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11/04/2010

Les crues de la Seine

Le printemps, tant espéré, est enfin là ! L’hiver que nous venons de vivre a été long, froid et humide. Notre belle province a connu au cours de ces derniers mois trois épisodes neigeux d’importance. Mémoire de normands, on n’avait pas vu ça depuis bien longtemps…

Le service de prévision des crues scrute attentivement le niveau des cours d’eau et celui de la Seine en particulier. Deux raisons à cela. D’abord, parce que les crues sont occasionnées par la conjonction de plusieurs facteurs comme des neiges abondantes dont la fonte fait monter le lit de toutes les rivières, des dégels brutaux ou de violents orages et des pluies excessives. Et aussi parce que les spécialistes estiment qu’une crue « centennale » a 63% de chances de se produire au cours d’un siècle ! Et comme, la crue la plus importante du XXe siècle, qualifiée de crue centennale,  remonte à l’année 1910…

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Gaillon - 1910

Cette année là, Paris est gravement sinistré de même que ses agglomérations en amont comme en aval : on déplore  20 000 immeubles inondés, 30 000 maisons détruites et 150 000 sinistrés mais heureusement aucune victime. A Rouen, la Seine commence à monter dès le 24 janvier. Elle atteint très vite son maximum à 10,05m ! Les prairies de Sotteville, Saint-Etienne du Rouvray, Bapeaume, Canteleu sont immergées. L’Ile Lacroix est à moitié sous les eaux et ses voisines comme l’ile Brouilly et l’ile aux Cerises ne sont plus visibles ! Le Mont-Riboudet et l’Avenue Pasteur sont impraticables. La nacelle du Pont-transbordeur a de l’eau jusqu’au toit. Le Pont Corneille risque d’être renversé par la violence du flot charriant arbres déracinés, toitures arrachées, cadavres de bestiaux….

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On sait qu’avant 626, parce qu’elle n’était pas endiguée, la Seine était presque toujours en inondations. A Rouen, les eaux atteignaient en quasi permanence l’actuelle place de la Cathédrale. Rollon et son fils, Guillaume Longue-Epée vont bien resserrer le lit du fleuve mais sans pour autant éradiquer les inondations dévastatrices En 1110, d’après Orderic Vital (1075-1141/43), moine anglo-normand connu comme l’un des principaux historiens du Moyen-âge central, les « eaux de la Seine inondèrent une partie de la ville de Rouen, causant de grands dommages. A ces inondations succéda un ouragan qui dessécha momentanément le fleure, qu’on aurait pu passer à pied sur certains points, d’une rive à l’autre. »

Un siècle plus tard, en 1296, d’après la chronique normande de Pierre Cochon, prêtre-Notaire apostolique de Rouen (1390-1456), la crue fut tellement importante « que l’on fit une procession ; et on porta le bras de Saint-Romain, et, tout en un instant, visiblement et miraculeusement, l’eau se retira. »

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Au XVe siècle, on signale des inondations telles que des bateaux circulèrent assez longtemps dans les rues de notre bonne ville. Comme les eaux envahissaient les maisons, les hangars, détruisant toutes les marchandises, faisant de nombreux morts, entraînant misère et famine… on refit une procession avec le bras de Saint-Romain. Car, même si on avance dans le temps, comme on est toujours aussi démuni devant les inondations, on utilise les prières publiques pour obtenir du ciel la fin de ces calamités.

 

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Le niveau des crues de la Seine est mesuré à paris sur une échelle située au Pont d'Austerlitz. Le Zouave du Pont de l'Alma n'est pas l'échelle officielle.

 

Progressivement, on prend l’habitude de graver sur les piles des ponts, les murs en bordure du fleure ou, à l’intérieur de la ville  sur ceux de certaines maison, la hauteur atteinte par les eaux et la date. Celles de ces inscriptions qui n’ont pas disparu permettent de retrouver une preuve tangible de ces fléaux.

Si les années 1920 puis 1955 et 1958 virent elles-aussi des crues importantes,  la reconstruction des quais de Seine après de la seconde Guerre Mondiale  va contribuer à protéger la ville de Rouen qui ne risque plus de voir les eaux inonder ses rues.

En 1970, la crue se conjugue avec la marée. La Seine atteint 9,38m et son débordement dans les prairies la fait comparer au Mississipi ! Alors que les pompiers ne savent plus où donner de la tête (personnes à évacuer, caves à vider, etc…), de l’estuaire à Poses, c’est un paysage fantastique. Les grues semblent flotter, les cargos peuvent être touchés par ceux qui, pieds dans l’eau sur les quais, examinent les épaves que le flot abandonne. 

09:58 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : seine, crue

17/03/2010

Histoire du droit de vote en France

Le taux d'abstention lors du scrutin de dimanche dernier relatif à l'élection des conseillers régionaux a dépassé les 53,6%, soit un niveau record encore jamais égalé ! Ce dont on ne peut se réjouir ! Ce désintérêt des électeurs, toujours en augmentation depuis 1958, doit nous interpeller et nous faire réagir ! Car, s’ils renvoient aujourd’hui à des droits qui paraissent aller de soi, on doit se souvenir que le vote et le suffrage universel sont le fruit d’une longue conquête des hommes et des femmes qui nous ont précédés… 

 

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Le droit de vote est un héritage direct de la Révolution Française qui va mettre bas 17 siècles de monarchie ! Avec elle, le royaume perd son roi et tous les principes et tous les privilèges sur lesquels il était fondé. Le 26 août 1789, les députés de l’Assemblée proclament « La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen » : les Français ne sont plus de simples sujets, mais des citoyens à part entière. Ils bénéficient de l’égalité des droits (abolition des privilèges), de la liberté d’aller et de venir, de pratiquer ou non une religion, de posséder des biens et surtout et enfin d’exprimer leurs opinions ! Tout citoyen mâle pourra être électeur ou élu dès sa majorité !

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Mais il faudra des années pour que tous les freins tombent et que ce droit devienne réalité ! Car si l’égalité civile entre hommes est belle et bien réelle, l’égalité politique est encore très loin de l'être ! Le 3 sepembre 1791, pour "canaliser" le suffrage populaire, la Constitution instaure un régime électoral qui exclut une partie des citoyens. En effet, la monarchie parlementaire mise en place distingue les « citoyens actifs » des « citoyens passifs ».  Les premiers ont le droit de suffrage politique que les seconds non pas.  Ainsi sont exclus de la citoyenneté active les étrangers, les femmes, les indigents, les citoyens faiblement imposés, les dépendants et les mineurs, les gens en état d’accusation et les domestiques !

Au lendemain de la prise des Tuileries, le 10 août 1792, et du renversement de la Monarchie, l’Assemblée nationale proclame un décret qui limite encore l’électorat.  Désormais, seul sera admis à voter dans les assemblées des communes et dans les assemblées primaires le citoyen français âgé de 25 ans, domicilié sur le territoire depuis un an  au moins, vivant du produit de son travail, inscrit à la garde nationale dans la municipalité du domicile, qui a prêté le serment civique, et qui paye une contribution directe égale à trois journées de travail. Encore un fois, les domestiques en sont exclus. Un peu plus tard, l’âge légal est tout de même ramené à 21 ans.

Le 24 juin 1793, la Constitution de l’an Ier de la République, censée régenter la République, institue légalement le suffrage universel. Le peuple souverain est l’universalité des citoyens à qui il appartiendra de désigner immédiatement ses députés. Un pas de géant vient ainsi d'être franchi, mais, sûrement trop "novatrice",ou "dangereuse", cette constitution ne sera jamais appliquée !

La Constitution de l’an III du 5 fructidor an III (22 août 1795) qui institue le Directoire fait radicalement marche arrière en distinguant de nouveau les citoyens actifs des citoyens passifs. Le cens exigé, quotité d’imposition nécessaire pour être électeur ou éligible, est malgré tout revu à la baisse. 

La Constitution de l’An VIII qui institue cette fois le Consulat le 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799) supprime enfin toute condition censitaire et met en place les premiers registres civiques. Tous les hommes âgés d’au moins 21 ans doivent y être inscrits, commune par commune. 

La charte constitutionnelle du 4 juin 1814 (Restauration) hausse l’âge minimum en le portant à 30 ans mais impose aux électeurs de payer au moins 300 francs de contributions directes. Et pour être éligible, le montant exigé est de 1000 francs. En 1830, sous Louis-Philippe Ier, ces montants sont revus à la baisse, respectivement à 200 à 500 francs. Le corps électoral, de par ces restrictions, est de ce fait très faible. On ne compte que 100 000 électeurs législatifs vers 1820, 200 000 en 1831 et environ 250 000 en 1847.

Le 24 février 1848, le roi Louis-Philippe abdique. La Deuxième  République est proclamée. Une semaine plus tard, le 2 mars 1848, est à nouveau proclamé en France le principe du « suffrage universel et direct » sans la moindre conditions de cens. Notre pays est le premier Etat de la planète à s’engager dans cette voie ! Ce suffrage n’avait pourtant « d’universel » que le nom puisqu’il n’impliquait que les hommes, excluant de fait les femmes, soit plus de la moitié de la population en âge de voter. Le décret du 5 mars 1848 précise que  « sont électeurs tous les Français, âgés de 21 ans, résidant depuis 6 mois, et non judiciairement privés ou suspendus de l’exercice de leurs droits civiques ». La portée de ce décret est néanmoins considérable puisque le corps électoral va ainsi passer de 240 000 à plus de 9 millions ! Pour être élu, l’âge minimum est fixé à 25 ans. 

Nos aïeux vont user de leur nouveau droit lors de l’élection au suffrage universel de l’Assemblée constituante,  le 23 avril 1848. Organisée au chef-lieu de canton, la commune n’ayant pas assez d’assesseurs sachant lire et écrire, les électeurs semblent s’être rendus aux urnes avec enthousiasme. Selon les historiens, plus de 83% des Français ont participé à la première élection. Les élections suivantes : municipales en août, cantonales en septembre, et surtout présidentielles en décembre confirment cet intérêt.

La loi du 31 mai 1850 va encore modifier certains critères : l’obligation de résidence dans le canton ou la commune passe de 6 mois à 3 ans au moins. Les exclusions pour condamnations sont renforcées.

Après le 8 février 1871, les militaires professionnels n’ont plus le droit de voter. De multiples raisons sont invoquées : les déplacements, le secret du vote, etc... Cela va durer 72 ans ! Seule la mise en inactivité ou en congé de longue durée peut leur rendre leur droit. Les appelés sont eux aussi concernés. De fait, l’âge de la capacité électorale s’élève. Il faudra attendre juillet 1974 pour voir la majorité politique abaissée à 18 ans. 

Quant à nous les femmes, on va devoir patienter jusqu’au 21 avril 1944 pour qu’une ordonnance nous reconnaisse enfin le droit de voter et d'être éligible. C'est un an plus tard, le 29 avril 1945, lors des élections municipales, qu'elles se rendent pour la première fois aux urnes. Le corps électoral passe alors de 11 768 491 inscrits en 1936 à 24 622 862 inscrits en 1945, soit le double ! Mais les femmes vont cependant mettre du temps à user effectivement de son nouveau droit puisque ce n’est qu’au début des années 80 qu'elles vont être aussi nombreuses à voter que les hommes.

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Au fait, comment votaient-on ?... La Constitution de 1793 autorise le vote à haute voix !  Le principe du vote secret n'est acquis et même constitutionnalisé qu'en 1795 et pendant longtemps encore, l’électeur va rédiger son bulletin sur une table placée en face du président. Ce n’est que bien plus tard qu’il va recevoir un bulletin manuscrit ou imprimé qu’il pourra emmener avec lui au bureau de vote. Mais c’est encore le président du bureau de vote qui déposera à sa place le bulletin dans l’urne ! Enfin, en 1913, après plus de 40 années de propositions et de discussions, une loi promulgue l’enveloppe et l’isoloir.  Et c'est la loi du 8 juin 1923 qui va mettre à la disposition des électeurs des bulletins dans la salle de vote.

 

Et la carte d'électeur ? Elle n'est obligatoire qu'en 1884 et distribuée à domicile à partir de 1924. Elle fait preuve de l’inscription sur les listes électorales.

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Car en ce qui concerne ces dernières et jusqu’en 1828, il revenait à l’Administration de trancher souverainement la question des droits de l’électeur, du moins pour ce qui touchait les difficultés souvent fort délicates, relatives à ses contributions et à son domicile politique. Aucune mesure n'assurait au citoyen omis sur la liste les délais suffisants à l’effet de recourir contre la décision prise à son égard. Ce n'est qu'en 1828 que la loi décrète enfin la permanence des listes.

Alors dimanche prochain, allons voter et incitons notre entourage à faire de même !

 

Bibliographie :

« Les listes électorales » par Sabine Roelandt in « Votre généalogie n°9 »

« Les élections législatives depuis 1789 » par Georges-Denis WEIL, Paris, Ed. F. ALCAN, 1895. 

« Le suffrage universel, « invention » française » de Alain Garrigou in « Le monde diplomatique » - Avril 1998.

 

27/02/2010

Comment reconnaître les Saints ?

Le culte des Saints connaît dès la fin du Moyen-âge un développement sans précédent  issu de la conjonction de deux mouvements : celui de l’Eglise, qui dans une intention pastorale propose l’exemple des saints comme modèles de vie chrétienne, et celui des fidèles désireux d’invoquer une protection dont l’efficacité a été démontrée par des miracles. Il faut se souvenir que les Saints jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne de nos ancêtres : chaque église est vouée à un Saint particulier dont la fête est célébrée par le village tout entier désireux de lui rendre hommage.

Pour aider les paroissiens à les reconnaître, à partir du XIVe siècle, les peintres et sculpteurs vont représenter chaque saint soit de manière symbolique soit avec un attribut bien à lui, en référence à sa légende. En général, les Saints tiennent en main les instruments de leur martyre et les personnages profanes, les objets qui indiquent leur rang ou leur état, leurs goûts ou leurs passions. Ainsi, aux côtés de l’agneau, le lion ou encore le phénix, figures symboliques de la divinité, des symboles comme les clefs entre les mains de Saint-Pierre ou des attributs comme la croix en sautoir entre les mains de Saint-André vont enrichir l’iconographie.

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Saint-Pierre

Les vêtements et accessoires peuvent également renseigner sur l’identité des personnages représentés comme la tiare des papes,  le chapeau des cardinaux et  la crosse des évêques. Saint-Dominique est représenté en dominicain, Saint-François d’Assise en haillons, ou nu et décharné.

D’autres fois encore, c’est une scène complète qui est figurée : Saint-Jean-Baptiste est généralement montré vêtu d’une peau de mouton et regardant les cieux ; Saint-Georges, à cheval, terrasse un dragon ; Saint-Martin, à cheval lui-aussi, partage son manteau ; Saint-Christophe est représenté avec un bâton et l’Enfant Jésus sur ses épaules ; Saint-Nicolas avec la cuve d’où sortent les trois enfants qu’il a sauvés.

Pour vous aider à la reconnaître, voici quelques attributs parmi les plus significatifs :

Agneau : Saint Jean-Baptiste

Aigle : Saint Jean

Ancre : Saint Sylvestre

Balai : Sainte Pétronille qui avait « tenu le ménage » de Saint-Pierre

Bêche : Saint-Fiacre, patron des jardiniers

Bœuf : Saint-Luc

Bubon sur la cuisse : Saint-Roch, patron des pestiférés

Cerf : Saint-Hubert

Chien avec un pain dans la gueule : Saint-Roch en référence au chien qui l’avait nourri

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Saint-Roch

Clé : Saint-Pierre

Cochon : Saint-Antoine

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Saint-Antoine

Coquille Saint-Jacques : Saint-Jacques

Couronne : Saint-Louis

Couteau : Saint-Barnabé

Croix : Saint-Marguerite

Croix en X : Saint-André

Dent dans une tenaille : Sainte-Apolline

Epée : Saint-Paul

Fer à cheval : Saint-Eloi

Flacon de parfum : Sainte-Salomé et Sainte-Madeleine qui embaumèrent le corps du Christ

Flèches dans le corps : Saint-Sébastien

Gerbe de blé : Saint-Isidore ou Saint-Blaise, patrons des agriculteurs

Gril : Saint-Laurent

Homme ailé : Saint-Matthieu

Lion : Saint-Marc

Louche ou marmite : Sainte-Marthe, patronne des ménagères

Palme : Symbole d’un saint martyre

Pelle plate : Saint-Honoré, patron des boulangers

Pierre : Saint-Etienne, qui fut lapidé

Planche : Saint Joseph

Roue : Sainte-Catherine

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Sainte-Catherine

Scie : Saint-Simon (par jeu de mots)

Seins : Sainte-Agathe

Tête : Saint-Denis, décapité

Tour : Sainte-Barbe, en référence à celle où elle fut brûlée vive.

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Sainte-Barbe

Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous invite à aller visiter le site : http://clochersdewallonie.be/saints.pdf qui propose un guide d’identification des 120 Saints les plus souvent représentés dans l’art sacré.

16:40 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (5)