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08/05/2009

Les années de guerre de mon père - 1ère époque : la marine nationale

8 mai 1945 - 8 mai 2009 : ceci est un hommage à mon père qui nous a quittés voilà bientôt deux ans. Grâce à ma mère, aux documents et photographies qu'elle a conservés, aux confidences qu'il lui avait faites, j'ai pu retracer ce parcours exemplaire, dont il ne parlait pourtant jamais, afin que ses petits-enfants et arrières petits-enfants sachent quel homme exceptionnel il était.

 

1942 : la France a capitulé. Le pays, bien qu’écartelé, est tout entier sous domination allemande. Pétain et son Gouvernement se sont réfugiés à Vichy, en zone dite « libre ». La Normandie est quant à elle en zone « occupée. » En mars, mon père, Albert-Camille BOULANGÉ (sosa 2)  a 19 ans.

Depuis sa sortie de l’école technique de Rouen (aujourd’hui le Lycée des Emmurées) en 1937, il travaille comme ajusteur à la Compagnie Générale de Navigation dont le siège social se situe 3, rue d’Harcourt à ROUEN. En mai 1940, il a obtenu le Certificat Général de Capacité de mécanicien de bateaux à propulsion mécanique.

Le service militaire a été supprimé en France depuis la signature de l’armistice en juin 1940. Aussi, afin d'échapper au service du travail obligatoire mis en place par l'Allemagne nazie avec la complicité active du Gouvernenemt de Vichy (il s'agissait de réquisitionner et de transférer contre leur gré vers l'Allemagne une main-d'oeuvre qualifiée et bon marché), mon père va  « s’engager volontaire pour 3 ans » et  choisit la marine surtout parce qu’il n’aime pas marcher ! Il signe son engagement le 17 mars 1942 à Melun et devient le matricule 6355T42. Trois jours plus tard, il est à Toulon.

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Mon père sur le "Strasbourg"

La totalité de la flotte française y est consignée. Selon les termes de l’Armistice, Toulon est un camp retranché tenu par des troupes françaises de l’armée du gouvernement de Vichy. Mon père est affecté au dépôt des équipages. Son « instruction militaire » ne va durer qu’un mois et le 21 avril 1942 il embarque à bord du « Strasbourg » lequel en juillet 1940  s’est échappé de la base navale de Mers El Kébir près d’Oran en Algérie où il devait être désarmé pour rejoindre le port de Toulon.

 

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Le croiseur "Strasbourg"

Ce croiseur, bâtiment amiral des Forces de Haute Mer, mis en service en 1939, est, à la veille du second conflit mondial, l’un des plus puissants navires de guerre de la marine nationale française. Il dispose d’une artillerie principale composée de 2 tourelles quadruples de 330 mm à l’avant, d’une artillerie secondaire de 16 pièces de 130 mm réparties en 3 tourelles quadruples et 2 tourelles doubles. Il compte 18 canons de 37 mm et 32 mitrailleuses de 13,2mm.

 C’est aussi à cette époque que mon père va embarquer sur le sous-marin « La naïade 2», sous-marin côtier mis en service en 1927. Il y sera victime d’une pneumonie !

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Le 11 novembre 1942, les allemands envahissent la zone « libre ». Une fois de plus, le maréchal Pétain se laisse manœuvrer par les nazis. Quelques jours plus tard, le 27 novembre 1942, Hitler, reniant ses engagements, ordonne à son armée de s’emparer de la flotte française consignée au port de Toulon.

Pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, la marine française basée au port de Toulon décide de se saborder.  C’est la plus grande opération suicide de l’histoire mondiale de la marine. Et c’est du « Strasbourg », qu’est lancé par radio l’ordre général de sabotage répercuté aussitôt par signaux optiques. Le branle-bas sonne alors brusquement sur tous les navires bientôt suivi de l’ordre d’évacuation. Ne restent à bord que les équipes de sabotage préalablement désignées et constituées. En quelques minutes, de multiples explosions vont secouer les bâtiments présents dans l’arsenal, au point que les toulonnais croiront en un terrible bombardement et pour certains même en un tremblement de terre.  Certains navires brûleront pendant des jours entiers.

 

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Ci-dessus et ci-dessous, le "Strasbourg", au soir du 27 novembre 1942

 

Au soir du 27 novembre, le bilan fait état de 90% de la flotte sabordée dont la totalité des bâtiments de haute mer. Tous les grands bâtiments de combat sont coulés et irrécupérables dont 3 cuirassés, 7 croiseurs (dont le « Strasbourg* »), 15 contre-torpilleurs, 13 torpilleurs, 12 sous-marins (dont la Naïade 2**), 9 patrouilleurs et dragueurs, 19 bâtiments de servitude, 1 bâtiment-école, 28 remorqueurs et 4 docks de levage. Seuls 39 bâtiments seront capturés, tous de petit tonnage sans grande valeur militaire car endommagés et pour certains désarmés.

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Si pour les nazis, l’opération est un échec cuisant, la France voit disparaître l’une des plus belle flotte qu’elle n’a jamais comptée.

Ce jour-là, « tout fut perdu, fors l’honneur… »

Deux jours plus tard, le 29 novembre, les Allemands ordonnent la dissolution de l’armée d’armistice, ultime vestige de la souveraineté de l’état français.

Mon père est mis en congé avec solde pour 3 mois à compter du 12 décembre 1942 et rentre chez ses parents.

 

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De retour chez lui à Notre-Dame de Franqueville (76), en compagnie de son père

Le matin du 12 mars 1943, il a rejoint le Bataillon des Marins Pompiers de Marseille, unité de la Marine nationale créée en 1939  et chargée « des secours tant contre l’incendie que contre les périls ou accidents de toute nature menaçant la sécurité publique ». 

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Il le quitte le 23 juillet 1943, premier jour de la contre-offensive russe, pour rejoindre les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur).

  

*Le « Strasbourg » sera renfloué par les italiens,  restitué à la France en mai 1944 et finalement coulé une nouvelle fois par l’aviation américaine lors des bombardements précédant le débarquement en Provence en août 1944. Utilisé pour des expériences d’explosion sous marines près de la presqu’île de Giens, sa coque est ferraillée en 1955.

** Le « Naïade 2 » sera une première fois renfloué du 11 au 16 mars 1943 et conduit aux appontements de Milhaud où, en raison des travaux trop rapides, il coule le 17 avril 1943. Une nouvelle fois renfloué, il est de nouveau coulé, sans victime, le 24 novembre 1943 suite aux bombardements du 15ème Air Force. 

 

15/04/2009

La Traction-Avant de mon père

C’était sa première voiture ! Octobre 1953 : au volant, mon père. Il a 31 ans. A ses côtés, ma mère et derrière, mon frère aîné, Joël,  âgé de 6 ans.

 

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La voiture est bien sûr d’occasion. Mais mon père est un excellent mécano !

La « Traction Avant » Citroën, officiellement baptisée la « 7 », est née le 24 mars 1934 : 7 cv, 7 litres aux 100, 100km/heure ! De ligne résolument moderne et entièrement aérodynamique,  elle n’est pas propulsée mais bien « tirée ». Ce sont les roues avant, et non plus arrière, qui sont motrices, d’où une tenue de route  bien meilleure que celle de ses contemporaines. La publicité en fait d’ailleurs un argument de vente « La Traction Avant dompte la force centrifuge ».

Après la « 7 », viendront la « 11 » et la « 15 ».  La « 22 » restera projet.

La Traction Avant Citroën aura une longue carrière : plus de 22 ans ! Le dernier modèle livré le 25 juillet 1957 sera une 11 familiale.

 

Celle de mon père, c’est une « 11 » d’après-guerre.

 

24/02/2009

Augustin Bizet : un père au début du XVIIIe siècle

Notre ancêtre Augustin Bizet (sosa 304) et sa femme Angélique Auber se sont mariés à Notre-Dame de Franqueville le 7 novembre 1705.

  

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Des 12 enfants qu’ils auront ensemble, 1 seul va survivre : notre ancêtre Charles Martin (sosa 152). Les autres, 2 garçons et 9 filles sont tous décédés avant leur 3ème anniversaire.

Charles Martin a 18 ans au décès de son père, âgé de seulement 45 ans, le 22 mai 1728 et sera présent au remariage de sa mère en 1732, laquelle aura un treizième enfant de son second époux.

 

La France est alors le pays le plus peuplé d’Europe et compte, dans ces années de fin de règne du Roi Louis XIV, 20 millions d’habitants.

 

Sous l’Ancien Régime,  la natalité est très élevée et les familles de plus de 10 enfants ne sont pas rares. Cependant, le manque d’hygiène et de connaissances médicales, la misère et le déficit alimentaire chronique cause une mortalité importante. En moyenne, un enfant sur quatre meurt avant l’âge d’un an et la moitié des enfants meurent avant l’âge de 20 ans !

L’espérance moyenne de vie à la naissance est seulement de 25 ans !

 

A cette époque, l’eau était considérée comme un danger, capable de faire passer dans le corps humain miasmes et infections. La toilette utilisait donc très peu d’eau et consistait le plus souvent à frotter la peau avec des linges secs.

Voyez à quel âge le jeune Louis, futur Louis XIII, né le 27 septembre 1601, prit son premier bain ! (Extrait du journal tenu par son médecin)

 

« Le 11 novembre 1601 on lui a frotté la tête la première fois avec plaisir.

Le 17 novembre 1601 on lui a frotté le front et le visage avec du beurre frais et de l’huile d’amandes douces pour la crasse qui paraissait y vouloir venir.

Le 4 juillet 1602, il a été peigné pour la première fois, y prend plaisir et accommode sa tête selon les endroits qu’il lui démangeait.

Le 3 octobre 1606, on lui a lavé les jambes dans l’eau tiède… C’est la première fois.

Le 2 août 1608, baigné pour la première fois. »