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12/05/2009

Les années de guerre de mon père - 2ème époque : l'armée de l'ombre

1943 : La France est occupée, la France est affamée mais la France résiste !

Mon père, Albert-Camille BOULANGÉ (sosa 2), a rejoint depuis le printemps son bataillon des Marins Pompiers de Marseille.

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 Mon père franchissant le portail de la maison familiale de Notre-Dame de Franqueville (76)

Mais dès le 23 juillet 1943, il décide de rallier les F.F.I. à Mirabeau*, petit village du massif du Luberon situé dans le département du Vaucluse, entre Perthuis et Manosque.

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Le village de Mirabeau (Vaucluse)

Sous ce nom générique de « Forces Françaises de l'Intérieur » ou F.F.I. attribué officiellement en 1944, se retrouvent les groupements militaires de la résistance intérieure française qui se sont constitués dans la France occupée : l'Armée Secrète,  les Francs-tireurs et Partisans (FTP), l'Organisation de résistance de l'armée ainsi que les centaines d'hommes des nombreux maquis disséminés sur tout le territoire. Placées sous l'autorité politique du Général de Gaulle, les F.F.I. se composent de femmes et d'hommes clandestins, opposant un refus spontané à la résignation de la défaite, en lutte contre l'occupant et contre le régime de Vichy, désireux soit de se cacher pour échapper au Service du Travail Obligatoire soit de se battre et de participer activement à la résistance. Les maquis, situés en zones forestières ou montagneuses, leur offrent refuges et cachettes.

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 Affiche de propagande des F.F.I.

Vivant dans l'illégalité, ils ont, notamment pour le ravitaillement, le soutien bienveillant de la population. A partir de l'année 1943, les forces alliées vont leur fournir des munitions avec lesquelles ils lancent, souvent au péril de leur vie, de véritables opérations de guérilla destinées à paralyser les transports ferroviaires, retarder l'acheminement des renforts allemands vers le front et saboter les communications. Autant d'actions qui vont se révéler essentielles et décisives dans la lutte contre l'ennemi et la libération de notre pays. Les F.F.I. facilitent aussi l'évacuation des aviateurs tombés en France ou l'évasion des volontaires vers la France Libre. Ainsi, dès le printemps 1944, la Résistance peut compter sur quelque 300 000 agents ou maquisards (alors qu'ils n'étaient que 40 000 un an auparavant) et ce malgré l'intensification de la répression menée par les services allemands et la Milice, cette organisation politique et paramilitaire française crée en 1943 par le gouvernement de Vichy,  véritable supplétif de la Gestapo,  participant à la traque des juifs et à celle des réfractaires au Service du Travail Obligatoire. Opérant souvent à découvert, les résistants sont des cibles malheureusement faciles. Ainsi, pour la seule région de Marseille, entre juin et août 1944, près de 600 d'entre eux ont été tués !

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Au maquis Mirabeau

A l'été 1944, mon père et son unité rejoignent la commune de Puy-Sainte-Reparade située dans le département des Bouches-du-Rhône à 17 km au nord d'Aix-en-Provence, où, avec l'ensemble des forces des F.F.I. sur le terrain, ils  vont « préparer l'autre débarquement », celui des forces alliées en Provence, qui débute le 15 août 1944, au moment où s'achève la bataille de Normandie, et qui devait porter à l'ennemi le coup décisif dans le sud de la France.

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Blason du maquis Mirabeau porté par mon père

Le rôle d'appui des résistants à cet important dispositif militaire stratégique va être déterminant : réception des troupes et des matériels parachutés, multiplication des opérations de sabotage destinées à bloquer les renforts allemands : destruction des ponts, des voies ferrées, des routes, ...

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Carte du débarquement de Provence

Le débarquement de Provence, baptisé « Opération Dragoon », confié au général  Patch, va mobiliser 325 000 hommes, tous placés sous le commandement américain. Il associe trois divisions américaines et sept divisions françaises dont deux divisions blindées, soit plus de moyens en hommes et en matériel que pour le débarquement en Normandie ! L'armée française, l'armée « B », future « Première Armée » est commandée par le général de Jean De Lattre de Tassigny. Elle est formée de vétérans des combats d'Afrique et des forces indigènes qui se sont illustrées en Italie.

Si les Allemands bénéficient d'une supériorité numérique, les mauvaises nouvelles venues de Normandie pèsent lourdement sur leurs troupes démoralisées. En outre, pour eux, la Méditerranée est un secteur secondaire, leur artillerie y est faible et très insuffisante, tout comme la surveillance des 850 kilomètres de côtes uniquement assurée par la 19ème armée du général Wiese.

Pour les Alliés, l'objectif est simple : établir une tête de pont à Toulon, s'emparer de Marseille, puis remonter vers Lyon pour faire la jonction avec les troupes d' « Overlord », c'est-à-dire celles du débarquement de Normandie. En Provence, il s'agit donc de prendre tout simplement l'armée ennemie en tenaille.

L'assaut au sol a été précédé dans la nuit d'une préparation aérienne accompagnée du parachutage dans les montagnes de l'arrière-pays provençal de 10 000 soldats britanniques et d'une opération d'atterrissage de 300 planeurs américains qui ont déposé soldats et matériel d'appui indispensable aux parachutistes.  Les résistants ont été prévenus par Radio Londres qui a diffusé le message tant attendu « Le chef est affamé ».  La « tenaille » ainsi mise en place est prête à se refermer sur les forces ennemies.

L'assaut naval et aérien a lien entre Cannes et Toulon. 2000 navires de guerre débarquent sur 70 kilomètres de côtes allant de Cavalaire à Saint-Raphaël.

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 Le déversement des troupes alliées sur la plage de Cavalaire au lendemain du 15 août 1944

Il est appuyé par  1500 avions ce qui donne une large supériorité aérienne aux Alliés. 

Le succès est quasi-immédiat. Au bout de trois jours, les Alliés contrôlent les massifs des Maures et de l'Esterel. Les 19 et 20 août 1944, les troupes françaises, aidées des F.F.I. dont ceux du maquis de Mirabeau, attaquent la garnison allemande de Toulon qui capitule le 27. Marseille est libérée le 28 août. Les troupes alliées se déploient ensuite vers Nice et les Alpes et remontent la vallée du Rhône. Leur vitesse est prodigieuse, les Allemands semblent en déroute.

Mon père est du voyage...

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* En 1985, le village de Mirabeau a servi de décor au tournage de « Jean de Florette » et de « Manon des Sources » par Claude Berri d'après l'œuvre de Marcel Pagnol.

 

08/05/2009

Les années de guerre de mon père - 1ère époque : la marine nationale

8 mai 1945 - 8 mai 2009 : ceci est un hommage à mon père qui nous a quittés voilà bientôt deux ans. Grâce à ma mère, aux documents et photographies qu'elle a conservés, aux confidences qu'il lui avait faites, j'ai pu retracer ce parcours exemplaire, dont il ne parlait pourtant jamais, afin que ses petits-enfants et arrières petits-enfants sachent quel homme exceptionnel il était.

 

1942 : la France a capitulé. Le pays, bien qu’écartelé, est tout entier sous domination allemande. Pétain et son Gouvernement se sont réfugiés à Vichy, en zone dite « libre ». La Normandie est quant à elle en zone « occupée. » En mars, mon père, Albert-Camille BOULANGÉ (sosa 2)  a 19 ans.

Depuis sa sortie de l’école technique de Rouen (aujourd’hui le Lycée des Emmurées) en 1937, il travaille comme ajusteur à la Compagnie Générale de Navigation dont le siège social se situe 3, rue d’Harcourt à ROUEN. En mai 1940, il a obtenu le Certificat Général de Capacité de mécanicien de bateaux à propulsion mécanique.

Le service militaire a été supprimé en France depuis la signature de l’armistice en juin 1940. Aussi, afin d'échapper au service du travail obligatoire mis en place par l'Allemagne nazie avec la complicité active du Gouvernenemt de Vichy (il s'agissait de réquisitionner et de transférer contre leur gré vers l'Allemagne une main-d'oeuvre qualifiée et bon marché), mon père va  « s’engager volontaire pour 3 ans » et  choisit la marine surtout parce qu’il n’aime pas marcher ! Il signe son engagement le 17 mars 1942 à Melun et devient le matricule 6355T42. Trois jours plus tard, il est à Toulon.

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Mon père sur le "Strasbourg"

La totalité de la flotte française y est consignée. Selon les termes de l’Armistice, Toulon est un camp retranché tenu par des troupes françaises de l’armée du gouvernement de Vichy. Mon père est affecté au dépôt des équipages. Son « instruction militaire » ne va durer qu’un mois et le 21 avril 1942 il embarque à bord du « Strasbourg » lequel en juillet 1940  s’est échappé de la base navale de Mers El Kébir près d’Oran en Algérie où il devait être désarmé pour rejoindre le port de Toulon.

 

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Le croiseur "Strasbourg"

Ce croiseur, bâtiment amiral des Forces de Haute Mer, mis en service en 1939, est, à la veille du second conflit mondial, l’un des plus puissants navires de guerre de la marine nationale française. Il dispose d’une artillerie principale composée de 2 tourelles quadruples de 330 mm à l’avant, d’une artillerie secondaire de 16 pièces de 130 mm réparties en 3 tourelles quadruples et 2 tourelles doubles. Il compte 18 canons de 37 mm et 32 mitrailleuses de 13,2mm.

 C’est aussi à cette époque que mon père va embarquer sur le sous-marin « La naïade 2», sous-marin côtier mis en service en 1927. Il y sera victime d’une pneumonie !

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Le 11 novembre 1942, les allemands envahissent la zone « libre ». Une fois de plus, le maréchal Pétain se laisse manœuvrer par les nazis. Quelques jours plus tard, le 27 novembre 1942, Hitler, reniant ses engagements, ordonne à son armée de s’emparer de la flotte française consignée au port de Toulon.

Pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, la marine française basée au port de Toulon décide de se saborder.  C’est la plus grande opération suicide de l’histoire mondiale de la marine. Et c’est du « Strasbourg », qu’est lancé par radio l’ordre général de sabotage répercuté aussitôt par signaux optiques. Le branle-bas sonne alors brusquement sur tous les navires bientôt suivi de l’ordre d’évacuation. Ne restent à bord que les équipes de sabotage préalablement désignées et constituées. En quelques minutes, de multiples explosions vont secouer les bâtiments présents dans l’arsenal, au point que les toulonnais croiront en un terrible bombardement et pour certains même en un tremblement de terre.  Certains navires brûleront pendant des jours entiers.

 

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Ci-dessus et ci-dessous, le "Strasbourg", au soir du 27 novembre 1942

 

Au soir du 27 novembre, le bilan fait état de 90% de la flotte sabordée dont la totalité des bâtiments de haute mer. Tous les grands bâtiments de combat sont coulés et irrécupérables dont 3 cuirassés, 7 croiseurs (dont le « Strasbourg* »), 15 contre-torpilleurs, 13 torpilleurs, 12 sous-marins (dont la Naïade 2**), 9 patrouilleurs et dragueurs, 19 bâtiments de servitude, 1 bâtiment-école, 28 remorqueurs et 4 docks de levage. Seuls 39 bâtiments seront capturés, tous de petit tonnage sans grande valeur militaire car endommagés et pour certains désarmés.

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Si pour les nazis, l’opération est un échec cuisant, la France voit disparaître l’une des plus belle flotte qu’elle n’a jamais comptée.

Ce jour-là, « tout fut perdu, fors l’honneur… »

Deux jours plus tard, le 29 novembre, les Allemands ordonnent la dissolution de l’armée d’armistice, ultime vestige de la souveraineté de l’état français.

Mon père est mis en congé avec solde pour 3 mois à compter du 12 décembre 1942 et rentre chez ses parents.

 

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De retour chez lui à Notre-Dame de Franqueville (76), en compagnie de son père

Le matin du 12 mars 1943, il a rejoint le Bataillon des Marins Pompiers de Marseille, unité de la Marine nationale créée en 1939  et chargée « des secours tant contre l’incendie que contre les périls ou accidents de toute nature menaçant la sécurité publique ». 

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Il le quitte le 23 juillet 1943, premier jour de la contre-offensive russe, pour rejoindre les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur).

  

*Le « Strasbourg » sera renfloué par les italiens,  restitué à la France en mai 1944 et finalement coulé une nouvelle fois par l’aviation américaine lors des bombardements précédant le débarquement en Provence en août 1944. Utilisé pour des expériences d’explosion sous marines près de la presqu’île de Giens, sa coque est ferraillée en 1955.

** Le « Naïade 2 » sera une première fois renfloué du 11 au 16 mars 1943 et conduit aux appontements de Milhaud où, en raison des travaux trop rapides, il coule le 17 avril 1943. Une nouvelle fois renfloué, il est de nouveau coulé, sans victime, le 24 novembre 1943 suite aux bombardements du 15ème Air Force. 

 

15/04/2009

La Traction-Avant de mon père

C’était sa première voiture ! Octobre 1953 : au volant, mon père. Il a 31 ans. A ses côtés, ma mère et derrière, mon frère aîné, Joël,  âgé de 6 ans.

 

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La voiture est bien sûr d’occasion. Mais mon père est un excellent mécano !

La « Traction Avant » Citroën, officiellement baptisée la « 7 », est née le 24 mars 1934 : 7 cv, 7 litres aux 100, 100km/heure ! De ligne résolument moderne et entièrement aérodynamique,  elle n’est pas propulsée mais bien « tirée ». Ce sont les roues avant, et non plus arrière, qui sont motrices, d’où une tenue de route  bien meilleure que celle de ses contemporaines. La publicité en fait d’ailleurs un argument de vente « La Traction Avant dompte la force centrifuge ».

Après la « 7 », viendront la « 11 » et la « 15 ».  La « 22 » restera projet.

La Traction Avant Citroën aura une longue carrière : plus de 22 ans ! Le dernier modèle livré le 25 juillet 1957 sera une 11 familiale.

 

Celle de mon père, c’est une « 11 » d’après-guerre.