Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/12/2011

Big Apple et la Normandie

Savez-vous ce qu’ont en commune nos bonnes villes normandes du Havre et de Dieppe et celle de New York ?

C’est du nouveau port normand du Havre de Grâce, qu’un matin de la mi-juin 1523, sur ordre du Roi François Ier (1494-1547), un explorateur florentin, Giovanni Verrazano (1485-1528), en route pour la Chine, c’est-à-dire les « Indes de Cathay », comme on l’appelait à l’époque, afin d’y faire provision de soie, laquelle, produite de façon insuffisante à Lyon, fait cruellement défaut, va en réalité découvrir la ville de New York ! 

Giovanni Verrazano.jpg

 Portrait de Giovanni da Verrazzano (1485-1528)

Quatre navires dont « La Normande » et « La Dauphine » sont affrétés par le richissime armateur dieppois Jehan Ango (1480-1551). L’ordre de départ est officiellement signé par le roi le 16 mars 1523 à Bray-sur-Seine et adressé aussi vite à Guyon Le Roy sieur du Chillou et d’Orcher, vice-amiral de France et  gouverneur du Havre.

La route maritime habituelle de l’Océan Indien, contrôlée par les portugais, est si longue et surtout si peu sûre, que Verrazano imagine tout d’abord un passage par le Nord-Est, via la mer de Norvège. 

Havre de Grace.jpg

 Le Havre de Grâce au XVIe siècle – Détail du dessin de J. de Vaulx

Après une courte escale à Dieppe, une redoutable tempête met fin provisoirement à l’expédition. Le temps de réparer et le 1er janvier 1524, à bord de la « Dauphine », trois mâts seul rescapé de la première tentative, Verrazano accompagné de 50 hommes d’équipage, repart du port de La Rochelle. La nef est lourdement pourvue de vivres, d’armes et de munitions. Oubliant la route du Nord, le navigateur opte cette fois pour un passage par la route de l’Ouest. Il traverse l’océan Atlantique, puis s’oriente  Nord-Ouest.  

La Dauphine.jpg

 La Dauphine

Le 7 mars, il aborde une terre nouvelle, celle de l’actuelle Caroline du Nord. Alors qu’il longeait la côte atlantique des futurs Etats-Unis en direction du Nord, toujours à la recherche d’un détroit qui le conduirait dans l’Océan  Pacifique et en Chine, il arrive à la mi-avril à l’embouchure d’un fleuve qui sera connu plus tard sous le nom de fleuve Hubson. Il jette l’ancre, probablement sur le rivage de l’actuel Brooklyn. Une chaloupe avec une vingtaine d’hommes d’équipage est mise à l’eau pour remonter le chenal.  Verrazano découvre alors ce qui deviendra plus tard "Big Apple", la ville de New York, qu’il baptise alors « Nouvelle Angoulême » en hommage à la famille du roi de France, les Comtes d’Angoulême. Voici ce qu’il écrit : « Nous pénétrâmes dans le pays. Nous le trouvâmes fort peuplé. Les gens étaient vêtus de plumes d’oiseaux de couleurs variées. Ils venaient à nous gaiement, en poussant de grands cris d’admiration et en nous montrant l’endroit le plus sûr pour aborder. Nous remontâmes la rivière (le chenal) jusqu’à une demie lieue à l’intérieur des terres. Là nous vîmes qu’elle formait un très beau lac d’environ trois lieues de tour. Sur ce lac allaient et venaient sans cesse de tous côtés une trentaine de petites barques montées par une foule de gens passant des deux rives pour nous voir.». 

 

voyage verrazano.jpg

 Carte de la découverte de la côte atlantique des Etats Unis en 1524

Après avoir reconnu près de 4000 kilomètres de côtes américaines, Verrazano décide le 28 mai 1524 de rentrer en France par la route habituelle des Terre-Neuvas normands. Et c’est à Dieppe qu’il accoste le 8 juillet suivant.

Bien qu’ayant parcouru 7000 lieues marines d’une terre inconnue baptisée « Francescane », sans avoir trouvé ce fameux détroit débouchant sur l’océan Pacifique qu’il recherchait, il affirmait qu’il avait découvert « un autre monde, plus grand que notre Europe, que l’Afrique et presque l’Asie ». 

verrazano_bridge_fdc.jpg

En souvenir de l’exploit de ce premier navigateur européen, le pont suspendu situé à l’entrée de la ville de New York porte aujourd’hui le nom de Pont Verrazano.

Biblio et photos : Merci au site premiumorange.com et aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

06:24 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

09/11/2011

Le tombeau du soldat inconnu

 

«Qui sait si l'inconnu qui dort sous l'arche immense,
Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé
N'est pas cet étranger devenu fils de France
Non par le sang reçu mais par le sang versé ? ».

« Le volontaire étranger » - Pascal Bonetti - 1920

 

C’est à Augustin Thin (1899-1982), un jeune normand originaire de Saint-Vaast-la-Hougue (Manche), qu’échut l’honneur de désigner en 1920 le soldat inconnu.

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, François Simon, Président du Souvenir français de Rennes propose de rendre hommage à tous les disparus non identifiés du conflit sanglant qui vient de prendre fin en inhumant solennellement au Panthéon le corps d’un des soldats anonymes tombés au combat.

Le 12 novembre 1919, la Chambre des Députés adopte le principe d’une commémoration pour l’année suivante. Sous la pression des anciens combattants qui réclament un lieu spécifique unique de sépulture comme dernière demeure du soldat inconnu, on renonce au Panthéon au profit de l’Arc de Triomphe, place de l’Etoile à Paris. 

Tombe du soldat inconnu.jpg

Dans chacune des huit régions du front (Flandres, Artois, Somme, Ile-de-France, Chemin des Dames, Champagne et Lorraine), dans les secteurs où se déroulèrent les combats les plus meurtriers, le corps d’un soldat à l’identité personnelle impossible à établir mais reconnu comme militaire servant sous l’uniforme français est exhumé. Le 9 novembre 1920, les restes de ces 8 soldats sont placés dans des cercueils de chêne et acheminés vers une chapelle ardente dressée à la citadelle de Verdun. Les murs sont drapés de toiles blanches et ornés des drapeaux français sur lesquels des palmes ont été déposées. Une compagnie du 132ème régiment d’infanterie, habillée de neuf, l’arme au pied, assure la garde d’honneur. 

10.11.1920 VERDUN.jpg

Le lendemain, 10 novembre 1920, le soldat inconnu est choisi parmi eux par le plus jeune engagé volontaire de 1918. C’est homme, c’est Auguste Thin. Engagé à 19 ans, le 3 janvier 1918 à Lisieux (Calvados), soldat de 2ème classe, il est également pupille de la Nation. Il lui appartient de déposer le bouquet d’œillets tricolores que vient de lui tendre le ministre des Pensions André Maginot (1877-1932) sur l’un des huit cercueils. Très ému, l’homme de 21 ans pense à son corps, le 6ème, et à son régiment, le 132ème. En additionnant 1 + 3 +2, de nouveau le chiffre 6. Thin se fige au garde-à-vous et dépose les fleurs sur le 6ème cercueil qui devient ainsi le « soldat inconnu ». Les autres corps sont inhumés dans un cimetière de Verdun. 

flamme-soldat-inconnu-paris.jpg

Le lendemain, le cercueil est conduit au Panthéon où 800 drapeaux lui rendent un émouvant hommage. Ce n’est que le 28 janvier 1921 que le soldat inconnu prend possession de sa tombe définitive, faite en granit de Vire sous une voûte latérale de l’Arc de Triomphe. Deux ans plus tard, le 11 novembre 1923, est allumée la flamme éternelle, symbole du souvenir qui ne doit jamais s’éteindre.

 

Biblio : « Le soldat inconnu » - Historia n° 563

Photos : merci au site www.cheminsdememoire.gouv.fr

 

08:29 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

26/10/2011

L'égérie normande de ce "brav'général"

Fils d’un bourgeois breton et d’une aristocrate galloise, Georges Boulanger est né le 29 avril 1837 à Rennes (35).

 BOULANGER.JPG

 Acte de naissance de Georges Boulanger

Sa carrière militaire est exemplaire : Saint-Cyrien, il combat en Kabylie, en Italie, en Cochinchine,…  Commandant le 114e régiment d’infanterie de ligne, il participe à la répression de la Commune de Paris et en sort promu commandeur de la Légion d’honneur le 24 juin 1871. En 1884, il devient général de division et commande le corps d’occupation de Tunisie.

 GENERAL BOULANGER.jpg

 Georges Boulanger (1837-1891)

Sa carrière politique commence grâce à Georges Clemenceau, son condisciple du lycée de Nantes, qui l’impose comme ministre de la Guerre le 7 janvier 1886. Les mesures qu’il prend dès lors le rendent très vite populaire. C’est son éviction du Gouvernement Goblet en mai 1887 qui va marquer véritablement le début du « mouvement boulangiste », lequel est vécu comme une réelle menace pour la IIIe République en place. Georges Boulanger entre à la Chambre des députés le 12 juillet 1888. Les succès électoraux de son parti s’enchaînent. Le 27 Janvier 1889, il est élu à Paris. Le pouvoir et l’Elysée sont désormais à sa portée. Mais la tension est forte ! La situation est jugée suffisamment inquiétante par ses adversaires pour qu’il soit inquiété. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui pour complot contre la sûreté de l’Etat. Alors, pour éviter une incarcération qui l’éloignerait de la femme de sa vie, il choisit très maladroitement de s’enfuir avec elle, ruinant ainsi par amour les espérances de ses plus ardents partisans.

PIGEON NDE.JPG

 Marguerite de Bonnemains (1855-1891)

La femme de sa vie, c’est la vicomtesse de Bonnemains, née Marguerite Brouzet à Saint-Vaast-la-Hougue en Normandie, dans le département de la Manche, le 19 décembre 1855. Divorcée du Vicomte Charles-Frédéric de Bonnemains, elle est devenue la maîtresse et l’égérie du Général Boulanger sur lequel elle a une influence considérable et dont elle ne veut surtout pas être séparée.

 Gl Boulanger.jpg

Le 1er avril 1889, ils se rendent tous deux à Bruxelles puis en Angleterre et enfin sur l’Ile de Jersey. Mais le climat ne convient pas à Marguerite qui ne parvient pas à se remettre d’une mauvaise grippe. De retour seule à Paris, son état de santé s’aggrave. Quand les deux amants se retrouvent à Bruxelles dans un petit hôtel loué par le Général, rue Montoyer, à Ixelles, commune du quartier sud de Bruxelles, elle est au dernier degré de la phtisie. Elle meurt dans ses bras le 16 juillet 1891. Le Général est écrasé de douleur : « Je ne suis plus qu’un corps sans âme, écrit-il. Et puis, chaque nuit, je la revois, jamais malade, mais belle, resplendissante, avec son corps impeccable et son âme toute de bonté et de nobles sentiments, qui me tend les bras et me rappelle toutes ces phrases folles que le lui redisais sans cesse, et toujours en me réveillant j’ai dans l’oreille sa voix triste, résignée, qui me dit : « Je t’attends. » Et chaque jour, durant deux mois et demi, il se rend au cimetière d’Ixelles sur la tombe de sa bien-aimée, où ont été gravés ces mots « Marguerite – 19 décembre 1855 – 16 juillet 1891 – A bientôt, à bientôt ! » Le 30 septembre, c’est là qu’il choisit de se donner la mort en se tirant une balle en pleine tête.

Sur leur tombe, il avait demandé que l’on grave ces seuls mots « Marguerite –Georges – Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi ? » Clemenceau proposa quant à lui « Ci-gît le général Boulanger qui mourut comme il a vécu : en sous-lieutenant ».

Biblio. « Le général Boulanger meurt comme un « sous-lieutenant » d’A. Castelot – Historia n°596 – Août 1996

 

07:00 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (4)