucanes », le nom fécampois des saurisseries où l’on fumait et travaillait le hareng selon une technique directement héritée des Vikings ! Car à Fécamp, le centre du fumage du hareng, ce poisson, pêché en abondance donc bon marché, a toujours été consommé en quantité et pas seulement pas les plus démunis. Dès l’an 1000, les moines bénédictins vont en posséder le monopole de la vente dans toute la région. Le hareng fait dès lors figure de manne lors des grandes disettes, à tel point que, pour dédommager les populations de la stérilité de leurs terres, le Saint-Siège en autorise la pêche les dimanches et jours de fête.

    Mais le hareng frais se garde difficilement. Pour le transformer en hareng saur, lui donner du goût et surtout assurer sa conservation, on le fume dans de grandes cheminées, « les boucanes », en couvrant le feu de copeaux de hêtres bien frais. 

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    La première moitié du XXème siècle va être la grande époque du hareng saur. Le « safate », ouvert en deux et fumé, ainsi que le « bouffi », salé et fumé plus légèrement, peuvent dès lors se conserver une quinzaine de jours, c'est-à-dire d’une campagne de pêche à l’autre. 

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    A Fécamp, il y a eu plus de 300 boucanes identifiables à leurs nombreuses souches de cheminée dépassant du pignon. La dernière, la boucane Prentout, maintenant appelée boucane du Grand Quai ou grande  boucane, dernier vestige de cette activité très importante sur le port, a fonctionné jusqu’en 1968. Aujourd’hui, restaurée, elle est visitable à certaines occasions dans un circuit accompagné de la maison du Patrimoine, appelé « Fécamp capitale des terre-neuvas ».  

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    Mais revenons à notre expression « boucané comme un Fécampois ». Le verbe normand « boucaner » c’est-à-dire fumer, est employé pour désigner un fumeur qui aspire beaucoup de fumée à la fois. Mais  il est également synonyme de se quereller…  

     

    Biblio. « Normandie insolite et secrète » de J-C. Collet et A. Joubert – Jonglez 2013.

    Photos : Merci notamment aux sites  http://boutmenteux.net/ et http://dytic.over-blog.com/