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26/02/2014

Terrible destinée que celle des miroitiers vénitiens au XVIIe siècle !

 

A la fin de l’année 1684, pour son inauguration, la plupart des miroitiers vénitiens qui y avaient consacrés tout leur talent, n’étaient plus là pour admirer leur chef d’œuvre : la galerie des Glaces du Château de Versailles brillant de mille feux !  

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Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) était allé chercher ces maîtres de la miroiterie sur l’île de Murano en Italie. A cette époque en effet, seule Venise détenait le secret de cet art. Pour faire venir ces artistes en France, pour qu'ils acceptent de fuir leur patrie, pour qu’ils en prennent le risque, il leur avait accordé des privilèges exceptionnels dont des rémunérations très attractives. L'homme responsable des deniers du royaume n'ignorait pas que l'espérance de vie des ces artisans soumis aux vapeurs nocives du mercure ne dépassait pas en moyenne 30 ans ! 

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Arrivés en 1680, quatre ans plus tard, ils ne sont déjà plus là : beaucoup sont morts intoxiqués, d’autres ont été victimes des tueurs à gage vénitiens : la police de la Sérénissime réservant ce sort à ceux qui osaient divulguer les secrets de fabrication de ses miroirs.

Les 357 miroirs qu'ils vont fabriquer durant ces quatre années sont destinés à être placés au dessus des 17 arcades de la paroi orientale face aux baies ouvrant sur les jardins de cette grande galerie de 73 mètres de long voulue par le Louis XIV (1638-1715) et imaginée par l’architecte Jules Hardouin-Mansart (1646-1708). Et ce sont eux qui vont, mais seulement au
XIXe siècle, lui donner son nom : la galerie des Glaces.

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Ces glaces, elles vont être réalisées selon les techniques vénitiennes du XVe siècle que sont le soufflage et l’étamage. Les supports sont réalisés à partir de cylindres de verre soufflé que l’on fend et que l’on aplatit sur une pierre. Puis, on applique sur chacun d’eux un mélange d’étain et de mercure appelé « vif argent ». Pour ce faire, on recouvre les plaques de verre de feuilles de papier d’étain qui sont ensuite poncées, lissées et enfin recouvertes de mercure. Pendant environ une journée, on maintient, à l’aide d’une masse en fer, un chiffon de laine fermement appliqué sur toute la surface. Une fois l’excès de mercure enlevé, on obtient une surface parfaitement lustrée, des miroirs à dimension réduite certes mais à grand pouvoir de réflexion et surtout d’une pureté exceptionnelle.

A la fin du chantier, les artisans de Murano sont disparus : la majorité sont morts intoxiqués au mercure, les autres victimes des tueurs à gage vénitiens : la police de la Sérénissime réservant ce sort à ceux qui trahissaient les secrets de fabrication de ses précieux miroirs.

Quant au procédé d’étamage, il faudra attendre la découverte de la technique moderne de l’argenture pour qu’il soit interdit à partir de 1850.



Biblio. « Histoires insolites du Château de Versailles » de C. d’Astres – City Edition 2012.
Merci au site http://regardantiquaire.canalblog.com/

 

 

05/02/2014

Le mois de février...

 « A la chandeleur,

l'hiver se passe ou prend vigueur. »

Février vient du latin « februare » qui signifie purifier.

A Rome, le mois de février était consacré à Neptune, dieu des eaux, sans doute parce qu’il y pleut beaucoup ! Il était néanmoins marqué par des fêtes publiques expiatoires. Cette tradition a été maintenue par l’Eglise avec la Présentation du Seigneur au Temple et la Purification de la Vierge le jour de la Chandeleur célébrée le 2 février, soit 40 jours après la Nativité.

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C’est en référence à une fête d’origine païenne du retour des lumières au cours de laquelle était organisée une procession aux flambeaux, qu’on appelle cette célébration « Chandeleur », du latin « festa candelarum » qui signifie « fête des chandelles ». C’est la première fête du Christ « lumière du monde ». Ce jour-là, la messe débute par la bénédiction des cierges, rappelant cette lumière du messie.

Au Ve siècle, le pape Gélase Ier, qui institua cette « fête des chandelles » aurait offert aux pèlerins des galettes rondes dont la forme et la couleur évoquaient le soleil et la lumière, ce qui expliquerait dit-on la tradition des crêpes de la Chandeleur.

Chez les Gaulois, le mois de Spurkel était aussi un temps de purification, et de deuxième jour, Chandeleur, avait lieu la fête de la lumière.

Si Charlemagne (742-814) appelait février le « mois des boues », dans le calendrier républicain, il correspondant à « pluviôse ».

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Dans le livre d’heures « Les Très Riches Heures du Duc de Berry (1410), le mois de Février est représenté comme le mois où l’on coupe le bois.

Et comment oublier que le 14 février, on fête Saint Valentin, un moine du IIIème siècle devenu le saint patron des amoureux !

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Pour terminer mon propos, le temps qu’il fera en février serait donné par le temps qu’il a fait le lendemain de Noël. En Normandie, le 26 décembre dernier, le ciel se partageait entre nuages, vent et soleil, le tout accompagné de quelques averses… et une température plutôt douce (8 à 10 degrés). Nous allons vérifier...

Biblio. Almanach de la mémoire et des coutumes  – Hachette 1979

22/01/2014

"Qui vive !", témoin d'une guerre oubliée

La Normandie a été le théâtre de nombreuses batailles au cours de la Guerre de 1870, ce conflit qui a opposé un million de Prussiens, supérieurement encadrés, mobiles, à l’artillerie puissante, à 500 000 Français n’ayant que leur courage et quelquefois un fusil  « Chassepot », il est vrai le meilleur de l’époque, dans leurs mains !

Le pays ne dispose plus vraiment d’armée constituée mais seulement de forces disparates : territoriaux, réservistes, jeunes recrues, soldats de la Garde Nationale et de la Garde Nationale mobile, les « moblots », levés, en même temps que les Francs-tireurs et les Corps Francs, par le gouvernement de Défense Nationale mis en place après la chute de l’Empire et la proclamation de la République. 

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En ce terrible hiver 1870-1871, notre belle province est le théâtre de combats meurtriers et sa mémoire restera durablement marquée par l’occupation ennemie. Aux durs affrontements, aux escarmouches meurtrières, aux embuscades sanglantes, s’ajoute une répression féroce où l’ennemi n’hésite pas à incendier des villages entiers, effrayant une population déjà accablée par un hiver exceptionnellement rigoureux, au cours duquel on verra la Seine charrier des glaçons.

Du 30 décembre 1870 au 4 janvier 1871, une terrible offensive française est lancée. Conduite par le Général Roy, commandant les forces de la rive gauche de la Seine, il s’agit, alors qu’ils sont très inférieurs en nombre, de tenir tête aux 20 000 Prussiens du baron Hans Edwin von Manteuffel et de libérer Rouen.   

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 Prise d'armes sur une place de Rouen

 

D’âpres combats meurtriers vont se dérouler au pied des ruines du château de Robert le Diable, dans les villages de Moulineaux et de la Maison Brûlée, près de Grand-Couronne.

C’est en mémoire de ceux-ci, préfigurant ce que seront les nombreux monuments funéraires qui commémoreront la guerre de 1914-1918, que sera érigé en 1901 à proximité du château de Robert le Diable, dominant la Seine, le « Qui Vive » de la ville de Moulineaux.

 

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A la fois original et rare, ce monument est dû au sculpteur Auguste Foucher (1865-1952) et présente un « Mobile », un des soldats de la Garde nationale mobile qui participaient comme auxiliaires de l’armée active à la défense des frontières de l’Empire, à côté d’une tour en ruine évoquant le château, criant « Qui vive ? ».

Ce monument a été inauguré par l’écrivain normand Jean Revel (1848-1925), qui avait pris part auxdits affrontements en qualité de Sergent.

 

Biblio. « Normandie insolite et secrète » de J-C. Collet et A. Joubert – Jonglez – 2013

« Histoire de la Normandie des origines à nos jours » de R. Jouet et C. Quétel – Orep 2009.