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16/02/2011

Quatre époques et un même symbole

Bientôt, à l'horizon 2014, les conseillers généraux et régionaux, en application de la loi du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales, vont devoir laisser leur place aux conseillers territoriaux*. L’occasion de revenir brièvement sur l’histoire de nos élus locaux à travers quatre époques et un symbole.

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                                         Un maire en 1870 - Caricature H. Daumier

1789 - La Révolution Française : C’est à l’Assemblée Constituante que l’on doit la mise en place d’une municipalité dans chaque ville, paroisse ou communauté de campagne. Auparavant, sous l’Ancien Régime, seules les villes en disposaient et leurs membres étaient nommés soit par le roi soit par quelques électeurs issus des classes les plus aisées. On ne parle pas encore, loin s’en faut, de démocratie locale car la loi municipale qui est votée le 14 décembre confère la qualité d’électeurs uniquement aux hommes majeurs (âgés de plus de 25 ans), citoyens « actifs » à l’exception des domestiques et contribuables au cens dont le montant de l’impôt est au moins égal à 3 journées de travail (jusqu'à 10 pour être éligible !)

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                          Maire de Quimper en costume (1865-1870)

Deux arrêtés de l’an VIII (1800), celui du 17 floréal et celui du 8 messidor an VIII, qui seront modifiés à plusieurs reprises et notamment en 1852, imposent à ces élus un « costume officiel » fait notamment d’un habit bleu, d’un chapeau français à plumes noires, d’une épée argentée à poignée de nacre et, comme marque distinctive,  une écharpe aux trois couleurs de la nation : bleu, blanc et rouge. A partir de 1830, cette écharpe, jusque-là portée à la ceinture, va se porter de l’épaule droite au côté gauche, le « bleu » dirigé vers le haut. C’est sous la Seconde République qu’elle se pare de franges d’or pour les maires et d’argent pour les adjoints. Aujourd’hui encore, elle est, en application des dispositions du Code général des Collectivités Territoriales, obligatoire « toutes les fois que l’exercice de leurs fonctions peut rendre nécessaire ce signe distinctif de leur autorité ».

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En 1848, sous la Seconde République, la nouvelle Constitution prévoit que « Les conseils généraux et les conseils municipaux sont élus par le suffrage direct de tous les citoyens domiciliés dans le département ou dans la commune ». Tous les citoyens, mais pas encore les citoyennes ! Pour cela, il faudra attendre le 21 avril 1944, date à partir de laquelle le droit de vote est accordé aux femmes.

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          Portrait de Jouvencel, Maire de Versailles (1813-1816) par J. Rigo

Trois "Républiques" plus tard, avec la décentralisation, la région, alors établissement public régional, devient en 1986 une collectivité locale à part entière dont les membres, les conseillers régionaux, sont élus au suffrage universel direct.

Biblio : « Elus du peuple – Un siècle d’histoire municipale » in Gé-Magazine n°214 - Avril-Mai 2002

07:56 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (3)

26/01/2011

Les "Chauffeurs" à Rouen

"Et que c'est le destin des hommes vicieux

D'éprouver tôt ou tard la justice des cieux."

J. Callot

 

Le 23 janvier 1798, sur la Grand-Place de la ville de Rouen, pour la première fois, une guillotine, tout nouvel instrument de supplice, attend le célèbre « chauffeur » Duramé  et sept de ses complices.

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Les « chauffeurs » dont il est question sont des brigands qui, s’introduisant la nuit chez leurs victimes, leur brûle la plante des pieds au feu de la cheminée ou sur les braises afin de leur faire avouer où sont cachées leurs économies.

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Déjà au début XVIIe siècle, le graveur Jacques Callot (1592-1635) évoque ces criminels pillant, assassinant, violant et incendiant fermes et maisons isolées dans sa série d’eaux-fortes intitulée « Les Grandes Misères de la guerre » sur les  ravages de la Guerre de Trente ans, conflit armé qui a déchiré l'Europe de 1618 à 1648.

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Jacques Callot - "Les grandes misères de la guerre - L'Arbre aux pendus (1633)

Profitant de la désorganisation de l’Etat durant les années troubles de la Révolution française, ces criminels, car en cas de refus voire tout simplement pour ne pas laisser de traces, ils n’hésitent pas à assassiner leurs victimes, vont se multiplier et écumer les campagnes...

Durant des décennies, ces hordes de bandits vont se multiplier. Au XVIIIe, ils sévissent principalement dans le nord et l’ouest de la France. A Rouen, entre 1794 et 1801, on a exécuté le nombre impressionnant de 123 « chauffeurs » ! Au lendemain du coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) marquant la fin du Directoire et de la Révolution française et le début du Consulat, comme l’ordre napoléonien est encore bien loin de se faire sentir en province, ils multiplient leurs crimes.

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"Les "Chauffeurs" d'aujourd'hui. Comment procédaient les bandits de la Drôme." - Le Petit Journal - 15 novembre 1908

Au XIXe siècle, de telles bandes vont se créer ça en là en France, souvent constituées de déserteurs ayant conservé leurs armes et auxquels vont se joindre les pires crapules des  régions. A cette époque, ce n’est pas la ville et les banlieues qui sont dangereuses, mais bien les campagnes où courent ces brigands assassins. Une cour spéciale militaire est instituée dans les régions concernées. Résultat, à Rouen, 134 nouvelles exécutions de « chauffeurs » entre 1801 à 1808.

La Belle Epoque va être le théâtre sur tout le territoire d’une nette recrudescence de ces bandes de malfrats avant qu’ils ne disparaissent tout à fait après la Seconde Guerre mondiale. Leurs chefs seront tous exécutés sans pitié.

11:10 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

03/01/2011

Le monde du travail en 1880

Il y a quelques semaines, le projet de réforme de notre système de retraite mobilisait des millions de français. Je laisse à votre appréciation, le document ci-dessous publié notamment par La Revue Française de Généalogie dans son numéro 113 de Décembre 1997/Janvier 1998. Il s'agit du règlement intérieur de la Vinaigrerie Dessaux daté de 1880 :

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 « 1-Piété, propreté et ponctualité font la force d’une bonne affaire.

2-Notre firme ayant considérablement réduit les horaires de travail les employés de bureau n’auront plus à être présents que de sept heures du matin à six heures du soir, et ce les jours de semaine seulement.

3-Des prières seront dites chaque matin dans le grand bureau. Les employés de bureau y seront obligatoirement présents.

4-L’habillement doit être du type le plus sobre. Les employés de bureau ne se laisseront pas aller aux fantaisies des vêtements de couleurs vives ; ils ne porteront pas de bas non plus à moins que ceux-ci ne soient convenablement raccommodés.

5-Dans les bureaux, on ne portera ni manteau ni pardessus. Toutefois, lorsque le temps sera particulièrement rigoureux, les écharpes, cache-nez et calottes seront autorisés.

6-Votre firme met un poêle à la disposition des employés de bureau. Le charbon et le bois devront être enfermés dans le coffre destiné à cet effet. Afin qu’ils puissent se chauffer, il est recommandé à chaque membre du personnel d’apporter chaque jour quatre livres de charbon durant la saison froide.

7-Aucun employé de bureau ne sera autorisé à quitter la pièce sans la permission de M. le Directeur. Les appels de la nature sont cependant permis et, pour y céder, les membres du personnel pourront utiliser le jardin au-dessous de la seconde grille. Bien entendu, cet espace devra être tenu dans un ordre parfait.

8-Il est strictement interdit de parler durant les heures de bureau.

9-La soif de tabac, de vin ou d’alcool est une faiblesse humaine et, comme telle, est interdite à tous les membres du personnel.

10-Maintenant  que les heures de bureau ont été énergiquement réduites, la prise de nourriture est encore autorisée entre 11 h 30 et midi, mais, en aucun cas, le travail ne devra cesser durant ce temps.

11-Les employés de bureau fourniront leurs propres plumes. Un nouveau taille-plume est disponible chez M. le Directeur.

12-Un sénior, désigné par M. le Directeur, sera responsable du nettoyage et de la propreté de la grande salle ainsi que du bureau directorial. Les juniors et les jeunes se présenteront à M. le Directeur quarante minutes avant les prières et resteront après l’heure de la fermeture pour procéder au nettoyage. Brosses, balais, serpillières et savon seront fournis par la Direction.

13-Augmentés dernièrement, les nouveaux salaires hebdomadaires sont désormais les suivants :

Cadets (jusqu’à 11 ans) : 0,50 F.

Juniors (jusqu’à 14 ans) : 1,45 F.

Jeunes : 3,25 F.

Employés : 7,50 F.

Seniors (après 15 ans de maison) : 14,50 F.

Les propriétaires reconnaissent et acceptent la générosité des nouvelles lois du Travail, mais attendent du personnel un accroissement considérable du rendement en compensation de ces conditions presque utopiques. »

En 1892, le travail des femmes et des enfants de 16 à 18 ans est limité à 11 heures par jour. En 1906, est instituée la semaine de 6 jours. Et ce n’est qu’en 1919, que la journée de travail sera ramenée à 8 heures…

11:12 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)