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22/01/2014

"Qui vive !", témoin d'une guerre oubliée

La Normandie a été le théâtre de nombreuses batailles au cours de la Guerre de 1870, ce conflit qui a opposé un million de Prussiens, supérieurement encadrés, mobiles, à l’artillerie puissante, à 500 000 Français n’ayant que leur courage et quelquefois un fusil  « Chassepot », il est vrai le meilleur de l’époque, dans leurs mains !

Le pays ne dispose plus vraiment d’armée constituée mais seulement de forces disparates : territoriaux, réservistes, jeunes recrues, soldats de la Garde Nationale et de la Garde Nationale mobile, les « moblots », levés, en même temps que les Francs-tireurs et les Corps Francs, par le gouvernement de Défense Nationale mis en place après la chute de l’Empire et la proclamation de la République. 

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En ce terrible hiver 1870-1871, notre belle province est le théâtre de combats meurtriers et sa mémoire restera durablement marquée par l’occupation ennemie. Aux durs affrontements, aux escarmouches meurtrières, aux embuscades sanglantes, s’ajoute une répression féroce où l’ennemi n’hésite pas à incendier des villages entiers, effrayant une population déjà accablée par un hiver exceptionnellement rigoureux, au cours duquel on verra la Seine charrier des glaçons.

Du 30 décembre 1870 au 4 janvier 1871, une terrible offensive française est lancée. Conduite par le Général Roy, commandant les forces de la rive gauche de la Seine, il s’agit, alors qu’ils sont très inférieurs en nombre, de tenir tête aux 20 000 Prussiens du baron Hans Edwin von Manteuffel et de libérer Rouen.   

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 Prise d'armes sur une place de Rouen

 

D’âpres combats meurtriers vont se dérouler au pied des ruines du château de Robert le Diable, dans les villages de Moulineaux et de la Maison Brûlée, près de Grand-Couronne.

C’est en mémoire de ceux-ci, préfigurant ce que seront les nombreux monuments funéraires qui commémoreront la guerre de 1914-1918, que sera érigé en 1901 à proximité du château de Robert le Diable, dominant la Seine, le « Qui Vive » de la ville de Moulineaux.

 

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A la fois original et rare, ce monument est dû au sculpteur Auguste Foucher (1865-1952) et présente un « Mobile », un des soldats de la Garde nationale mobile qui participaient comme auxiliaires de l’armée active à la défense des frontières de l’Empire, à côté d’une tour en ruine évoquant le château, criant « Qui vive ? ».

Ce monument a été inauguré par l’écrivain normand Jean Revel (1848-1925), qui avait pris part auxdits affrontements en qualité de Sergent.

 

Biblio. « Normandie insolite et secrète » de J-C. Collet et A. Joubert – Jonglez – 2013

« Histoire de la Normandie des origines à nos jours » de R. Jouet et C. Quétel – Orep 2009.

 

18/12/2013

La buse de l'abbé Fontaine

Parmi l’important courrier reçu pour servir son colossal projet, une « Histoire naturelle » en 36 volumes édités entre 1749 à 1789, une lettre attire particulièrement l’attention du scientifique Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788). Elle émane du curé de Saint-Pierre de Bellême, cette jolie cité normande du département de l'Orne. 

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L’histoire que cet homme de Dieu lui narre est celle d’une buse prise dans un piège, qu’on lui confia blessée, qu’il va soigner et réussir à apprivoiser. Mise en confiance, l’abbé attache un grelot autour du cou de l’animal de proie et lui rend sa liberté… 

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« Et elle ne fut pas longtemps à en abuser (…) mais  m'a toujours gardé fidélité, venant tous les soirs coucher sur ma fenêtre. Familière avec moi, elle paraissait prendre un singulier plaisir en ma compagnie : elle assistait à tous mes dîners sans y manquer, se mettait sur un coin de la table, et me caressait très souvent de la tête et du bec, en jetant un petit cri qu'elle savait quelquefois adoucir (…) Cette buse avait une singulière aversion : elle n'a jamais voulu souffrir de bonnet rouge sur la tête d'aucun paysan. Elle avait l'art de le leur enlever si adroitement, qu'ils se trouvaient tête nue sans savoir qui leur avait enlevé leur bonnet. Elle enlevait aussi les perruques sans faire aucun mal, et portait ces bonnets et ces perruques sur l'arbre le plus élevé du parc voisin, qui était le dépôt ordinaire de tous ses larcins. (…) Elle ne faisait aucun mal dans ma basse-cour ; les volailles, qui au commencement la redoutaient, s'accoutumèrent insensiblement avec elle ; les poulets et les petits canards n'ont jamais éprouvé de sa part la moindre insulte ; elle se baignait au milieu de ces derniers. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle n'avait pas cette même modération chez les voisins (…) 

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Un jour il arriva que, planant dès le grand matin au bord de la forêt, elle osa attaquer un renard. Le garde de ce bois, la voyant sur les épaules de la bête fauve, leur tira deux coups de fusil : le renard fut tué, et ma buse eut le gros de l'aile cassé. Malgré cette fracture, elle s'échappa (…) J'avais coutume de l'appeler tous les soirs par un coup de sifflet, auquel la buse ne répondit point durant six jours ; mais le septième, j'entendis un petit cri dans le lointain, que je crus reconnaître. Je répétai l'appel et distinguai faiblement le même cri. J'allai du côté où je l'avais entendu, et je trouvai enfin ma pauvre buse, l'aile cassée, et qui avait fait plus d'une demi lieue à pied pour regagner son asile, dont elle n'était pour lors éloignée que de cent vingt pas. Quoique tout à fait exténuée, elle me fit beaucoup de caresses.

Il lui fallut près de six semaines pour se refaire et se guérir de ses blessures ; après quoi elle recommença à voler comme auparavant et à suivre ses anciennes allures. Cela dura environ un an, après quoi elle disparut pour toujours. Je suis très persuadée qu'elle fut tuée par méprise : elle ne m'aurait pas abandonné de sa propre volonté. »

 

Merci au site bistrobarblog.blogspot.fr

Biblio. « Ces animaux qui ont marqué la France » de P . Assemat – Le papillon rouge Editeur – 2012.

27/11/2013

Comment emprunter quand on est roi…

Toute sa vie, le croirez-vous, le roi Louis XIV (1638-1715) fut sans un sol ! Toute sa vie, il aura tiré « le diable par la queue ». Il faut dire qu’il n’avait pas son pareil pour vider les caisses de l’Etat, c’est-à-dire les siennes !

En 1662, l’année où le roi choisit le soleil pour emblème, le tout nouveau Contrôleur Général des Finances, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) s’arrache lui aussi les cheveux sous sa perruque : il doit trouver sans délai un million d’argent comptant afin d’acheter Dunkerque aux Anglais…   La somme est modeste, l'exercice toutefois difficile ! Sa planche de salut s’appelle Monsieur Bernard. C’est alors l'un des hommes les plus riches d'Europe et, à ce titre, il est devenu le principal banquier du royaume de France.

 

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Portrait de Samuel Bernard, par Nicolas Mignard.

 

A l’origine, ce marchand drapier parisien tenait boutique à Paris, rue Bourg l’Abbé. Samuel Bernard (1651-1739) dispose rapidement d’une solide fortune construite grâce à des trafics en tous genres et notamment à  la traite négrière.  Devenu banquier, l’homme vaniteux se plait à venir en aide aux grands dans l’embarras. A ce jeu, il acquiert très vite une belle et fidèle clientèle car, non seulement on le rembourse rarement mais on ne lui verse que très irrégulièrement quelques intérêts ! On le paye tout simplement en bonnes mines ! Voilà qui plait bien au roi…Mais comment faire pour approcher cet homme sans paraître s’abaisser ?    

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 Le Château de Marly par Pierre-Denis Martin en 1724

 

En 1708, toujours à l’affût d’argent frais, Louis XIV met au point une rencontre pas du tout fortuite. Un après-midi, en sortant de son château de Marly, suivi de sa cour habituelle, le monarque « croise par hasard» cet homme providentiel qui le salue bien bas. Sa majesté, toute souriante, jouant la surprise, l’apostrophe par ces mots : « Monsieur Bernard, vous êtes bien homme à n’avoir jamais vu Marly. Je vais vous le montrer. »  Tremblant de bonheur et gonflé d’orgueil, l’homme suit le roi qui l’invite tour à tour à regarder et à admirer tout en lui prodiguant « toutes les grâces qu’il sait si bien employer quand il a dessein de combler ».

Rentré chez lui, bouleversé et émerveillé de sa faveur, fourbu d’émotion, Monsieur Bernard déclare à qui veut l’entendre « qu’il aime mieux risquer sa ruine que de laisser dans l’embarras un prince si délicieux. » et accorde dès lors à ce dernier tous les crédits souhaités.  

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Château de Glisolles en 1905

 

 

Il n’eut pas vraiment à se repentir de ses largesses car on le paya grassement en monnaie flatteuse : il fut anobli par Louis XIV et son successeur le fait Comte de Coubert. Il reçu également la croix de Saint-Michel et fut autorisé à la porter au bout d’un ruban bleu céleste, comme le grand cordon du Saint-Esprit, ce qui, de loin, lui donnait l’allure d’un duc et pair ou d’un prince de sang. Gros propriétaire foncier, il acquiert chez nous, en Normandie, en 1731, la seigneurie de Glisolles située dans l’actuel département de l’Eure.  

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Biblio. « Versailles au temps des rois » de G. Lenotre – B. Grasset Ed. 1934