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27/11/2013

Comment emprunter quand on est roi…

Toute sa vie, le croirez-vous, le roi Louis XIV (1638-1715) fut sans un sol ! Toute sa vie, il aura tiré « le diable par la queue ». Il faut dire qu’il n’avait pas son pareil pour vider les caisses de l’Etat, c’est-à-dire les siennes !

En 1662, l’année où le roi choisit le soleil pour emblème, le tout nouveau Contrôleur Général des Finances, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) s’arrache lui aussi les cheveux sous sa perruque : il doit trouver sans délai un million d’argent comptant afin d’acheter Dunkerque aux Anglais…   La somme est modeste, l'exercice toutefois difficile ! Sa planche de salut s’appelle Monsieur Bernard. C’est alors l'un des hommes les plus riches d'Europe et, à ce titre, il est devenu le principal banquier du royaume de France.

 

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Portrait de Samuel Bernard, par Nicolas Mignard.

 

A l’origine, ce marchand drapier parisien tenait boutique à Paris, rue Bourg l’Abbé. Samuel Bernard (1651-1739) dispose rapidement d’une solide fortune construite grâce à des trafics en tous genres et notamment à  la traite négrière.  Devenu banquier, l’homme vaniteux se plait à venir en aide aux grands dans l’embarras. A ce jeu, il acquiert très vite une belle et fidèle clientèle car, non seulement on le rembourse rarement mais on ne lui verse que très irrégulièrement quelques intérêts ! On le paye tout simplement en bonnes mines ! Voilà qui plait bien au roi…Mais comment faire pour approcher cet homme sans paraître s’abaisser ?    

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 Le Château de Marly par Pierre-Denis Martin en 1724

 

En 1708, toujours à l’affût d’argent frais, Louis XIV met au point une rencontre pas du tout fortuite. Un après-midi, en sortant de son château de Marly, suivi de sa cour habituelle, le monarque « croise par hasard» cet homme providentiel qui le salue bien bas. Sa majesté, toute souriante, jouant la surprise, l’apostrophe par ces mots : « Monsieur Bernard, vous êtes bien homme à n’avoir jamais vu Marly. Je vais vous le montrer. »  Tremblant de bonheur et gonflé d’orgueil, l’homme suit le roi qui l’invite tour à tour à regarder et à admirer tout en lui prodiguant « toutes les grâces qu’il sait si bien employer quand il a dessein de combler ».

Rentré chez lui, bouleversé et émerveillé de sa faveur, fourbu d’émotion, Monsieur Bernard déclare à qui veut l’entendre « qu’il aime mieux risquer sa ruine que de laisser dans l’embarras un prince si délicieux. » et accorde dès lors à ce dernier tous les crédits souhaités.  

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Château de Glisolles en 1905

 

 

Il n’eut pas vraiment à se repentir de ses largesses car on le paya grassement en monnaie flatteuse : il fut anobli par Louis XIV et son successeur le fait Comte de Coubert. Il reçu également la croix de Saint-Michel et fut autorisé à la porter au bout d’un ruban bleu céleste, comme le grand cordon du Saint-Esprit, ce qui, de loin, lui donnait l’allure d’un duc et pair ou d’un prince de sang. Gros propriétaire foncier, il acquiert chez nous, en Normandie, en 1731, la seigneurie de Glisolles située dans l’actuel département de l’Eure.  

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Biblio. « Versailles au temps des rois » de G. Lenotre – B. Grasset Ed. 1934

06/11/2013

Ce jour-là, 6 novembre 1831…

… Au petit matin, les employés du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de France découvrent effarés qu’un vol a été commis la nuit précédente ! Plus de 2 000 pièces d’or et objets précieux ont disparu et parmi ceux-ci, le trésor de Childéric !

 

C’est en travaillant à la démolition d’une maison jouxtant le cimetière  de l’église Saint Brice de Tournai en Belgique que le 27 mai 1653, un ouvrier met à jour un tombeau dans lequel il découvre un impressionnant trésor : une épée d'apparat, un bracelet torse, des bijoux d'or et d'émailcloisonné avec des grenats, des pièces d'or, une tête de taureau et 300 abeilles en or. Le tout représentant environ 80 kg d’or ! A quoi il faut ajouter les restes d’un cheval ! 

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Fac-similé de l'anneau sigillaire trouvé dans la tombe du roi Childéric à Tournai en 1653 – B.N.F.[]

 

Parmi ces pièces d’une valeur inestimable, un sceau annulaire servant à sceller les actes officiels sur lequel est inscrit «CHILDIRICI REGIS » donne la clef de l’énigme. Il s’agit là du tombeau de Childéric 1er, roi des Francs saliens, mort à Tournay et inhumé avec ses chevaux, à la manière germanique, vêtu d’un manteau de pourpre tenu par une fibule d’or à la manière romaine.  

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Abeilles en or du roi Childéric Ier 

Childeric était le fils de Mérovée, un roi barbare, dont les descendants, les Mérovingiens, hériteront du nom. Il appartient aux Francs Saliens, un peuple germain établi de part et d'autre du Rhin, fort de seulement 200.000 personnes, mais qui va jouer un rôle d’importance dans la Gaule romaine qui comptait à l'époque près de huit millions d'habitants ! A partir de l’an 457, il va réunir autour de lui tous les Francs Saliens et devient assez puissant pour que le dernier représentant de Rome en Gaule du nord lui confie la défense du territoire face aux Wisigoths, des Germains qui occupent déjà le sud de la Gaule. C’est dans sa capitale, à Tournai, que Childeric meurt vers l’an 481. Son fils Clovis, né vers 466 de son union avec Basine, deviendra alors le premier roi de tous les Francs.

Offert en 1665 par le roi Léopold Ier de Habsbourg au roi de France Louis XIV, le trésor est mis à  l’abri à la Bibliothèque royale, aujourd’hui Bibliothèque Nationale de France. Jusqu’à cette nuit du 5 au 6 novembre 1831 où il se volatilise. L’affaire est confiée à Vidocq, Chef de la Police de Sûreté,  qui retrouve un des coupables, lequel, jugé, décèdera au bagne.  

 

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Vidocq (1775-1857) - Portrait par M. G. Coignet

 

Malheureusement, toutes les pièces d’or volées ont été fondues et le reste jeté à la Seine. Il ne subsiste aujourd’hui du trésor de Childéric que quelques belles gravures et fac-similés fabriqués sur ordre des Habsbourg.

 

Biblio. Le grand bêtisier de l’Histoire de France de A. Dag’Naud – Larousse 2012

 

 

30/10/2013

Les mariés du gibet

Saviez-vous qu’au Moyen-âge, où l’on exécute volontiers pour des délits qui seraient jugés comme mineurs de nos jours (le vol avec effraction, le blasphème, le port de la barbe, réservé aux nobles et aux soldats,…),  un condamné à mort pouvait être sauvé par une femme, à la condition que celle-ci consente à l’épouser…    

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 Le gibet de Montfaucon

 

Cette coutume est évoquée dans certains écrits qui soulignent que le mariage, supplice quotidien des époux,  n’est pas moins terrible que la peine de mort…

C’est le cas dans le célèbre opéra « Esméralda », inspiré du roman de Victor Hugo « Notre-Dame de Paris », où Pierre Gringoire, un poète sans le sou, sur le point d’être pendu, est sauvé par la belle Esméralda qui, par pitié, accepte de l’épouser. 

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Esméralda donnant à boire à Quasimodo sur le pilori. Gravure de Gustave Brion pour le roman (édition Hugues, 1877).

 

Autre exemple, dans le « Journal d’un bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII » on peut lire que « le 10 janvier 1430, on mène onze hommes, accusés de vol, aux halles de Paris ; on a déjà coupé la tête à dix d’entre eux. Le onzième est un bel homme d’environ 24 ans. Le bourreau (surnommé le carnassier, car à défaut de bourreau, on sollicite le boucher voisin, le brise-garrot, le Jean-cadavre, le Jean-boulgre ou le Charlot-cassebras, selon ses macabres spécialités), est en train de lui arracher sa chemise et lui a déjà bandé les yeux, « quand une jeune fille née des halles vient hardiment le demander, et tant fait et insiste qu’il est ramené au Châtelet, et qu’ils sont depuis épousés ensemble* »…  

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Le roi de France Charles VII (1422-1461)

 

De même, dans « Les Pénalités anciennes »,  Charles Desmaze, (1820-1890?) raconte « qu’une autre fois, ainsi qu’on le menait à la Justice, une fille de bonne vie et renommée, entendant les plaintes qu’avait le suppliant Person Sureau, mue de pitié, requit la justice de Rozoy qu’on voulût rendre le suppliant et qu’elle l’épouserait. Par lettre du 22 juin 1446, Charles VII, à Chinon, fit rémission et pardon au condamné de la peine, lequel était tenu d’épouser et prendre femme ladite jeune fille*.»

  

* Extrait de « 500 histoires de l’Histoire de France » Collectif – De Vecchi 2010.