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08/09/2013

Quand les prêtres avaient le droit de se marier…

C'est le 12 juillet 1790 que l’Assemblée Constituante vote le décret sur la Constitution civile du clergé qui achève la réforme du statut de l’Eglise de France. Celui du prêtre est totalement remis en cause. Non seulement il devient un fonctionnaire, élu par un collège, qui doit prêter serment de fidélité à la Nation mais aussi un simple citoyen qui, comme tous les autres, est autorisé à se marier. « Car il n’y a pas d’autre loi que celle décrétée par le pouvoir civil et celle-ci est applicable à tout citoyen, fût-il prêtre ! »

Si certains profitent de la permission et convolent effectivement, la plupart des serviteurs de l’Eglise demeureront loyaux envers les préceptes de Rome.  

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 Joseph Le Bon, gravure d'E. Thomas, d'après un dessin d'H. Rousseau.

 

Ce n’est pas le cas de Joseph Le Bon qui, pour montrer l’exemple, épouse devant le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais),  le 5 novembre 1792, sa cousine germaine, Élisabeth Regniez, surnommée Mimie, une jeune fille d’à peine 20 ans. Premier mariage civil et surtout premier mariage d’un prêtre dans la région, l’union fait bien entendu scandale !  

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Extrait des tables décennales de St-Pol-sur-Ternoise – 1792 – An X

 

Mais pas seulement l’union… Joseph Le Bon est né à Arras (Pas-de-Calais) le 25 septembre 1765, d’un père sergent de ville. Lorsque débute la Révolution, le jeune homme, oratorien au collège de Beaune (Côte d’or), est un excellent professeur de rhétorique surnommé par ses compagnons le « Bien-nommé ».

Il est ordonné prêtre le 25 décembre 1789 par Talleyrand (1754-1838), l’Evêque révolutionnaire d’Autun.

Emporté par la fièvre révolutionnaire, après avoir prêté serment, devenu simple curé de village, il renonce au sacerdoce et se fait élire le 9 septembre 1792 second suppléant du Pas-de-Calais à  la Convention Nationale, puis maire d'Arras, fonction qu’il occupera du 16 septembre au 25 décembre 1792.  

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« Les Formes acerbes » - Eau forte d’après Poirier de Dunkerque – 1810 –

 

Le 14 septembre 1793, il siège au Comité de sûreté générale où il est l'un des fidèles de Robespierre (1758-1794). Heureusement pour les normands, il refuse une mission dans le département de l'Orne et se retrouve en 1794 nommé dans le Pas-de-Calaisoù il va organiser la Terreur. Il applique avec une extrême rigueur les mesures nationales : loi des suspects, taxation du maximum, réorganisation du comité de surveillance d'Arras,… et fait marcher la guillotine à tout va : Mimie adore, paraît-il, la voir fonctionner !  Ainsi, dès son arrivée à Arras, les prisons de la ville vont se remplir et on recensera pas moins de 393 exécutions en l’espace d’un an !

Arrêté le 2 août 1794, il est condamné à la peine de mort pour abus de pouvoir pendant sa mission et guillotiné le 24 vendémiaire (16 octobre 1795), sur la grande place d’Amiens. Sa dernière lettre, adressée à son épouse, se termine par ces mots « La mort de l’homme de bien n’est pas inutile »...

 

Biblio : « Vivre en France sous la Révolution » - Ed. Liber – Genève – 1996.

 

11/08/2013

C’était il y a un peu moins de trois siècles…

… le 12 janvier 1741 : Un couple est honteusement chassé de la paroisse de Bosville, petit village normand situé dans l’arrondissement de Dieppe.  

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Quel est leur crime ? Ont-ils tué ? Ont-ils volé ? Que nenni ! Ils se sont simplement aimés ! Mais nous sommes sous le règne du roi Louis XV (1710-1774) : le divorce n’existe pas, ni les moyens modernes de contraception… Et en ce temps là, on ne badine par avec le sacrement de mariage !  

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« Depuis le baptesme de Louis Ortie mentionné dans le présent Registre, fils de Louis et de Clotilde Canu, nous avons apris que ledit Louis Ortie et Clotilde Canu n’étaient point mariés, comme il nous a paru par une lettre de discrette personne maistre aussi curé de Saint Gervais de Rouen en date du dix janvier mil sept cent quarante et un de la paroisse du quel sont ledit Louis Ortie et ladite Clotilde Canu lectrue de la ditte Le Hue tante audit Ortie et laditte Canu en présent de discrette personne maistre Jean Baptiste Hullin curé de Bosville, dont il est porteur, de Jean Baptiste Cherfils, de Pierre Deschamps et plusieurs autre ; Nous attestons que ledit Ortie et laditte Canu nétant point mariés, ledit Louis ortie leur enfan est batard, et que la femme véritable dudit Ortie demeure à présent à la paroisse de Saint Gervais comme le marque la lettre dudit sain son curé, Laquelle ledit Ortie a quittée pour aller avec Clotilde Canu, lesquels nous avons fait sortir honteusement de cette paroisse le douze janvier de la présente année et que nous avons-nous dit Curé et autres témoins / Signé le douze janvier mil sept cent quarante et un et attaché au présent Registre pour le voir en temps et lieu.* »

 

Signatures : B. Hullin, curé de Bosville, B. Cherfis, Langlois Prestre, Lequen Prestre.

 

* Registre paroissial de Bosville (Seine-Maritime)

21/07/2013

Ce jour-là, 20 juillet 1757...,

... le petit village du Vrétot, situé sur la route qui mène de Bricquebec à Barneville-Carteret, au cœur du département de la Manche, vécut  une véritable journée d’enfer.  

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Le curé de la paroisse, l’abbé Mortain, rapporta l’évènement sur le registre paroissial des baptêmes, mariages et sépultures.

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« Remarque - Le vingtième juillet feste Ste Marguerite de la présente année (1757) sur les quatre heures du soir il se monta un orage du costé de Sortosville en Beaumont qui répandit dans tout ce canton plusieurs lieuës à la ronde une gresle si extraordinaire que de mémoire d’homme l’on ne souvenoit pas d’en avoir vu de pareille, il y eut à Bricquebec et en d’autres parRoisses des morceaux qui pesoient une livre et cinq quarterons, et mesme encore plus : en cette parroisse les morceaux étoient partie ronds comme des plus grosses noix, partie plats de largeur d’un écu de trois livres et épais comme le doigt. Cet orage ravagea tout le canton, il y eut des pièces de froment entièrement détruites, les orges et les avoines entièrement péries, la terre étoit toutte couverte de grain, il n’en resta presque point aux épies qui échapèrent du ravage, la pluspart de ces grains ainsi maltraittés repoussèrent par le pied, et les ayant laissés mourir, on les  a récoltés mais peu de profit ; en considération de ce désastre il y a eu quelque diminution sur les tailles en cette élection, mais trop peu considérable pour dédommager de la perte. Les vitres de tous les païs ont été totallement brisées, celle du chœur de cette paroisse ont été refaittes à neuf, il en a coûté trente six livres payées les deux tiers par les fermiers des Religieux de Beaumont, et l’autre par le curé ; celles de la nef ont été pareillement refaittes à neuf ; ce ravage a causé la continuation de la charté des grains, joint à la garde sur les costes que les habitants de cette parroisse sont obligés de faire à cause de la guerre avec l’anglois, ce qui a causé une grande misère dans cette parroisse, et tout le canton. »