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17/04/2011

Une fourchette pour épargner la fraise !

Saviez-vous que c'est à la fraise que l'on doit notre fourchette ?  Au XVIe siècle, le roi Henri III, qu’Agrippa d’Aubigné, calviniste intransigeant, appelait « le roi-femme », ce roi donc,  poudré et pomponné, aux bouches d’oreilles en perle ou en diamant, aux manières efféminées, portait d’immenses collerettes empesées et plissées sur plusieurs rangs que l'on appelait des fraises.

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                                         Henri III, Roi de France de 1574 à 1589

Faisant fi des moqueries qu’il suscitait, à commencer par celles du Moraliste Pierre de l’Estoile (1546-1611), célèbre chroniqueur de l’époque lequel, dans ses « Mémoires-journaux » écrivait « A voir la teste d’un homme sur ces fraises, il sembloit que ce fust le chef de saint Jean dans un plat ! » ou par celles des gens du peuple qui s’en allaient par les rues criant « A la fraise, on connaît le veau !... », notre roi s’était entiché de cet ornement vestimentaire à la fois long et large (40 cm de largeur en moyenne) au point dit-on qu’ayant trouvé que l’amidon employé par ses gens ne leur donnait pas assez de solidité, il fabriquait lui-même un empois spécial à base de farine de riz !

Lorsque lui, ses mignons et autres seigneurs étaient à table, comme ils ne pouvaient plus porter les aliments à leur bouche avec « la fourchette du Père Adam », c’est-à-dire les doigts de la main, comme cela se pratiquait alors couramment, afin de contourner sans dommage l’obstacle empesé, ils firent allonger le manche des cuillers et créer une petite fourche à deux dents destinée à piquer les aliments solides. Le fils de Catherine de Médicis avait découvert l’ustensile à la Cour de Venise, en 1574 et avait été séduit par ce drôle d’instrument permettant de manger notamment des pâtes sans tâcher ses chères fraises !

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C’est ainsi que l’usage de la fourchette s’est répandu. Il faudra tout de même attendre la fin du XVIIe siècle pour que la fourchette passe de deux à quatre dents.

  

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En Normandie, la région de Sourdeval située dans le département de la Manche entre Caen et Rennes, fournissait déjà au XVIe siècle aux marins de Saint-Malo en partance pour Terre-Neuve, « des couteaux à découper le poisson » réalisés par un potier d’étain ou « Grillou », un membre de la confrérie des forgerons-étameurs qui à l’époque sillonnaient les campagnes normandes pour mouler et vendre des cuillères et des fourchettes en étain.  Et c’est là, à Sourdeval, que Guy Degrenne, un de leurs descendants, reprenant la forge paternelle, y installera en 1948 son activité avant de la transférer à Vire (Calvados) en 1967. Sourdeval va ainsi devenir capitale française des couverts de table en inox !

Biblio : "De la fraise à la fourchette" G. Nédellec - Almanach du Normand 2004.

  

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26/03/2011

La redingote grise de Napoléon

 

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Quel est le point commun entre la redingote grise de Napoléon et la Normandie ? Reponse : l'activité drapière de la Ville de Louviers !

Cette redingote, voilà bien encore un trait de génie de l'Empéreur ! Il avait compris que gagner des batailles, fonder des royaumes et bouleverser l’Europe ne suffirait pas à sa gloire et qu’ « Il fallait qu’il imprimât dans l’esprit de ses contemporains, dans l’imagination des siècles à venir, une image de lui qui ne fut point banale, une silhouette personnelle, étrange et simple pourtant, quelque chose qu’on n’avait jamais vu et qui cependant, n’eût rien de théâtral ni de luxueux. Sur l’uniforme des grenadiers à pied de la garde qu’il portait ordinairement, habit à collet bleu foncé, parements, revers et retroussis blancs, il eut cette idée de mettre une simple redingote de bon bourgeois aisé, une redingote en drap gris. Cette bizarrerie qui, chez tout autre,  eût paru ridicule, obtint le succès que l’on sait ; l’imagination populaire ne connaît pas Napoléon dans son pompeux costume du sacre, elle a oublié l’habit de velours rouge à boutons de diamants du premier Consul ; pour elle, l’Empereur n’est vraiment l’Empereur qu’avec la redingote grise et le petit chapeau. » 

 

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Et donc, cette redingote grise, aux entournures des manches fort larges, afin qu’on pût la retirer ou la mettre sans enlever les épaulettes qui y étaient fixées, a été taillée pour l’Empereur dans une pièce de drap fin de Louviers, notre cité normande traversée par sept bras de l’Eure dont, pendant près de 1000 ans, l’activité textile a été le fer de lance !

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                                                            Ancien métier à tisser - Musée de Louviers

Si la production lovérienne de toile de lin et de drap de laine remonte au Moyen-âge, on situe le point de départ de la tradition drapière dans cette ville à 1681, date de l’instauration d’une manufacture royale consacrée à la confection de draps fins en laine. A cette époque, 1900 ouvriers travaillent dans cette infrastructure d’un type nouveau comptant pas moins de 60 métiers. Dès le début du XVIIIe siècle, les fabriques de drap se multiplient dans la ville Euroise. En 1760, elle compte 16 fabricants, 210 métiers et produit annuellement 2900 pièces de drap d’une valeur d’un million de livres. En 1776, c’est la construction de la manufacture Decrétot, rue de l’Hôtel de ville, qualifiée par A. Young de « première fabrique de drap du monde ». Après l’introduction de la mécanisation et l’énergie hydraulique dans le travail de la filature, on compte en 1792, jusqu’à 300 métiers et 5700 ouvriers !  Cette prospérité va perdurer jusqu’au milieu du XXe siècle. Après la seconde guerre mondiale, la page de la ville drapière se tourne définitivement. La dernière entreprise cesse son activité fin 2002.

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De ce riche passé de l’industrie textile de la Ville de Louviers, il ne reste aujourd’hui que bien peu de chose. Une salle spécialisée au Musée de la Ville et… à Paris, au Musée de l’Armée sur le site de l’Hôtel des Invalides, la précieuse redingote grise de Napoléon !

Biblio. « La redingote grise » de G. Lenotre – Historia n° 167 – Oct. 1960 et un merci au site de la Société d’Etudes Diverses de Louviers et de sa région.

 

09:36 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

16/02/2011

Quatre époques et un même symbole

Bientôt, à l'horizon 2014, les conseillers généraux et régionaux, en application de la loi du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales, vont devoir laisser leur place aux conseillers territoriaux*. L’occasion de revenir brièvement sur l’histoire de nos élus locaux à travers quatre époques et un symbole.

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                                         Un maire en 1870 - Caricature H. Daumier

1789 - La Révolution Française : C’est à l’Assemblée Constituante que l’on doit la mise en place d’une municipalité dans chaque ville, paroisse ou communauté de campagne. Auparavant, sous l’Ancien Régime, seules les villes en disposaient et leurs membres étaient nommés soit par le roi soit par quelques électeurs issus des classes les plus aisées. On ne parle pas encore, loin s’en faut, de démocratie locale car la loi municipale qui est votée le 14 décembre confère la qualité d’électeurs uniquement aux hommes majeurs (âgés de plus de 25 ans), citoyens « actifs » à l’exception des domestiques et contribuables au cens dont le montant de l’impôt est au moins égal à 3 journées de travail (jusqu'à 10 pour être éligible !)

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                          Maire de Quimper en costume (1865-1870)

Deux arrêtés de l’an VIII (1800), celui du 17 floréal et celui du 8 messidor an VIII, qui seront modifiés à plusieurs reprises et notamment en 1852, imposent à ces élus un « costume officiel » fait notamment d’un habit bleu, d’un chapeau français à plumes noires, d’une épée argentée à poignée de nacre et, comme marque distinctive,  une écharpe aux trois couleurs de la nation : bleu, blanc et rouge. A partir de 1830, cette écharpe, jusque-là portée à la ceinture, va se porter de l’épaule droite au côté gauche, le « bleu » dirigé vers le haut. C’est sous la Seconde République qu’elle se pare de franges d’or pour les maires et d’argent pour les adjoints. Aujourd’hui encore, elle est, en application des dispositions du Code général des Collectivités Territoriales, obligatoire « toutes les fois que l’exercice de leurs fonctions peut rendre nécessaire ce signe distinctif de leur autorité ».

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En 1848, sous la Seconde République, la nouvelle Constitution prévoit que « Les conseils généraux et les conseils municipaux sont élus par le suffrage direct de tous les citoyens domiciliés dans le département ou dans la commune ». Tous les citoyens, mais pas encore les citoyennes ! Pour cela, il faudra attendre le 21 avril 1944, date à partir de laquelle le droit de vote est accordé aux femmes.

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          Portrait de Jouvencel, Maire de Versailles (1813-1816) par J. Rigo

Trois "Républiques" plus tard, avec la décentralisation, la région, alors établissement public régional, devient en 1986 une collectivité locale à part entière dont les membres, les conseillers régionaux, sont élus au suffrage universel direct.

Biblio : « Elus du peuple – Un siècle d’histoire municipale » in Gé-Magazine n°214 - Avril-Mai 2002

07:56 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (3)