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11/02/2014

Qui qu’oppose ? Qui qui catouille ? Qui pignote ? Qui vivote ?

Voici quatre expressions « ben t’cheu nous », c'est-à-dire bien Normandes !

« Qui qu’oppose ? » C’est l’équivalent du français courant  « pourquoi  pas ? » L’emploi du verbe « opposer » pour « empêcher » se retrouve fréquemment dans le patois normand. Jadis, on utilisait volontiers le verbe « opposer » dans le sens « on ne peut pas l’opposer de s’en aller si c’est son idée » comme dans celui de  « son mal l’oppose de dormir ». Ou bien encore comme dans cette expression plus courante en Basse-Normandie, « y a d’tché qu’oppose ».

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 « Qui qui catouille ?» signifie « qu’est-ce qu’il fait ? ». En Normandie, « Catouille » désigne également un homme efféminé, un peu tatillon, qui aime s’occuper du ménage par exemple. On disait aussi de lui qu’il était un « tâte minette » ou un « tâteux de poules ». Mais « catouiller » est aussi synonyme de « chatouiller » dans le Pays de Caux.

« Qui pignote vivote ! » En patois normand, grignoter, manger peu, par petits morceaux, parfois même avec dégoût, se dit « pignoter », « pignocher » ou « pingnoler ». C’est d’ailleurs le sens qu’avait le verbe « pignocher » en français du XVIIe siècle.

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Le dicton « Qui pignote vivote » signifie " qui mange peu, par nécessité ou par choix, ne peut être que « de petite vie »" : il n’a pas d’accès à « la grande vie » que permet l’opulence.

A contrario, le verbe « vivoter » ou « vieilloter », dérivé de l’adjectif de l’ancien français « vieil » devenu « vieux », se retrouve dans l’expression « Qui vivote vieillote » : celui qui mène une vie sans excès a des chances de vivre longtemps ! Sages sont les normands !

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Biblio et illustrations « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Ed. Bonneton  1998 – « Boujou – Dictionnaire humoureux et savoureux de Normandie » de Miniac – Orep Ed. 2012 et « Bienvenue chez les Normands » de N. Sterin – Ed. De Borée 2011

12/01/2014

Le norrois dans le patois normand

 « Pour s’emplli la goule

I faut d’la teurgoule,

I faut d’la falue itou,

Ch’est cha qui fait bère eun coup ! »*

A partir du IXème siècle, les Vikings ayant lancé sur notre pays, essentiellement depuis la Norvège et le Danemark, leurs expéditions guerrières, ont introduit leur langue, le norrois, dans la future Normandie. On en retrouve trace aujourd’hui, dans notre patois local.

Ainsi, le mot scandinave « falr » a donné  la « fale » ou « falle » qui désigne la poitrine ou la gorge. D’où l’expression normande « être tout défalé », c’est-à-dire se promener la gorge à l’air, en décolleté.

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Mais ce mot a donné également la « falue », sorte de brioche. D’ailleurs le mot « fallu » est aussi synonyme de ventru ou d’orgueilleux. Quant à  l’expression normande « avei la fale basse », cela veut dire tout simplement être affamé !

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Pour désigner l’appétit, les anciens normands utilisaient volontiers l’expression « Vaut muus l’vei passaer qué d’le nouorri » (vaut mieux le voir passer que de le nourrir). Ou bien encore « Ch’est eun sac à tout grain ! » (C’est un sac à tout grain : il mangerait n’importe quoi !)

De celui qui avale goulûment, ils disaient « Il a eune bouonne avalouère » ou bien « il a l’gosier chaussant ! » et même « I f’rait eune lieue la goule ouverte pour mouogi d’la galette ! »

 

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*Pour s’emplir la goule, il faut de la teurgoule – Il faut de la falue (de la brioche), c’est ça qui fait boire un coup !

Biblio et dessins de Minias issus de« Boujou de Normandie – Dictionnaire humoureux et savoureux » et « Normandises – savoureuses expressions normandes – N°2" – Orep Ed.

« Les Vikings et les Patois de Normandie et îles Anglo-Normandes » de J. Renaud – Orep Ed. 2008

16/10/2013

Paroles de normands !

Autrefois, dans notre belle province, quand venait le temps des amours ou plutôt celui de se marier, comme « ch’est pas avé la biauté d’sâne qu’no va au moulin » (ce n’est pas avec la beauté de son âne qu’on va au moulin », le gars normand, prudent et réfléchi, les deux pieds bien à plat sur le plancher des vaches, recherchait plutôt une fille « qu’ait du byin » (du bien) afin « d’assemblli les barryires » (de rassembler les barrières)…

« L’auge étant faite pour le cochon ! » (qui se ressemble s’assemble), « un biau qu’à tous ses membres » (un beau qui a tous ses membres), courageux et travailleur, même d’une intelligence très moyenne et d'un physique ingrat, réussissait toujours à trouver l’âme sœur ! « Tout fagot trouve son hart » (tout fagot trouve son lien).

Quant aux demoiselles à marier, elles savaient très bien elles-aussi se méfier de celui « qu’avait plus de goule que d’effet » (le beau parleur), des « baveux, bavacheux, ceusses qu’on d’la jappe » (les bavards), comme de celui qui avait « l’gosier bien chaussé » (qui pouvait boire beaucoup et n’importe quoi !) ou des « grands amasseux », les avares…

Peu importait que la future, « ait failli rester su’l’pot » (célibataire), car  tous savaient que « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe…. »  

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Comme  « les gueuses, c’est pas comme la goutte, ça s’amende pas en vueillissant » (les femmes, c’est pas comme la goutte (le Calva), ça s’améliore pas en vieillissant), on pratiquait le « tater vaut ve » (toucher permet de mieux voir à qui ou à quoi on a affaire) et on s'autorisait volontiers et sans retenue  le « tâter le blé à travers la pouque ! »  

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Bien sûr, à ce jeu là, naissaient des « pouchins de haie » (les poussins de haie sont des poussins nés d'une poule dont on ignorait qu’elle avait pondu et couvé au fond d’une haie et qui, un matin, accompagnaient leur mère au poulailler).

 

 

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Après les noces, même si « no vé pu d’mariés que d’contents » (on voit plus de mariés que de contents), l’épouse ne tardait pas à être « en train d’bi faire » (en train de bien faire), c’est-à-dire dans l’attente d’un heureux évènement, sinon, elle allait à l’Eglise prier Saint-Hyacinthe et « si le saint n’y peut rien, le bedeau y pourra bien ! »

 

 

Biblio. « Normandies – Savoureuses expressions normandes » de R. Jouet – Orep Ed. 2012

Dessins : « Bienvenue chez les Normands » de N. Sterin – De Borée 2011