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02/08/2009

A chacun sa marotte !

Vous connaissez bien sûr l’expression, mais saviez-vous que le mot « marotte » vient du dialecte normand ? Il était à l’origine le diminutif du prénom Marie et c'est  par déformation qu'il désigna par la suite une sorte de spectre de fantaisie coiffé d’une tête encapuchonnée et décorée de grelots, attribut du fou à la cour des rois et des grands seigneurs.

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Antoine Furetière, poète (1619-1688)

 

Furetière disait « A chaque fou sa marotte » et c’est curieusement le roi Charles V, surnommé Le Sage, qui prit l’habitude de s’attacher les services d’un fou chargé de le distraire.

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 Le roi Charles V Le Sage

Ce personnage n’était d’ailleurs pas si fou que cela car même s’il était le seul autorisé à raconter au roi tout ce qui lui passait par la tête, encore fallait-il qu’il mesure bien ses paroles... Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire… surtout chez les rois !

Le fou donc avait comme le roi, son sceptre : c’était la fameuse marotte. Et donc, chaque roi eut un fou et sa marotte.

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Le bouffon Triboulet - Gravure du XIXe

 

 

Le plus célèbre est sans doute Triboulet, fou de Louis XII puis de François Ier, immortalisé par Victor Hugo dans « Le roi s’amuse ».

Le roi s'amuse - Comédie Française - 1882.jpg

 

C’est ainsi que la  marotte est devenue, en Normandie comme ailleurs, un passe-temps, un hobby ou une manie.

07/07/2009

Français régional ou patois normand ?

Nombreux sont ceux qui pensent que le patois normand n’est qu’une simple déformation du français. Il leur suffit d’entendre "siau" ou "viau" pour "seau" et "veau" pour en être convaincus. Erreur !!!

Faut-il rappeler que le dialecte normand formait, avec le poitevin, le bourguignon, le picard et le parler de l’Ile-de-France, la langue d’oïl, oïl signifiant "oui". Au Moyen-Age, ces différents dialectes sont les seuls parlés dans leur région. Le dialecte normand est donc la langue "officielle" de la Normandie.

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A l’époque où les rois capétiens ont fait la France, en agrandissant le domaine royal de différentes provinces, dont celles citées plus haut, le parler d’Ile-de-France s’est étendu à ces régions devenues françaises pour former le Français. Dans cette langue nouvelle, il subsistait bien sûr des vieux mots d’origine normande.

A ce sujet, il est utile de faire la différence entre patois et français régional.

Contrairement au français standard, qui se parle et se comprend partout en France, le français régional est celui qui se parle et se comprend uniquement dans une région donnée.

Ainsi, quant un normand parle de son "bésot bien vésillant", il faut savoir que ces deux mots qui signifient "un petit bonhomme plein de vie" ne sont utilisés principalement qu’en Haute-Normandie.

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Ce qui caractérise cette fois le patois normand, c’est la différence qui existe dans la prononciation des mots. C’est ce que les experts nomment un "grignotement" ou un "escamotage" des syllabes. Par exemple, dans l’expression française "Peut-être bien, Monsieur ", six syllabes sont perçues alors que prononcé en patois "P’têt bin, M’sieu"», il n’en reste plus que trois !

On constate également que les finales en "eux" remplacent celles en "eur" ("la peux", "un chasseux", "un péqueux"), de même que la lettre "r" tombe souvent à la fin des mots ("la mé", "l’pé", "mouri", "v’ni"). De même, l’association du pronom singulier "je" avec une forme verbale du pluriel est également caractéristique ("j’avons bien ri", "j’aurions bin voulu"). Enfin, le patois conjugue le passé simple des verbes du 1er groupe comme s’ils appartenaient au second ("j’mangis", "je m’sauvis" ou mieux, "j’mécapis").

 

Le patois normand compterait environ 8000 mots, mais tout comme le français régional, il en disparait un peu chaque jour. Heureusement certains dictons et expressions perdurent encore aujourd’hui et ce pour notre plus grand plaisir comme l'emblématique "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non".

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Pour clore mon propos et pour vous encore cette histoire « ben cheu nous » :

«  Un voyageur cheminait sur la route poudreuse qui le menait à Bolbec. Avisant un paysan qui « bouinait » dans son champ, il lui demanda :

-          « Mon ami, pouvez-vous me dire combien de temps il faut pour atteindre Bolbec ?

-          Oh mais ! Vos n’y êtes pas cô ! Marchez don !

-          Evidemment que je n’y suis pas encore ! Je vous demande combien de temps il me faut pour y arriver.

-          Pisque j’vos dis d’marcher cô !...

Décidément, se dit notre voyageur, les Normands ne sont guère avenants !... Il continua donc son chemin en maugréant. Lorsqu’il eut parcouru une centaine de mètres, il entendit une voix dans son dos.

-          J’cré ben qu’vos en avez pour une heure !...

-          Tiens ! fit le voyageur en se retournant, vous avez enfin réfléchi ?... Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?

-          Dame ! Est-ce que j’pouvions le savoir si je ne savais pas de quel pas vous marchez ? Si vous alliez plus vite, eh ben vos n’metteriez que trois quarts d’heure !... Mais si vous marchiez plus lentement, vous metteriez ben une heure et quart, même une heure et demie… Vous admettrez que ça change tout ! »