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10/03/2012

La triste fin des coeurs de nos rois

Dès le XIIIe siècle, il est d’usage de prélever sur les dépouilles royales préalablement embaumées un ou plusieurs organes qui sont ensuite déposés en un lieu particulier ou autre communauté religieuse que le souverain défunt a lui-même désigné pour l’honorer. Ainsi, le coeur du Roi Henri IV, assassiné le 14 mai 1610, est remis, sur son ordre, au Collège Royal de la Flèche qu’il a fondé en 1603. Celui du roi Louis XIV, décédé le 1er septembre 1715 et inhumé à la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France, a quant à lui été déposé à l’Eglise Saint-Louis Saint-Paul située dans la capitale, quartier du marais.  

 

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 Urne-Reliquaire

 

La chapelle Sainte-Anne de l’Eglise Royale de l’Abbaye du Val de Grâce à Paris conservait, dans un caveau spécial, les cœurs embaumés et enfermés dans une double enveloppe de plomb et de vermeil de pas moins de 36 princes et princesses de la famille royale de France. 

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Abbaye du Val de Grâce – Gravure du XVIIIe siècle

 

Lors de la profanation de cette chapelle en 1793, alors qu’on venait de guillotiner le roi Louis XVI, Louis François Petit-Radel (1739-1818), architecte et dessinateur, est chargé par le Comité de Salut Public de récupérer l’ensemble de ces reliquaires, de les envoyer à la fonte à l’Hôtel des monnaies après avoir jeté aux quatre vents les restes royaux. Ce qu’il ne fait qu’en partie, connaissant la valeur pour des peintres du contenu des ces urnes.

En effet, macérés dans l’alcool puis broyés avec certaines huiles, ces viscères momifiés se transforment en une matière première indispensable et réputée, très rare et hors de prix, la « mumie » qui donne aux toiles, après mélange à de la couleur, un glacis incomparable.

La véritable « mumie », faite de matières organiques macérées dans des aromates et de l’alcool, provient habituellement d’Orient, mais la guerre empêchant les peintres de se la procurer, Petit-Radel subtilise plusieurs de ces urnes et les propose à ses amis peintres Martin Drolling et Alexandre Pau de Saint-Martin. Ce dernier achète les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV. Il ne va utiliser qu’une partie du cœur du Roi-Soleil sur une de ses toiles « Vue de Caen », aujourd’hui propriété du Musée Tavet Delacour de Pontoise. Il rendra les restes au roi Louis XVIII (1755-1824) qui le « dédommagera » d’ailleurs d’une tabatière en or.  

 

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 L’intérieur d’une cuisine – M. Drolling - 1815

 

Martin Drolling, quant à lui, s’était rendu acquéreur d’une douzaine de cœurs. Ce spécialiste du clair-obscur les utilisera en totalité. On sait que l’une de ses toiles, « L’intérieur d’une cuisine », a ainsi « bénéficié » du cœur du Régent, Philippe d’Orléans (1674-1723).

 

 

Biblio. « Le grand quiz des histoires de France » - L. Boyer et C. Portier-Kaltenbach – Ed Lattès 2011.

Merci aux pages Wikipedia sur le sujet.

21/02/2012

La confrérie des Conards de Rouen

Rassurez-vous, ce n’est nullement une grossièreté ! En ce jour de mardi-gras, citer les « Conards de Rouen », c’est se rappeler qu’il y a très longtemps, au XVe siècle, dans notre bonne ville de Rouen, les « jours gras », on savait s’amuser et surtout se moquer !

Selon la liturgie catholique, la « semaine des sept jours gras », qui se termine en apothéose par le « mardi gras », est une période durant laquelle on festoie !  

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 La première lecon des matines ordinaires du grand abbe des conards de Rouen, souverain monarcque de lordre : contre la response faicte par ung corneur a lapologie dudict abbe. Rouen, 1537.

 

A Rouen, chaque année à cette époque, une confrérie de joyeux drilles surnommés « les Conards » chevauchaient masqués dans toutes les rues de la capitale Normande, avec à leur tête un abbé mitré, crossé, monté sur un char, jetant à tous vents des rébus, des satyres, des pasquils et autres bouffonneries destinés à  « réformer les mœurs par le ridicule ». Ils en avaient officiellement obtenus le droit par un arrêt du Parlement de Rouen.  

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 Le Parlement de Normandie à Rouen

 

Leur périple commençait par le dépôt devant la grande chambre du très sérieux Parlement de Rouen, notre Palais de Justice actuel, d’une requête des plus bizarres, souvent rédigée en vers, qui avait pour effet immédiat de suspendre les très sérieux travaux de justice en cours afin de permettre aux magistrats d’accorder séance tenante (ils n’avaient pas d’autre choix) carte blanche aux Connards pour transformer la ville entière et durant trois jours en un gigantesque carnaval.

                                                                            

Dès lors, les cent clochers avaient beau se démener avec fracas pour appeler les fidèles aux prières habituelles, rien n’y faisait plus : le temps était à la fête et les braves gens ne voulaient plus entendre que les sermons de la rue !

 

Alors, « sans distinction de rang, de sexe, de fortune et de naissance, du sacré, même ou du profane, chacun pouvait avoir maille à partir avec les Conards, qui généralement s’en prenaient aux plus huppés». Au fil des impasses et ruelles de la cité, les conards glanaient les « faits vicieux », sottises, âneries, abus, injustices, scandales, médisances, intrigues, faveurs et autres bévues. Les histoires de maris jaloux, de femmes volages, de pères avares, de bourgeois parvenus, d’édits fiscaux injustes, de juges suspects, de prêtres simoniaques,… : tout leur était bon ! Ils n’épargnaient personne, à l’exception toutefois du Roi de France, et rien ne les arrêtait ! Et si certains tremblaient, d’autres se délectaient à l’idée de rire des farces à venir !

Elles étaient notées dans leurs registres et rapportées à leur abbé, l’abbé des conards qui allait de place en place, au son des fifres et des tambours,  accompagné de ses cardinaux et patriarches, rendre justice à sa façon et c’est après avoir béni la foule qui l’attendait, qu’il s’employait à la divertir.

 

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La ville de Rouen au Moyen âge

 

Tout cela se terminait le soir du Mardi-gras  par un grand banquet et des danses sous les halles de la Vieille Tour, devenues palais de l’Abbé des Conards. Pendant tout le temps des ripailles, un ermite lisait à haute voix, non pas la bible, mais la chronique de Pantagruel ! Plus tard, sur la scène, se jouaient des comédies et des moralités plus hardies que celles des rues ! Enfin, la docte assemblée décernait un prix au bourgeois de la ville qui, au dire de la majorité, avait fait « la plus sotte chose dans l’année ».

 

Des années durant, l’Archevêque de Rouen et son chapitre vont réclamer en vain l’interdiction de la confrérie des Conards de Rouen. Ils finiront par l’obtenir du Cardinal de Richelieu (1585-1642).

 

« Aux Conards est permis tout dire, Sans offenser du prince l’ire.

 

Biblio. « Histoire des Conards de Rouen » de A. Floquet – Bibliothèque de l’école des chartes, 1840. Merci au site persee.fr et aux pages Wikipédia sur le sujet.

15/02/2012

Des cochons mélomanes !

Le roi Louis XI n’était connu ni pour sa charité ni pour son sens de l’humour. Ce perpétuel malade, qui, parait-il, torturait à plaisir ses ennemis, est à l’origine de la construction d’un instrument de musique peu ordinaire.

 

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Le Roi Louis XI (1423-1483)

 

Voici l’histoire : Les habitants de la Province d’Anjou, et notamment ceux des arrondissements d’Angers et de Beaugé, tiraient la quasi-totalité de leurs revenus du produit des porcs qu’ils élevaient et engraissaient sur leurs terres. Ces bêtes, destinées notamment à l’approvisionnement de la Ville de Paris, étaient régulièrement acheminées vers les foires et marchés de la région. Ils encombraient à tel point les voies de circulation qu’il était certaines fois impossible aux voyageurs de s’y frayer un passage.

 

 

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Foire aux cochons

 

Le roi, qui aimait parcourir son royaume,  rencontrer  les notables locaux, apprendre de leurs bouches les problèmes de son peuple, était ce jour-là en terre angevine. Importuné par ces mammifères et leurs très désagréables grognements, il dit en plaisantant (ce qui était fort rare) à l’Abbé de Baigné qui le suivait ordinairement dans ses déplacements : « Faites-nous donc quelque belle harmonie avec le chant de ces oiseaux ! »

 

En sa qualité de Maître de musique, l’abbé, homme d’esprit, fit donc construire « une machine dont la décoration imitait un buffet d’orgue, élevé sur un soubassement dans lequel étaient pratiquées des cases ou loges de diverses grandeurs destinées à placer des cochons de différents âges, du cochon de lait au porc pesant plus de 200 à 300 livres ». Des pointes de fer, disposées sur ces cases et mises en jeu par un clavier semblable à celui de l’orgue, piquaient ces animaux en leur arrachant des cris. Ainsi, au fur et à mesure que l’abbé jouait sa mélodie, martyrisant sans complexe ces pauvres bêtes, elles se mettaient à hurler de façon si ordonnée et consonante que le roi s’en amusa beaucoup. De très loin, à ce qu’il paraît, cela pouvait ressembler aux sons de l’orgue de cette époque reculée. 

 

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Si l’abbé fut très largement récompensé, on devine aisément quel fut le sort des malheureux cochons !

 

 

Biblio « Recherches historiques sur l’Anjou et ses monuments – Vol. 1 Angers » par J.F. Bodin et Historia n° spécial 356bis – 12-1997

 

06:30 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)