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24/01/2009

Comment échapper à la conscription sous l'Empire ?

 

"Je suis un pauvre conscrit

De l'an mille huit cent dix ;

Faut quitter le Languedô

Avec le sac sur le dos.

Monsieur l'maire et m'sieur l'préfet

N'en sont deux jolis cadets ;

Ils nous font tirer z-au sort

Pour nous envoyer à la mort.

Dites à ma tante que son neveu

A tiré l'numéro deux ;

Qu'en partant son coeur se fend

Tout comme un fromage blanc.

.../...

Adieu donc mon tendre coeur

Vous consolerez ma soeur ;

Vous lui direz que Fanfan

Il est mort en combattant !"

(Chanson de route des conscrits)

 

En 1798, sous le Directoire, la loi Jourdan institue la conscription militaire obligatoire pour les hommes de 20 à 25 ans. Le service militaire est alors de 5 ans, mais bien des stratagèmes permettent d’échapper pour un temps ou définitivement à la conscription... Voici quelques exemples :

  Se marier : mariage précipité, mariage légal, mariage « blanc » ou faux mariage sont les principaux artifices utilisés par les jeunes gens n’ayant pas encore atteint l’âge de la conscription.
  Avoir un enfant : recours possible lorsqu’après 1809 le mariage ne protège plus de la conscription...

  Tirer un bon numéro ou échanger son numéro : sachant que les numéros les plus bas sont synonymes de conscription.
  Se faire remplacer : c’est-à-dire trouver un remplaçant qui moyennant finances accepte de prendre la place du conscrit... mais les prix vont vite décupler.
  Changer d’identité : par exemple en entretenant volontairement une confusion d’identité, notamment de prénom, avec un frère ou une autre personne... d’autant que les nombreuses erreurs des registres paroissiaux ou d’état civil de la période facilitent les choses.
  Changer de résidence : certaines familles profitent d’un changement de village pour dissimuler l’existence de certains fils... mais ceux-ci restent à la merci d’un contrôle des autorités.
  Etre de petite taille : mais encore faut-il réellement être en dessous de la taille requise (1m48 en 1811)!
  Etre inapte médicalement : les hernies, scolioses graves, les écrouelles, les ulcères, la teigne sont fréquents dans les campagnes.
  Simuler une maladie ou une infirmité : par exemple, la folie, les rhumatismes, le bégaiement, la surdité et l’épilepsie...
  Se mutiler : par exemple en surinfectant des plaies volontaires, en se coupant un ou plusieurs doigts à la hache pour ne pouvoir tirer sur la gâchette du fusil, ou se faire arracher des dents pour ne pouvoir déchirer les cartouches de poudre...
  Exercer un métier jugé nécessaire à l’effort de guerre : par exemple, les boulangers, les charretiers et les convoyeurs, qui travaillent avec l’armée. Egalement le personnel des ateliers d’armement, ou encore les fonctionnaires (les « plumitifs ») ou les paysans au moment de la famine de l’an II...
  Se faire embaucher : par un artisan ou un cultivateur qui se charge de protéger son nouveau travailleur clandestin... mais attention aux dénonciations.
  Fuir avant l’incorporation : c’est-à-dire quitter le domicile familial d’abord et se cacher dans la campagne proche, puis fuir le « pays » d’origine, par exemple pour émigrer dans les départements ou pays étrangers en quête de main-d’œuvre saisonnière, et se faire ainsi oublier des autorités locales.
  Déserter : mais les fuyards risquent la peine de mort...

En 1814, les colonnes mobiles de gendarmerie recherchent 250 000 insoumis, réfractaires et déserteurs sur tout le territoire. Les préfets font pression sur les parents en leur infligeant de fortes amendes et en les obligeant à loger des militaires à leur frais. Cependant, plusieurs lois d'amnistie sont promulguées : les conscrits qui rejoigent leur unité tardivement ne sont pas sanctionnés mais forment souvent des bataillons de "réfractaires ou de déserteurs rentrés".

 

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 Sources :

Déserteurs et insoumis sous la Révolution et l'Empire", A. Forrest - Paris, Edition Perrin, 1988 ; "Résister à la conscription 1798-1814, le cas des départements aquitains", L. Bergès - Paris, Editions du CTHS, 2002 ; La vie des Français au temps de Napoléon - Larousse, 2003.

15:55 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

12/12/2008

La naissance de notre calendrier

Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps."
Françoise Sagan

 

On n’y reviendra pas : le calendrier grégorien est notre calendrier de référence, aujourd’hui d’application quasi universelle.

Il est issu du calendrier Julien, né à Rome en 45 avant J-C, de la volonté de Jules César qui y donne son nom. Le calendrier Julien fixe l’année sur 12 mois et 365 jours avec des années bissextiles.  Il fait en outre débuter l’année au 1er janvier contre en mars auparavant.

Quinze siècles plus tard, en 1582, le pape Grégoire XIII  décide de réformer ce calendrier pour maîtriser l’équinoxe !

Pourquoi ? Afin de fixer correctement la fête de Pâques, la plus importante fête du calendrier chrétien, traditionnellement calculée à partir de la date théorique du 21 mars (équinoxe du printemps) et célébrée le premier dimanche après la pleine lune qui suit cet équinoxe.

Or, au fil des siècles, et des ans, en raison de l’approximation de la durée de l’année faite par les romains, l’équinoxe de printemps est arrivé au 11 mars !  On mesure alors que l’année calendaire (intervalle de temps défini dans le cadre d’un calendrier, égal à  un nombre entier de jours, plus ou moins proche de l’année tropique, soit  selon le calendrier Julien 365,25 jours en moyenne par an) dépasse chaque année l’année solaire - ou tropique - (intervalle de temps qui s’écoule entre deux passages successifs du soleil à l’équinoxe du printemps, soit 365,24220 jours par an),  de 11 minutes 14 secondes ! Chaque année, le calendrier prend ainsi 11 minutes et 14 secondes du retard sur la position effective du soleil,  soit presque 3 jours tous les 400 ans et 8 jours tous les millénaires ! Et sur quinze siècles, le cumul atteint une dizaine de jours,  avec pour conséquence pour l’Eglise,  de plus en plus de difficultés à fixer la fameuse date de Pâques par rapport à  la date de l’équinoxe de printemps ! 

Grégoire XIII  reforme donc le calendrier Julien. Il lui donne son nom, attribue désormais 365 jours à trois sur quatre des années qui inaugurent les siècles et ramène ainsi l’écart avec l’année solaire à moins de 26 secondes par an.

En outre, afin de rattraper le déficit constaté des 10 jours de retard du calendrier Julien, il décide que le 4 octobre 1582 au soir, les romains vont s’endormir et se réveiller le lendemain matin  à la date du 15 octobre 1582.

 

 

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Un calendrier des postes... choisi au hasard ... quoique....

17:19 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

16/11/2008

Histoire d'hier ou d'aujourd'hui ?

 « L’histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir ; mais associée à l’indépendance de l’esprit, elle peut nous aider à mieux voir ». Paul Valéry

 

A l’aube de 1789, la Normandie est divisée en trois « Généralités », trois assemblées provinciales, celles de Rouen, de Caen et d’Alençon.

Rouen, la capitale de la province compte 75 000 habitants (contre 116 000 aujourd’hui) alors que Le Havre atteint à peu près les 20 000 habitants (contre 183 000 aujourd’hui).

Si l’agriculture est à cette époque la principale richesse de notre province, elle parvient cependant tout juste – et encore les bonnes années – à couvrir les besoins en grains et en blé de ses habitants.  D’autant qu’une large part de ses récoltes de céréales est dirigée vers Paris.

L’activité industrielle tient également un rôle important dans ces années d’avant la Révolution, notamment le secteur du textile qui est la grande industrie normande avec le travail du chanvre, du lin, de la laine ou du coton. Toileries, teintures, blanchiment, fabrication des colorants se développent entre Le Havre et Rouen. Et partout dans la région, les villes et les bourgs comptent des fileurs et des tisserands. Ceux-ci sont surtout présents à la campagne où vieillards, enfants et femmes triment du matin au soir pour un maigre salaire, d’appoint cependant mais tout à fait indispensable à la survie de la famille.

En ce début d’année 1789 en Normandie, où l’agriculture et l’industrie textile sont les piliers de l’économie et de la vie, la province est frappée, comme dans tout le Royaume, par une crise sans précédent, génératrice de chômage et de disette.

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L’été 1788 a été calamiteux. Orages incessants et violentes grêles ont détruit la plupart des récoltes. Pis, l’hiver qui suit est terrible. Gelées et frimas tuent et paralysent l’acheminement des blés. La famine sévit aussitôt

Dans les filatures de coton, c’est le traité conclu en 1786 entre la France et l’Angleterre qui met le feu aux poudres. Les produits français, et donc ceux de notre région, sont concurrencés par les produits créés outre-manche. De Manchester, par exemple, arrivent des flots de toiles de qualité, fabriquées à bas prix avec de nouvelles machines, ces « mécaniques à filer » qui n’ont plus besoin de tous les bras employés jusque-là dans le secteur ». En quelques mois, le chômage s’abat sur Rouen et sa banlieue ouvrière et la misère s’installe.

Dès lors, la colère gronde un peu partout, revendications et doléances s’expriment de plus en plus fort.

Le Roi Louis XVI décide de réunir les Etats Généraux. La tenue des assemblées est prévue pour le printemps 1789. Auparavant, les sujets du roi sont invités à faire connaître leurs « doléances » dans des « cahiers » rédigés dans toutes les paroisses.

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Autour de Rouen, sur les plateaux laborieux et dans les vallées ouvrières, les cahiers accusent presque tous le traité de commerce avec l’Angleterre d’être à l’origine de tous leurs maux « puisque, se plaignent-ils, les fabricants ne leur fournissent plus de travaux ».  Ainsi, au Mesnil-Esnard comme à Blosseville (Bonsecours aujourd’hui), « les suppliants demandent la suppression des mécaniques de filature, lesquelles se multiplient plus que jamais et font qu’il y a des milliers de bras désœuvrés ». Non loin de là, à La Neuville Chant-d’Oisel, on déplore 400 personnes sans travail, alors que le village ne compte que 336 « feux » (ou foyers).

Avec le froid qui dure, les provisions qui s‘épuisent, les prix des denrées s’envolent. En une année, de mars 1788 à mars 1789, le prix du sac de froment a augmenté de plus d’un tiers.

Pour faire face aux drames, surtout dans les villes, les autorités civiles et religieuses créent des ateliers de charité, organisent la distribution de soupes populaires.

La récession entraîne la baisse des salaires, et particulièrement ceux des femmes et des enfants. En pays de Caux, le gain journalier d’une fileuse s’effondre de 12 à 15 sols en temps normal (ce qui est déjà fort peu), à  2 sols seulement !

Partout dans la province, le flot des errants s’amplifie. A Ymare, sur 76 « feux », 40 chefs de famille sont nécessiteux et 45 indigents mendient à proximité de l’église.

Souffrance quotidienne, perspectives nulles, toutes les conditions sont réunies pour que la fièvre monte dans les premiers mois de 1789. Toutes les conditions sont réunies pour qu’une explosion sociale secoue la société. Toutes les conditions sont réunies !

Dans la région rouennaise, c’est au matin du 23 février 1789 que les premiers troublent vont éclater …

 

 

D’après « Le menu peuple à l’aube de 1789 », article publié dans le numéro 82 de la revue « Rouen Lecture Normandie » de mars-avril 2004.

09:22 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)