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01/06/2011

Petite histoire des lavoirs

Le lavoir, en Normandie comme dans toutes les provinces de France,  est apparu au milieu du XIXe siècle. C'était un lieu où, tout en travaillant, on échangeait volontiers sur la vie du village, ses habitants, son curé et son maître d'école. Les potins circulaient aussi sûrement que les rumeurs naissaient : « On lavait le linge et on salissait le monde ! » C’était aussi un endroit de concurrence sociale. A cette époque, on jugeait de la richesse et de la pauvreté sur le nombre de draps ou sur la finesse du linge.

 

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L’aménagement des lavoirs publics s’est fait après le vote de la loi du 3 février 1851. Celle-ci accorde aux municipalités un crédit spécial destiné à subventionner à hauteur de 30% leur construction. Car, à la suite des nombreuses épidémies de variole, typhoïde et surtout de choléra en 1830 et 1850, l’eau devient un objet d’attention accrue et les communes ont l'obligation de construire des lavoirs ouverts à tous pour améliorer une hygiène alors particulièrement défaillante.

Le lavoir doit toujours se situer après la source de la rivière ou du cours d’eau, de façon à ce que l’eau savonneuse ne puisse pas contaminer l’eau potable en amont de la source.

Comme ailleurs,  la lessive, exclusivement du ressort des femmes, était un événement important dans les fermes de Normandie.

D'abord, on faisait tremper le linge sale dans l’eau pendant une nuit. Ensuite, en général, la lessive était bouillie à domicile. Seuls le dernier frottage et le rinçage se passaient au lavoir. Là, à genoux, une planche à laver devant elles,  les femmes  frottaient chaque pièce à l’aide d’une brosse à chiendent et d’un battoir, puis les rinçaient à l’eau claire et froide.

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Comme « poudre à laver », on utilisait la « charrée », bouillie de cendre fine de ronces ou de javelles mélangée à  un peu de cristaux de soude et d’eau,  placée dans un sac de toile appelé le « charrier ». Des boules de bleu plongées dans l’eau de rinçage rendaient le linge d’un blanc étincelant.

Pour le séchage, on étalait les pièces de linge sur le pré le plus proche ou mieux sur le champ de luzerne ou on les étendait sur un fil tendu dans la cour.

L’utilisation des lavoirs a été progressivement abandonnée au XXe siècle : ils ont laissé la place aux machines à laver, bien plus pratiques pour les ménagères des années 50.

 
 
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Biblio : La petite histoire des lavoirs et leur utilité - G. Bardon - Almanach du Normand 2001

07:17 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

07/05/2011

Passe ton bac d'abord !

Chaque année, à l’approche du mois de Juin, c’est l’effervescence : le Bac est de retour ! Et avec lui les interminables révisions, la fabrication des éventuelles « carottes », les recommandations des enseignants et les inévitables conseils des parents inquiets.

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C’est à Napoléon et à son décret impérial du 17 mars 1808 que l’on doit dans notre pays l’organisation de l’Université, le contrôle et le monopole de l’Etat sur l’enseignement public, son corps enseignant et ses grades qui sont alors au nombre de trois : le baccalauréat, la licence et le doctorat.

La première promotion du baccalauréat compte 31 bacheliers ! Mais saviez-vous que c’est seulement en 1861, le 16 août, qu’il fut décerné pour la première fois à une femme ?

A l’origine, ce diplôme certifie une culture classique et littéraire comprenant le maniement de la rhétorique et des langues anciennes. Puis, au fil du temps, il se modernise et s’ouvre à d’autres disciplines comme les sciences et les langues vivantes.

Si aucun texte officiel n’empêche alors les femmes de briguer le titre de bachelière, il ne serait venu à l’esprit d’aucun responsable d’Université de les autoriser à passer cet examen  de fait strictement réservé aux hommes !

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Julie Victoire Daubié, une vosgienne née à Bains-lès-Bains, le 26 mars 1824, va oser braver les interdits. Autodidacte, elle étudie le grec et le latin et se forme à la zoologie.  Après avoir déposé plusieurs candidatures aux épreuves du baccalauréat, notamment auprès l’Université de Paris, toutes refusées au seul prétexte qu’elle est femme, elle finit par obtenir satisfaction grâce à de forts appuis, en 1861 à Lyon. Elle y obtient sans difficulté le titre espéré en totalisant six boules rouges, trois boules blanches et une boule noire. Car c’est par ce système de boules que votaient alors les professeurs examinateurs : une boule rouge signifiait un avis favorable, une boule blanche, une abstention et une boule noire un avis défavorable.

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Devant un jury masculin, l'étudiante se présente à l'examen de mathématiques pour le baccalauréat - Illust. 1893

Le ministre de l’Instruction publique, Gustave Rouland, refuse toutefois de signer son diplôme, craignant de « ridiculiser » l’Université française. Il faut une campagne de presse et une intervention de Napoléon III lui-même, pressé par l’Impératrice Eugénie, pour qu’enfin, sept mois plus tard, Julie Victoire Daubié se voie reconnaître à l’âge de 37 ans sa qualité de première bachelière de l’enseignement supérieur !

Si la voie est désormais ouverte aux femmes, le chemin sera toutefois encore long car ce n’est qu’en 1924 que le baccalauréat leur deviendra accessible dans des conditions identiques à celles des hommes. 

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Quant à Julie Victoire Daubié (photographie ci-dessus), après avoir obtenu en 1871 une Licence Es Lettres, elle mena en parallèle une carrière d’enseignante, d’écrivain et de journaliste, avant de s’éteindre le 26 août 1874 à l’âge de 50 ans alors qu’elle travaillait à une thème de doctorat sur le thème de « La femme dans la société romaine ».

Biblio. « 100 idées reçues sur les femmes dans l’histoire » -Le Point –Historia HS Mars-Avril 2011 - Article de Ch. Giol.

07:27 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

17/04/2011

Une fourchette pour épargner la fraise !

Saviez-vous que c'est à la fraise que l'on doit notre fourchette ?  Au XVIe siècle, le roi Henri III, qu’Agrippa d’Aubigné, calviniste intransigeant, appelait « le roi-femme », ce roi donc,  poudré et pomponné, aux bouches d’oreilles en perle ou en diamant, aux manières efféminées, portait d’immenses collerettes empesées et plissées sur plusieurs rangs que l'on appelait des fraises.

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                                         Henri III, Roi de France de 1574 à 1589

Faisant fi des moqueries qu’il suscitait, à commencer par celles du Moraliste Pierre de l’Estoile (1546-1611), célèbre chroniqueur de l’époque lequel, dans ses « Mémoires-journaux » écrivait « A voir la teste d’un homme sur ces fraises, il sembloit que ce fust le chef de saint Jean dans un plat ! » ou par celles des gens du peuple qui s’en allaient par les rues criant « A la fraise, on connaît le veau !... », notre roi s’était entiché de cet ornement vestimentaire à la fois long et large (40 cm de largeur en moyenne) au point dit-on qu’ayant trouvé que l’amidon employé par ses gens ne leur donnait pas assez de solidité, il fabriquait lui-même un empois spécial à base de farine de riz !

Lorsque lui, ses mignons et autres seigneurs étaient à table, comme ils ne pouvaient plus porter les aliments à leur bouche avec « la fourchette du Père Adam », c’est-à-dire les doigts de la main, comme cela se pratiquait alors couramment, afin de contourner sans dommage l’obstacle empesé, ils firent allonger le manche des cuillers et créer une petite fourche à deux dents destinée à piquer les aliments solides. Le fils de Catherine de Médicis avait découvert l’ustensile à la Cour de Venise, en 1574 et avait été séduit par ce drôle d’instrument permettant de manger notamment des pâtes sans tâcher ses chères fraises !

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C’est ainsi que l’usage de la fourchette s’est répandu. Il faudra tout de même attendre la fin du XVIIe siècle pour que la fourchette passe de deux à quatre dents.

  

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En Normandie, la région de Sourdeval située dans le département de la Manche entre Caen et Rennes, fournissait déjà au XVIe siècle aux marins de Saint-Malo en partance pour Terre-Neuve, « des couteaux à découper le poisson » réalisés par un potier d’étain ou « Grillou », un membre de la confrérie des forgerons-étameurs qui à l’époque sillonnaient les campagnes normandes pour mouler et vendre des cuillères et des fourchettes en étain.  Et c’est là, à Sourdeval, que Guy Degrenne, un de leurs descendants, reprenant la forge paternelle, y installera en 1948 son activité avant de la transférer à Vire (Calvados) en 1967. Sourdeval va ainsi devenir capitale française des couverts de table en inox !

Biblio : "De la fraise à la fourchette" G. Nédellec - Almanach du Normand 2004.

  

07:00 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)