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24/01/2010

La tragique destinée du dernier Duc de Normandie

Prise de douleurs dans la matinée du dimanche 27 mars 1785, sa mère, la Reine de France, a tout de même la force d'assister à la messe de Pâques avant d'accoucher d'un prince bien constitué et très fort. Comme pour sa sœur et son frère avant lui, le baptême a lieu sans retard. Le cardinal Louis de Rohan, grand aumônier de France, préside la cérémonie. Et cette fois encore, l'abbé de Brocquevielle, curé de l'église Notre-Dame de Versailles, s'est déplacé à la chapelle du château avec ses registres. L'illustre enfant y voisinera avec deux des plus humbles sujets de son père, le fils d'un scieur de long et la fille d'un pauvre manouvrier. Belle leçon de démocratie !

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 Acte de Baptême Du Duc de Normandie

Le Comte de Provence, frère du Roi et futur Louis XVIII, a été choisi comme parrain. La marraine, représentée par Madame Elisabeth, sœur du Roi, est Marie-Caroline d'Autriche, Reine de Naples et sœur de la Reine de France. Et ce petit prince prénommé Louis Charles, reçoit le titre original de duc de Normandie,  titre qui n'a plus été porté en France depuis Charles, frère de Louis XI.

Dans son journal, son père, le roi Louis XVI, inscrit cette note laconique : « Couches de la reine du duc de Normandie à sept heures et demie. Tout s'est passé de même qu'à mon fils. Le baptême a été à huit heures et demie, et le Te Deum. Il n'y avait de prince que Monsieur le duc de Chartres ; il n'y a eu ni compliments ni révérences. Monsieur la reine de Naples parrains. »

Second fils des souverains de France, le petit prince n'est pas destiné à prendre la succession de son père. Mais la mort tragique à 8 ans de son frère aîné, Louis Joseph, fait de lui le 4 juin 1789 le nouveau dauphin de France. Il n'a que 4 ans ! En apprenant la disparition de ce frère qu'il n'a pourtant guère approché, le petit prince a fondu en larmes. Mesurait-il inconsciemment la portée réelle de l'évènement ? Car sa vie de prince va se transformer très tôt en véritable cauchemar.

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Le Duc de Normandie en 1790

Il à 7 ans, le 10 août 1792, quand il est emprisonné avec ses parents à la Prison du Temple. Son père tentera d'y poursuivre son éducation jusqu'au matin du lundi 21  janvier 1793 où il est exécuté. Ce jour-là, l'enfant refusera son petit-déjeuner. Il suppliera ses gardiens « Laissez-moi passer, Messieurs, laissez-moi passer ! Je veux aller parler au peuple, le supplier de ne pas faire mourir le roi. »

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Transfert de la famille royale au Temple le 26 octobre 1792

 « Pour lui faire perdre l'idée de son rang », le « fils Capet » est ensuite enlevé à sa mère et confié dans sa prison au sein de la tour du Temple à la garde d'un personnage « plus stupide et bourru que foncièrement méchant », Antoine Simon, Cordonnier de son état.

Le 16 octobre 1793, la Reine Marie-Antoinette, sa mère, est guillotinée à son tour. Cette exécution lui sera cachée...

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Louis Charles de France par A. Kurchaski (1792)

En janvier 1794, après le départ de son « précepteur » appelé à d'autres fonctions, Louis-Charles est enfermé au secret dans l'une des pièces de l'appartement situé au deuxième étage de sa prison. Il n'a pas encore 9 ans ! Il va y croupir six mois dans la quasi obscurité, sans hygiène et sans aucun contact avec l'extérieur. Nourri de l'ordinaire des prisons, chaque jour deux bols de soupe avec un morceau de bœuf, un pain et une cruche d'eau, son état de santé se dégrade rapidement. D'autant qu'il est rongé par la gale et la tuberculose. Sa vie est un véritable enfer et son tourment n'a pas de repos ! Chaque nuit ses geôliers se présentent à la grille de son cachot en hurlant « Capet, Capet, dors-tu ? » Race de vipère, lève-toi ! » jusqu'à ce que l'enfant se réveille et se traine vers la porte tout ensommeillé : « Que me voulez-vous ? » « Te voir ! C'est bon, va te coucher ! ».

Le 28 juillet 1794, un membre du comité révolutionnaire de la section du Temple, le sieur Laurent, devient « gardien permanent » des enfants royaux. Même si dès lors le sort de ce jeune prince s'améliore quelque peu (à la fin du mois d'Août, le régime de l'enfermement total est enfin aboli), c'est finalement d'épuisement, de privations, de mauvais traitement que le 8 juin 1795 à l'âge de 10 ans et après bientôt trois ans de captivité, qu'il va mourir, dans sa prison, probablement d'une péritonite tuberculeuse mais surtout victime de la bêtise et de la barbarie des hommes envers un innocent.

Biblio : « Les princes du Malheur - Le destin tragique des enfants de Louis XVI et Marie-Antoinette » -Editions Perrin - juin 2008

 

27/12/2009

La naissance du Tigre

« Dans la mesure où un simple mortel peut incarner un grand pays,

Georges Clemenceau a été la France »

W. Churchill

 

Il est né le 28 septembre 1841 dans un petit village de Vendée, Mouilleron-en-Pareds.

 

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Acte de naissance de Georges Benjamin Clémenceau,

le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds

 

« C’est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités. Le courage, l’obstination têtue, la combativité. » Georges Benjamin Clemenceau est né à 21heures 30 au domicile de son grand-père maternel, d’un père médecin et républicain engagé, qui s’est investi quelques années auparavant dans la lutte contre Charles X puis contre Louis-Philippe et qui aura une grande influence sur son fils.

A 24 ans, docteur en médecine, il part pour les Etats-Unis, s’y marie et y demeure 5 ans.

De retour en France, après avoir participé à l’insurrection parisienne contre le régime impérial, il est élu maire de Montmartre puis Député de la Seine.

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Chef de l’extrême gauche radicale depuis 1876, il s’oppose violemment à la politique coloniale de Jules Ferry et est à l’origine de la chute de plusieurs gouvernements. Ce sont ses coups de griffe qui seront à l’origine de son surnom de « Tigre ».

Battu aux élections de 1893, il se tourne vers l’écriture et le journalisme. Il collabore à l’Aurore où il fait publier le célèbre article d’Emile Zola « J’accuse » en faveur de Dreyfus.

Sénateur du Var en 1902, Ministre de l’Intérieur puis Président du Conseil de 1906 à 1909, il institue le Ministère du Travail et fait notamment voter les lois sur le repos hebdomadaire et la journée de 10 heures. Il se donne lui-même le surnom de « premier flic de France » et soutient la fondation de la police scientifique et des Brigades du Tigre.

 

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En novembre 1917, durant la Première Guerre mondiale, Raymond Poincaré l’appelle à la tête du gouvernement. A son surnom de « Tigre » vient alors s’ajouter celui de « Père la Victoire ».

A 76 ans, il restaure la confiance et met tout en œuvre pour que la République soutienne le choc de cette guerre. C’est la canne à la main qu’il parcourt les tranchées et donne, contre l’avis des députés, sa totale confiance à Foch.  

Retiré de la vie politique dès 1920, il s’éteint le 24 novembre 1929 à son domicile parisien.

 

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  Genéalogie complète du Tigre : http://www.geneastar.org/

 

 

23/12/2009

Madame de Sévigné ou la Dame au nez carré

« Le cœur n’a pas de rides »

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Elle n’était pas normande d’origine mais aimait notre province, particulièrement la ville de Caen où elle séjourna en 1689 et dont elle disait ceci « Ce pays est très beau et Caen est la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises ; des prairies, des promenades, et enfin la source de tous nos plus beaux esprits : j’en suis charmée. »

Petite-fille de Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation avec François de Sales, Madame de Sévigné, née Marie de Rabutin-Chantal nait à Paris en 1626 dans l’Hôtel de Coulanges construit par son grand-père Place Royale, aujourd’hui Place des Vosges.  

Le Baron de Chantal, son père, s’est fait tué dans l’Ile de Ré en combattant les Anglais, le 22 juillet 1627. Quant à sa mère, Madame de Chantal, elle meurt en 1633.

Recueillie par sa famille maternelle, Marie reçoit une éducation essentiellement littéraire, apprenant le latin, l’espagnol et l’italien.

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Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné - Portrait de Lefevre - Musée Carnavalet

Très blonde, très blanche, très séduisante avec des yeux bleus pétillants de gaieté et son fameux nez carré, elle est aussi un excellent parti à la tête de 100 000 écus !

Le 4 août 1644, elle épouse à 18 ans le marquis Henri de Sévigné dont elle aura deux enfants, Françoise-Marguerite née en 1646 et Charles né en 1648. Issu d’une vieille noblesse bretonne, propriétaire du château des Rochers, le marquis, de trois ans son aîné, est un séducteur, ce qui lui coûtera la vie. Le 4 février 1651, place Royale, le chevalier d’Albret et le marquis de Sévigné croisent le fer, tous deux amoureux de la même femme, Madame de Gondran… Henri de Sévigné s’écroule mortellement blessé. On le transporte chez lui où il succombe le lendemain. On plaint beaucoup sa jeune femme qu’il laisse veuve si tragiquement, après avoir fait éclater sur la place publique un scandale adultère.

Si la marquise pleure, elle se console très vite. A 25 ans, ravissante, intelligente, férocement spirituelle et libre, cette divine précieuse fait tourner les têtes. Pourtant, les jeux de l’esprit l’amusant davantage que les jeux de l’alcôve, elle décide de se consacrer exclusivement à sa vie mondaine et à l’éducation de ses enfants.

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Le Village de Grignan (Drôme)

Sa fille Françoise-Marguerite épouse le 27 janvier 1669 François d’Adhémar, Comte de Grignan, vieux, laid et déjà deux fois veuf, qui l’emmène en Provence où sa carrière de Lieutenant-Général l’appelle. Quand, le 6 février 1671, Madame de Sévigné écrit à la jeune comtesse qui l’a quittée deux jours plus tôt,  sait-elle que cette lettre sera la première d’une très longue série ? Car elle va ainsi lui écrire trois ou quatre fois par semaine pendant 30 ans !

Au total, la Marquise adressera plus de 1500 lettres, principalement à ses enfants, narrant les faits, potins et commérages de la cour et des salons parisiens. Son sens de l’observation et son don de portraitiste mordante feront d’elle un témoin précieux de son siècle.

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Acte de décès de Madame la Marquise de Sévigné - Extrait du registre paroissial de Grignan

(film 1MI108/R5 - 1692-1730)

La marquise décède à Grignan, le 17 avril 1696 atteinte de la petite vérole. Elle y était venue soigner sa fille malade.

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En 1793, sa tombe, située sous une dalle de marbre blanc dans la Collégiale Saint-Sauveur de Grignan, aurait été violée par « La Société Populaire de Grignan ». Un notaire aurait prélevé une côte, un maçon une mèche de cheveux pour l'enfermer dans un médaillon et un juge lui aurait prit une dent pour en faire une bague…