Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/11/2013

Martin, curé de Gruchet Saint-Siméon en 1792

Le petit village normand de Gruchet-Saint-Siméon, le seul en France à porter ce nom, se situe au cœur de l’arrondissement de Dieppe dans l’actuel département de la Seine Maritime.

eglise gruchet saint simeon.jpg

 Gruchet-Saint-Siméon

 

En 1785, sur ordre du Roi Louis XVI (1754-1793), l’abbé Jacques Louis François Martin vient y exercer son ministère en qualité de curé de la paroisse. La première messe qu’il célèbre est celle de la fête de Noël. Tout commençait bien... Mais dehors, la révolution est en marche. Les difficultés financières ont fait monter les mécontentements, le marasme industriel à générer une grave crise sociale et les doléances vont vite faire place aux revendications…   

MARTIN CURE 2.JPG

C’est le 12 juillet 1790 que la Constitution civile du clergé est instituée. Elle fait obligation aux prêtres de prêter serment et de jurer fidélité à cette Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi. La majorité d’entre-eux vont refuser de le faire et devront s’exiler. C’est le cas de l’abbé Martin, curé de la paroisse de Gruchet-Saint-Siméon.

Sur la dernière page du registre paroissial des baptêmes, mariages et sépultures de l’année 1799, il évoque de sa plume son aventure :   

MARTIN CURE 3.JPG

« Conformément au Décret de Déportation rendu contre les prêtres non assermentés, je m’embarquai à Dieppe le 6 septembre 1792, pour me rendre en Angleterre, où je suis resté jusqu’au 24 avril 1801, jour où je m’embarquai à Londres sur la Tamise pour me rendre en France. J’arrivai à Calais le 1er mai. J’y restai jusqu’au 11 en attendant mon passeport. J’arrivai à Rouen le 13, et je revins reprendre mes fonctions à Gruchet le 18 juin de la même année 1801. » 

MARTIN CURE 4.JPG

« Que doit-on penser de la Révolution française ? N’en doit-on pas accuser les Ambitieux, les Intrigants, les Ingrats et les traîtes dont l’audace, la lâcheté et les attentats réunis, ont amené et consommé cette Révolution la plus monstrueuse et la plus exécrable qui ait jamais existé ; cette Révolution si féroce que si on en lisait les horribles détails dans l’histoire des nations les plus barbares, on les croirait fabuleux ? L’humanité et la justice remontèrent au Ciel avec le vertueux Louis Seize. » 

MARTIN CURE 1.JPG

 

06/10/2013

Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

19 ventôse de l’an IV ou mercredi 9 mars 1796, 20 heures. En la mairie du 2ème arrondissement de la Ville de Paris, située au numéro 3 de la rue d’Antin, une jeune femme se présente au 1er étage. Depuis la loi du 20 septembre 1792,  le mariage civil est enregistré en mairie, la tenue des registres confiée à des officiers municipaux.

Sous sa redingote de drap gris, la future mariée porte une jolie robe de mousseline ornée de fleurs tricolores qui laisse deviner son léger corset à la mode que l’on appelle « le divorce ». Un nom malheureusement prémonitoire*…

Elle est accompagnée de ses deux témoins : Paul Barras (1755-1829), le Président du Directoire et Jean-Lambert Tallien (1767-1820), membre du Conseil des Cinq-Cents. Etienne Calmenet, son homme de confiance, sera quant à lui le premier témoin du marié. Ce dernier se présente, sabre au côté, avec deux heures trente de retard. Il est nerveux. Son aide de camp, le jeune Le Marois, âgé de 20 ans, est avec lui.  

 

acte mariage napoleon.jpg

A peine arrivé, après avoir rapidement salué les personnes présentes, il adresse au commissaire du Directoire, seul présent, un froid « Mariez-nous vite ». Le maire, Charles Leclercq, un vieil homme fatigué par cette longue attente, est déjà parti se coucher…   

acte de mariage 2.jpg

Le fonctionnaire n’a d’autre choix que de s’exécuter. Il s’empare du registre et commence à lire un acte de mariage truffé de mensonges et d’irrégularités ! Jugez-en plutôt, n’étant pas élu, le commissaire Collin-Lacombe n’avait pas qualité pour unir légalement deux citoyens. De plus, un des témoins est encore mineur. Enfin, les futurs époux ont tous les deux triché sur leur âge : elle s’est donnée quatre ans de moins alors que lui s’est vieilli de 18 mois. Même les adresses des futurs époux sont fausses !

Le marié sera pourtant, quelques années plus tard, celui qui va donner son nom au rigoureux Code Civil, le Code Napoléon.

Car c’est bien  l’union de Napoléon Bonaparte, Général en chef de l'armée d’Italie et de Rose Tascher de La Pagerie (1763-1814), veuve d’Alexandre de Beauharnais (1760-1794),  la future impératrice Joséphine, qui vient d'être célébrée ! 

 

mariage civil de Napoleon.jpg

Plus tard, l’Empereur tentera de se justifier : « Pour Joséphine, étant donné qu’en 1796 les Iles du Vent étaient occupées par les Anglais, on a utilisé le certificat de baptême de sa sœur cadette qui était morte. Pour moi, n’ayant pas mon acte de naissance, on a utilisé celui de mon frère aîné, Joseph, qui était alors à Paris pour affaires. »

 

* Les époux divorceront le 14 décembre 1809.

 

Biblio. « 12 corsets qui ont changé l’Histoire » de Michel De Decker – Pygmalion 2011.

Merci au site http://www.napoleon.org/

08/09/2013

Quand les prêtres avaient le droit de se marier…

C'est le 12 juillet 1790 que l’Assemblée Constituante vote le décret sur la Constitution civile du clergé qui achève la réforme du statut de l’Eglise de France. Celui du prêtre est totalement remis en cause. Non seulement il devient un fonctionnaire, élu par un collège, qui doit prêter serment de fidélité à la Nation mais aussi un simple citoyen qui, comme tous les autres, est autorisé à se marier. « Car il n’y a pas d’autre loi que celle décrétée par le pouvoir civil et celle-ci est applicable à tout citoyen, fût-il prêtre ! »

Si certains profitent de la permission et convolent effectivement, la plupart des serviteurs de l’Eglise demeureront loyaux envers les préceptes de Rome.  

Joseph le bon.jpg

 Joseph Le Bon, gravure d'E. Thomas, d'après un dessin d'H. Rousseau.

 

Ce n’est pas le cas de Joseph Le Bon qui, pour montrer l’exemple, épouse devant le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais),  le 5 novembre 1792, sa cousine germaine, Élisabeth Regniez, surnommée Mimie, une jeune fille d’à peine 20 ans. Premier mariage civil et surtout premier mariage d’un prêtre dans la région, l’union fait bien entendu scandale !  

Joseph le bon 1.jpg

Extrait des tables décennales de St-Pol-sur-Ternoise – 1792 – An X

 

Mais pas seulement l’union… Joseph Le Bon est né à Arras (Pas-de-Calais) le 25 septembre 1765, d’un père sergent de ville. Lorsque débute la Révolution, le jeune homme, oratorien au collège de Beaune (Côte d’or), est un excellent professeur de rhétorique surnommé par ses compagnons le « Bien-nommé ».

Il est ordonné prêtre le 25 décembre 1789 par Talleyrand (1754-1838), l’Evêque révolutionnaire d’Autun.

Emporté par la fièvre révolutionnaire, après avoir prêté serment, devenu simple curé de village, il renonce au sacerdoce et se fait élire le 9 septembre 1792 second suppléant du Pas-de-Calais à  la Convention Nationale, puis maire d'Arras, fonction qu’il occupera du 16 septembre au 25 décembre 1792.  

Joseph le bon2.jpg

« Les Formes acerbes » - Eau forte d’après Poirier de Dunkerque – 1810 –

 

Le 14 septembre 1793, il siège au Comité de sûreté générale où il est l'un des fidèles de Robespierre (1758-1794). Heureusement pour les normands, il refuse une mission dans le département de l'Orne et se retrouve en 1794 nommé dans le Pas-de-Calaisoù il va organiser la Terreur. Il applique avec une extrême rigueur les mesures nationales : loi des suspects, taxation du maximum, réorganisation du comité de surveillance d'Arras,… et fait marcher la guillotine à tout va : Mimie adore, paraît-il, la voir fonctionner !  Ainsi, dès son arrivée à Arras, les prisons de la ville vont se remplir et on recensera pas moins de 393 exécutions en l’espace d’un an !

Arrêté le 2 août 1794, il est condamné à la peine de mort pour abus de pouvoir pendant sa mission et guillotiné le 24 vendémiaire (16 octobre 1795), sur la grande place d’Amiens. Sa dernière lettre, adressée à son épouse, se termine par ces mots « La mort de l’homme de bien n’est pas inutile »...

 

Biblio : « Vivre en France sous la Révolution » - Ed. Liber – Genève – 1996.