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22/11/2009

Nos départements, un héritage de la Révolution française

A l’heure où nos parlementaires examinent le projet de réforme des collectivités territoriales, je vous propose de nous arrêter sur l’une des collectivités qui fait débat, à savoir le département. Né sous la Révolution française, il est aujourd'hui une référence géographie et culturelle incontournable de notre société.

Il faut se rappeler que sous l’Ancien-Régime, une multitude de  circonscriptions divisent le pays. Leurs tailles,  leurs statuts et privilèges, leurs droits sont aussi divers et variés que les institutions et les domaines d’activités auxquelles elles font références : divisions judiciaires (Parlements, baillages, sénéchaussées, châtellenies, prévôtés), divisions ecclésiastiques (diocèses, archidiaconés, doyennes, paroisses), divisions financières (généralités), divisions militaires (gouvernements) s'enchevrêtent.  Au cours du XVIIIe siècle, pour mettre un terme à ces incohérences, des projets de changement vont se multiplier. Mais rien ne bouge réellement jusqu’à la Révolution. En juillet 1789, l’Assemblée Nationale, forte des grandes réformes mises en place à son initiative (création des Assignats, déclaration des Droits de l’Homme,…) décide de s'attaquer au problème ! Les Constituants veulent en finir avec les anciens privilèges et particularismes locaux. Ils veulent faire de la France  un tout homogène, un territoire national uni. Un changement radical est nécessaire. Plusieurs projets vont émerger. Parmi ceux-ci, en septembre 1789, le Comité de la Constitution présente des circonscriptions administratives symétriques et géométriques, inspirées des travaux de Sieyès et de Thouret.

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Proposition de découpage géométrique du Comité Sieyès-Thouret

 

Jacques-Guillaume Thouret est un normand, né à Pont-l’Evêque le 30 avril 1746. Elu en 1789 député aux Etats généraux par le tiers état de Rouen, il devient le 11 novembre de la même année, Président de l’Assemblée nationale constituante. Ses discours politiques enflammés prononcés à l’Assemblée le rendent célèbre.

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Jacques Guillaume Thouret (1746-1794)

En tant qu’avocat, il collabore à l’établissement des juges de paix et à l’institution du jury en matière criminelle (ce qui ne l'empêcha pas de finir guillotiné !). En matière de découpage de notre pays, s’inspirant sans doute de l’exemple américain, ce qu’il propose, c’est de partager le territoire national en 80 carrés de 18 lieues de côté, plus Paris. Cette proposition est loin de faire l’unanimité ! Ses détracteurs, menés par Mirabeau, lui reprochent tout simplement de ne pas tenir compte de l’histoire et des traditions de la France.

Finalement, c'est par décret voté le 22 décembre 1789, que vont être créés nos « départements », mot qui vient du vieux verbe « départir » signifiant partager.  Le 15 février 1790, le découpage définitif est entériné : tout en respectant dans la mesure du possible le tracé des anciennes provinces, le pays est divisé en 83 départements, eux-mêmes subdivisés en districts, les districts en cantons et les cantons en communes. Et pour dénommer ces départements, on s’inspire simplement de leur position géographique.

En Normandie, le plan de division des 5 départements normands, confié à nos députés, va être adopté le 17 décembre 1789 après moult disputes et protestations portant, on s'en doute, sur l’emplacement des frontières ou le choix des chefs-lieux ! 

  

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Le département de la Seine-Inférieure
Histoire à suivre...

07:55 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (4)

30/10/2009

Le choléra en France

En matière de santé publique, il faut se souvenir que les statistiques ont leurs limites, celles dictées par la nécessaire prudence et l'humilité dans la connaissance !

Pour exemple, l'année 1823 : alors que la population française se sent rassurée par les propos d'un éminent scientifique qui proclame que  « les grandes mortalités sont devenues rares », une épidémie de cholera va terroriser le XIXème siècle !

L'effroi fut d’autant plus fort que depuis la fin du XVIIIe siècle régnait dans notre pays une sorte d’optimisme latent. La peste ne faisait plus vraiment parler d’elle, la dernière crise datant de 1720-1722. Les épidémies de dysenterie et de typhus se faisaient plus rares. Quant à la vaccination contre la variole, elle annonçait des jours meilleurs. Longtemps confinée en Inde, cette « pathologie à progression brutale » apparaît pour la première fois en Russie en 1829. Les troupes russes qui entrent en Pologne en 1831 pour mater une insurrection y apportent en même temps le germe.

En France, la diffusion en est à la fois cocasse et tragique : deux membres de l’Académie de médecine de Paris partent en 1831 pour la Pologne enquêter sur cette nouvelle maladie. Ils la contractent tous deux au cours de leur mission officielle, et s’ils en réchappent, ils contaminent leurs compagnons de voyage sur le trajet du retour (l’épidémie se répand autour de chaque gare d’arrêt du train !) comme leurs proches à l’arrivée à Paris (les premiers morts font partie de leur entourage).

Les trois premiers cas se présentent donc à Paris le 25 mars 1832. Personne n’écoute les quelques médecins qui demandent d’accroître par précaution le nombre de lits dans les hôpitaux. Une maladie du bout du monde ne peut frapper une ville moderne comme Paris ! L’eau de la Seine et les puits de la capitale facilement pollués par les caniveaux des rues, propagent rapidement l’infection.

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L'Impératrice Eugénie visitant les cholériques de l'Hôtel-Dieu de Paris

Il faut savoir que le bacille survit dans les milieux humides et alcalins (eau de mer, eau savonneuse, sueur humaine…). La transmission se fait par contact (poignée de main, poignées de porte, couverts de table mal lavés…), puis ingestion. Si presque toute la population est contaminée, seuls sont atteints ceux pour lesquels le vibrion a passé le barrage de l’estomac dans des aliments mal mâchés. L’incubation est d’une dizaine d’heures. La mort survient le 2ème jour pour un malade sur deux. Ceux qui survivent au-delà du 3ème jour guérissent et ne gardent aucune séquelle, mais restent porteurs sains pendant plusieurs semaines.

A Paris, de 100 décès le 2 avril, on atteint les 7 000 morts 12 jours plus tard. Comme les mécanismes de la contagion ne sont pas connus, le gouvernement conseille à la population de se mettre à la diète et de boire de l’eau plutôt que du vin !!!  Des hôpitaux provisoires sont montés. Tous les véhicules, fiacres, omnibus, voitures de déménageurs sont réquisitionnés pour servir de corbillards. Les enterrements se font sans discontinuer, même la nuit, et les fossoyeurs sont en nombre insuffisant si bien qu’on entasse les morts dans des fosses communes, y compris en dehors des enceintes des cimetières. La population s’affole. Cette maladie qui fait baisser la température au lieu de provoquer de la fièvre, qui touche aussi bien les riches que les pauvres, frappe les imaginations. On parle d’empoisonneurs, on soupçonne des médecins …

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Nombre de morts du choléra en France pour 100 000 habitants

L’épidémie s’étend rapidement sur tout le territoire français. En 1832, on recense en France 229 554 cas de choléra et 94 666 morts dont 18 402 à Paris. La Normandie fait alors partie des provinces les plus atteintes.  A Saint-Christophe-le-Jajolet, petit village situé entre Sées et Argentan, un monument a été érigé en l'honneur de Saint-Christophe, invoqué dans notre province pour se protéger notamment de certaines maladies et  se préserver contre "la mauvaise mort", rappelle la peur engendrée par ce fléau.

 

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Détail du monument de St-Christophe-le-Jajolet

Le choléra revient ensuite en 1849 (environ 100 000 morts) , puis en 1854-1855 (150 000 morts)

Ce n’est qu’en 1883, que le microbiologiste allemande Robert Koch parvient à isoler le bacille responsable du choléra et son mode de contagion. L’extension des réseaux d’eau potable le fait ensuite disparaître d’Europe.

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Robert Koch (1843-1910)

 

 

Biblio. : "Histoire de la population française" de J. DUPAQUIER, PUF. 

 

08:59 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

19/09/2009

La pandémie de grippe de 1918-1919

« La mémoire des choses passées est la prudence de qui est à advenir »

E. PASQUIER (1529-1615), Lett. T. III, p. 683

 

Notre gouvernement vient de publier le plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale ». La grippe A H1N1 menace notre pays ! C’est « LE » sujet d’actualité, à la une de la presse comme des journaux télévisés et dans toutes les conversations, qui divise, qui interroge, qui interpelle. En fait-on trop ? Ou pas assez ?

La grippe, cette maladie, vieille comme le monde ou presque (Hippocrate en a décrit les symptômes dès 412 avant J.-C. !), considérée aujourd’hui sûrement à tort par beaucoup d’entre nous comme si bénigne et si banale qu’on en oublie qu'elle peut être terriblement dangereuse et des plus mortelles ! Pour preuve, celle qui frappa notre planète au sortir de la Première Guerre Mondiale.

Elle avait déjà touché sévèrement le continent américain en 1781 et 1782, puis l’Asie et la Russie, entre 1829 et 1833, s’étendant ensuite à l’Europe et à nouveau au continent américain. Lors de l’hiver 1889-1890, une nouvelle épidémie suit le même parcours : naissance en Asie, puis propagation d’est en ouest vers la Russie puis l’Europe. C’est dire que les symptômes grippaux, tout comme l’existence d’épidémies exceptionnelles, sont donc déjà connus des médecins quand surviennent les premiers cas de la terrible « grippe espagnole »* qui restera la pandémie**  la plus mortelle de notre histoire moderne.

L’Europe et le monde sont à peine sortis du premier conflit mondial quand la première vague d’épidémie grippale, contagieuse mais peu virulente, sévit, au printemps 1918. Elle est suivie, dès le mois d’octobre par une pandémie cette fois des plus meurtrières. En 1918, les chercheurs ne sont pas en capacité d’isoler l’agent transmissible responsable de la maladie qui reste invisible, ni de connaître, donc de traiter efficacement ce fléau. L’Académie de médecine ne peut qu’estimer que « la maladie est hautement contagieuse, et que sa transmission est certainement interhumaine », sans pouvoir aller plus loin dans ses explications. Au plus fort de l’épidémie, en octobre 1918, on ferme les lieux publics, on améliore l’assainissement par l’organisation du ramassage des ordures et la vaporisation d’antiseptiques dans les supposés « foyers d’épidémie ». De son côté, le Ministère de la Défense prend en charge les malades venus du front, essentiellement en les évacuant vers les lignes arrières, ce qui ne manque pas de propager l’épidémie aux villes de garnison. La prise en charge individuelle des malades passe par l’isolement au domicile et par un renforcement de l’hygiène. Des services de désinfection se développent et interviennent à domicile pour vaporiser de l’eucalyptus ou des antiseptiques. 

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A Londres, les employés municipaux désinfectent les lieux publics

Pour se protéger, on utilise des solutions antiseptiques à base de menthol, d’eucalyptus, de phénol ou d’acide salicylique sous des formes aussi diverses que des pommades labiales et nasales, des solutions pour le lavage des mains et du visage, voire des gargarismes.

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 Manifestation en faveur du port d'un masque hygiènique à Paris en 1918

Pour soigner, on administre des traitements issus de l’expérience de la syphilis ou de la tuberculose. De l’arsenic, des solutions d’argent et d’or colloïdal administrées par voie intraveineuse, des sérums, des stimulants, de la quinine mais aussi des saignées contre la congestion, autant de soins qui, en l’absence d’identification de l’agent pathogène, demeurent symboliques, insuffisants et peu efficaces. Car ce n’est que dans les années 1930 que le virus grippal de type A, responsable de la pandémie, sera enfin isolé !

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Les hôpitaux du monde entier sont bondés

 

La « grippe espagnole » de 1918 fera 60 millions de morts. A titre d’exemple, on évalue à 13 millions le nombre de morts aux combats de la Grande Guerre.  50% de la population mondiale aurait été contaminée (soit à l’époque 1 milliard d’habitants). Et en France, on estime que 165 000 personnes y ont succombé.

L’épidémie s’est éteinte en 1919 d’elle-même et n’est jamais réapparue sous cette forme. On sait aujourd’hui qu’elle était due à une souche du virus H1N1 particulièrement virulente et contagieuse. Ce virus, responsable de la grippe A, est devenu le virus de grippe dominant dans le monde.

Le 11 juin dernier la grippe H1N1 a été déclarée première pandémie du XXIe siècle par l’Organisation Mondiale de la Santé.

"Prudence est mère de sûreté" : pour que l'histoire ne se répète pas, RESTONS VIGILANTS !

 

* Son surnom « grippe espagnole » vient du fait que seule l’Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlent dont de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’armée était affaiblie.

** c’est-à-dire maladie à diffusion mondiale.

07:17 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)