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01/05/2013

Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie...

15 juin 1705, le curé de la paroisse d’Ouistreham, petit port de mer du Calvados, situé sur la rive gauche de l’embouchure de l’Orne, l’abbé Paillegrain, prend sa plume en soupirant. Il doit annoncer au curé d’Ouainville, une terrible nouvelle, celle de la mort de deux de ses paroissiens en route pour un pèlerinage à la basilique Notre-Dame de la Délivrande, située à Douvres-la-Délivrande près de Caen, sûrement le pèlerinage le plus ancien de Normandie. Il écrit :  

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 Extrait du registre paroissial de Ouainville (Seine-Maritime)

sur lequel a été recopié ladite lettre.

 

« Le lundi dans l’octave du St Sacrement quinzième jour de juin mil sept cent cinq, il y eut treize personnes qui périrent dans le trajet de Sal(e)nette à Oystreham qui passaient dans le dessein d’aller en pèlerinage à Nostre Dame de la délivrande du nombre desquels six qui ont été trouvés sur la plage de ma dite paroisse d’Oystreham ont été enterrés dans le cimetière dudit lieu sçavoir quatre hommes et deux femmes par moi curé de la dite paroisse et ne sachant ni le nom ni la paroisse des dits hommes, Me Anthoine Orange prestre de la paroisse de Hotot sur Dieppe, Nicolas Orange de Gerponville et Antoine Aubin  de Bertreville m’ont attesté après avoir vu les habits et heures des dits hommes qui ont été noyés que l’un s’appelait Adrien Drouet et l’autre Jacques lemarchand tous deux de la dite paroisse de bertreville et que les deux autres s’appelaient Jean Binay  et Charles Delauné tous deux de la paroisse d’Ouainville en Caux, on ne peut pas Monsieur estre plus touché de ce malheur que je l’ai esté j’ai fait en ceste occasion tout ce qui estait de mon devoir. Je suis avec respect, Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur. »

 

Ce qui frappe dans cette missive, c’est que l’homme de religion se soit contenté de rechercher  l’identité, non des six victimes, mais seulement celle des quatre hommes et qu’il ait fait fi de celle des deux femmes. Un oubli ? Un déni voire du mépris ? Ou plutôt un simple usage du temps  narré par Jean de La Fontaine (1621-1695) dans sa fable « La femme noyée » qui débute par ces vers : « Je ne suis pas de ceux qui disent : ce n’est rien ; c’est une femme qui se noie. Je dis que c’est beaucoup ; et ce sexe vaut bien que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie. » 

 

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La Femme noyée, fable de Jean de la Fontaine illustrée par Gustave Doré

 

Biblio. Article de J. Le Roux - Revue Généalogique Normande – N°102 – 2ème trimestre 2007

10/04/2013

Nègre de nation, né de père et mère Gentils

En cet an de grâce 1759, où « les indiennes », ces toiles colorées venues des Indes, sont à la mode, et pas seulement à la cour du Roi Louis XV (1710-1774), le 18 septembre, en l’église Saint-Sever de Rouen, le curé de la paroisse unit un couple.

 

Rien d’extraordinaire à cela penserez-vous ! Non rien, sinon que le jeune marié n'est pas normand mais originaire de Pondichéry, cette ville située au sud-est de l’Inde, entrée dans l’histoire de France lorsque, en 1673, la Compagnie des Indes achète ce petit village côtier au sultan de Bijapur.

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Pondichéry devient alors la tête de pont des intérêts commerciaux de France en Inde et notamment de l’exportation des indiennes.

 

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«Le Mardi dix huitième de Septembre mile sept cens cinquante neuf,  Jacques Vira, journalier, âgé de environ trente sept ans domicilié de cette paroisse depuis environ quatorze ans, nègre de nation et né de père et mère Gentils, originaire de Caste-Topas et baptisé en l’église paroissiale de Pondichéry, le quatre septembre 1730, au âge d’environ neuf ans suivant l’extrait baptistère qu’il a présenté, signé, F. Joprit de Tours Capucin Missionnaire apostolique et curé duëment légalizé par Monsieur Dumas Commandant Général des Etablissement Français aux Indes Orientales, Président des conseils supérieurs et gouverneur de Pondichéry, le dix octobre 1737 et scellé d’une part. Et Marguerite Baratte âgée d’environ vingt six ans fille de Guillaume Baratte et de défunte Anne Le Roux domiciliée de fait en cette paroisse et de droit de Saint Aubin la Rivière d’autre part (…) L’époux, l’épouse, son père et lesdits témoins ont fait leur marque ayant déclaré ne savoir écrire. »

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Tisserand indien - XVIe siècle

 

A noter, l’expression « Gentil », nom que les premiers chrétiens donnèrent aux païens.

 

Biblio. Article de P. Leduc  - Revue Généalogique Normande – n° 80 – 4ème trimestre 2001

17/03/2013

L'année 1789 à Bois-Arnault

Bois-Arnault est une petite commune située dans le canton eurois de Rugles qui compte aujourd’hui moins de 800 Arnauciens et Arnauciennes.  

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Elle est née d’une parcelle de la forêt de Breteuil défrichée en l’an 1120. Son église, l’église Saint-Pierre, a été bâtie au XVIIIe siècle.  

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A la fin de l’année 1789, le curé de la paroisse, l’abbé Delisle, relate sur le registre paroissial des baptêmes, mariages et sépultures, les événements qui viennent de se passer.  

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« Nota -  La révolution françoise a commencé à cette époque ci. Les états généraux furent convoqués pour le mois de mai ; les grands entreprirent de ruiner le peuple par la famine, et les mois de juillet et d’aout offroient des spectacles terribles par la disette excessive des blés ; le premier mouvement de la liberté fut le 14 juillet. La bastille fut détruite. Les trois premières têtes des commandants de Paris furent coupés et portés en triomphe par le peuple sur des piques ; et tous arborent la cocarde nationale ou du tiers état ; le tocsin sonna dans toute la France ; on publia que les commis qui avoient été chassés par la force du tiers état étoient révoltés et qu’ils mettoient tout au carnage ; aussitôt la France fut hérissée d’armes, et on battit les grands qui vouloient détruire les états généraux. Le 4 aout fut cette fameuse nuit où on anéantit les Dimes, où on confondit tous les ordres de la France sous la dénomination commune de la nation. Le 2 novembre on décréta que tous les biens du clergé appartenoient à la nation sauf à pensionner le clergé en fonction. L’année fut médiocre pour les grains qui avoient subi l’hyver pénible de 1788 à 1789 mais année de pommes. »