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18/02/2009

Autres temps, autres moeurs !

"Il est à propos que le peuple soit guidé et non qu'il soit instruit"

Voltaire (1766)

A l’instar du mouvement régulier des vagues, depuis quelques décennies,  les projets de réforme de l’enseignement se multiplient, se dévoilent, se retirent pour mieux réapparaître quelques temps plus tard, portés par d’autres ministres, accompagnés (et c’est nouveau) par des "médiateurs spécialistes", réussissant à chaque fois à  faire sortir dans la rue des centaines de protestataires, jeunes et moins jeunes, parents comme enseignants.

Si, l’école de Jules Ferry et ses trois principes fondamentaux de gratuité, laïcité et obligation, reste une valeur sûre de notre République, il semble toutefois nécessaire de la faire évoluer.

LE MAITRE D'ECOLE 2.JPG

 

Saviez-vous que si de nos jours, on apprend en même temps à lire et à écrire, il en allait différemment aux XVIIe et XVIIIe siècles, où l’apprentissage de la lecture précédait celui de l’écriture ?

 

  

LE MAITRE D'ECOLE 1.JPG

 

 

Pages d’un livre d’enseignement de la lecture en français et en latin (XVIIe siècle), publié ches Claude Michard, imprimeur à Dijon – Bibl. de l’Arsenal, Paris.

* Petit clin d'oeil particulier à mon neveu Frédéric, professeur des écoles"

 

Le test de la signature est un bon révélateur de l’alphabétisation des masses.

En 1877, Louis Maggiolo, recteur en retraite de l’Académie de Nancy, lance auprès des instituteurs de France une vaste enquête ambitieuse consistant à relever la proportion des époux ayant signé leur acte de mariage entre 1686 et 1876. Les résultats obtenus alors n'ont jamais été contredits par les enquêtes réalisées ensuite.

 

Pourcentage d’hommes et de femmes

sachant signer leur acte de mariage

 

Années

Hommes

Femmes

1690

29%

14%

1789

47%

27%

1866

72%

56%

1900

97%

95%

 

A la fin de l’Ancien Régime, un peu plus d’un tiers des Français signent leur acte de mariage contre seulement un cinquième un siècle plus tôt !

19:10 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

10/02/2009

Hivers sur temps de crise économique !

"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas"

Victor Hugo

 

Il fait froid ! Il vente (beaucoup ce matin) ! Bref, on grelotte ! Et même si notre belle Normandie est magnifique sous la neige, si le vent et la pluie n'arrêtent pas les pelerins que nous sommes, on aspire tout de même à un temps plus clément !

Pourtant, des hivers rigoureux comme celui que nous vivons en 2009, il y en a eu d’autres !

Tenez, le Grand Hiver de 1709, il y a 3 siècles !

A cette époque là  aussi, la France doit faire face à des difficultés économiques majeures et  tout comme aujourd’hui, les finances de l’Etat sont au plus bas : la guerre de Succession d’Espagne, entamée en 1701 par le Roi Louis XIV s’enlise,  faisant augmenter les prélèvements fiscaux et ralentir considérablement l’activité économique du royaume.

La population est dans la misère, manquant de tout, vivant de peu, n’espérant rien.  

C’est dans ce contexte que la première vague de froid se fait ressentir dans la nuit du 6 au 7 janvier 1709. Elle s’étend rapidement sur toute la France. On relève jusqu’à -25° à Paris et – 23° en Normandie. La Seine gèle et la mer se charge de blocs de glace près des côtes et dans les ports.

Le froid n’épargne personne, pas même le Roi. Au château de Versailles, il se voit contraint d’attendre, pour le déguster, que son vin daigne dégeler !

A 18 jours de froid intense, succèdent 10 jours de redoux, puis, à nouveau, le froid et le gel jusqu’au début mars. Le sol est si gelé en profondeur que plus rien ne pousse. Les arbres éclatent sous l’effet du gel. Les végétaux dépérissent. Le bétail sous-alimenté meurt de froid. Les oiseaux tombent en plein vol. La terre est si dure qu’on enterre provisoirement les nombreux morts à l’intérieur des églises. Partout, la famine s’installe générant tumultes et soulèvements. L’impopularité du roi atteint son paroxysme. Le prix de grain grimpe à une rapidité vertigineuse : à Rouen, l’hectolitre de blé se vend 165 francs-or contre seulement 20 francs-or à la fin de l’année 1708 !

La disette s’installe,  la mortalité s’accroît. Hommes, femmes et enfants ont faim. Rien pour se chauffer, le bois est hors de prix, rien pour se protéger du froid et rien pour se nourrir.

Lorsque le dégel arrive enfin en avril, le constat est épouvantable : les récoltes sont perdues, la population affamée. Le 5 avril, Paris est enfin approvisionné pour la première fois depuis trois mois. Le manque de nourriture amène le clergé à appeler à la charité et à l’aumône. Des secours s’organisent, des soupes populaires sont distribuées.

HIVER 1709.jpg

 

Soucieux de retrouver le calme, Louis XIV fait fondre sa vaisselle d’or et invite tous les courtisans à en faire autant. Une goutte d’eau !

Ceux et celles qui ne sont pas morts de faim ou de froid vont périr des épidémies de dysenterie, de fièvre typhoïde ou de scorbut, conséquences de la trop grande misère.  Au total, on estime à près d’un million le nombre de victimes de ce terrible hiver.

Dans les registres paroissiaux, il  n’est pas rare de trouver quelques lignes sur celui-ci et ses conséquences locales. Nous devons au curé de Neuville le Pollet, près de Dieppe celles-ci :

 

« Ce terrible hiver de 1709 eut dans notre canton des conséquences toutes particulières. Les vignes que l’on cultivait sur les coteaux de Bouteilles (actuellement commune de Rouxmesnil-Bouteilles) ayant toutes gelées, ne furent pas remplacées et, depuis cette époque, le cidre (dont l’usage s’était généralisé dès le XVIe siècle), devint la boisson exclusive de nos campagnes*»

 

* v. micro-film ref. 5 MI 11879 - Archives Départementales 76

Biblio. : « Contexte – Guide chrono-thématique » de Thierry Sabot

 

07:15 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

24/01/2009

Comment échapper à la conscription sous l'Empire ?

 

"Je suis un pauvre conscrit

De l'an mille huit cent dix ;

Faut quitter le Languedô

Avec le sac sur le dos.

Monsieur l'maire et m'sieur l'préfet

N'en sont deux jolis cadets ;

Ils nous font tirer z-au sort

Pour nous envoyer à la mort.

Dites à ma tante que son neveu

A tiré l'numéro deux ;

Qu'en partant son coeur se fend

Tout comme un fromage blanc.

.../...

Adieu donc mon tendre coeur

Vous consolerez ma soeur ;

Vous lui direz que Fanfan

Il est mort en combattant !"

(Chanson de route des conscrits)

 

En 1798, sous le Directoire, la loi Jourdan institue la conscription militaire obligatoire pour les hommes de 20 à 25 ans. Le service militaire est alors de 5 ans, mais bien des stratagèmes permettent d’échapper pour un temps ou définitivement à la conscription... Voici quelques exemples :

  Se marier : mariage précipité, mariage légal, mariage « blanc » ou faux mariage sont les principaux artifices utilisés par les jeunes gens n’ayant pas encore atteint l’âge de la conscription.
  Avoir un enfant : recours possible lorsqu’après 1809 le mariage ne protège plus de la conscription...

  Tirer un bon numéro ou échanger son numéro : sachant que les numéros les plus bas sont synonymes de conscription.
  Se faire remplacer : c’est-à-dire trouver un remplaçant qui moyennant finances accepte de prendre la place du conscrit... mais les prix vont vite décupler.
  Changer d’identité : par exemple en entretenant volontairement une confusion d’identité, notamment de prénom, avec un frère ou une autre personne... d’autant que les nombreuses erreurs des registres paroissiaux ou d’état civil de la période facilitent les choses.
  Changer de résidence : certaines familles profitent d’un changement de village pour dissimuler l’existence de certains fils... mais ceux-ci restent à la merci d’un contrôle des autorités.
  Etre de petite taille : mais encore faut-il réellement être en dessous de la taille requise (1m48 en 1811)!
  Etre inapte médicalement : les hernies, scolioses graves, les écrouelles, les ulcères, la teigne sont fréquents dans les campagnes.
  Simuler une maladie ou une infirmité : par exemple, la folie, les rhumatismes, le bégaiement, la surdité et l’épilepsie...
  Se mutiler : par exemple en surinfectant des plaies volontaires, en se coupant un ou plusieurs doigts à la hache pour ne pouvoir tirer sur la gâchette du fusil, ou se faire arracher des dents pour ne pouvoir déchirer les cartouches de poudre...
  Exercer un métier jugé nécessaire à l’effort de guerre : par exemple, les boulangers, les charretiers et les convoyeurs, qui travaillent avec l’armée. Egalement le personnel des ateliers d’armement, ou encore les fonctionnaires (les « plumitifs ») ou les paysans au moment de la famine de l’an II...
  Se faire embaucher : par un artisan ou un cultivateur qui se charge de protéger son nouveau travailleur clandestin... mais attention aux dénonciations.
  Fuir avant l’incorporation : c’est-à-dire quitter le domicile familial d’abord et se cacher dans la campagne proche, puis fuir le « pays » d’origine, par exemple pour émigrer dans les départements ou pays étrangers en quête de main-d’œuvre saisonnière, et se faire ainsi oublier des autorités locales.
  Déserter : mais les fuyards risquent la peine de mort...

En 1814, les colonnes mobiles de gendarmerie recherchent 250 000 insoumis, réfractaires et déserteurs sur tout le territoire. Les préfets font pression sur les parents en leur infligeant de fortes amendes et en les obligeant à loger des militaires à leur frais. Cependant, plusieurs lois d'amnistie sont promulguées : les conscrits qui rejoigent leur unité tardivement ne sont pas sanctionnés mais forment souvent des bataillons de "réfractaires ou de déserteurs rentrés".

 

NAPO.JPG

 

 Sources :

Déserteurs et insoumis sous la Révolution et l'Empire", A. Forrest - Paris, Edition Perrin, 1988 ; "Résister à la conscription 1798-1814, le cas des départements aquitains", L. Bergès - Paris, Editions du CTHS, 2002 ; La vie des Français au temps de Napoléon - Larousse, 2003.

15:55 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)