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05/02/2011

Le fabuleux destin de Françoise d'Aubigné

Mesdames, souriez afin que plus tard vos rides soient bien placées." 

                                           Françoise d’Aubigné, Marquise de Maintenon

Quel destin hors du commun que celui de cette femme née en prison d'un père assassin, qui, devenue veuve d'un cul-de-jatte, épousera secrètement le plus grand de nos rois !

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C’est le 27 novembre 1635 que naît à la prison de Niort (Deux-Sèvres) (acte de baptême ci-dessous), Françoise d’Aubigné, petite-fille du poète calviniste Agrippa d’Aubigné et fille de Constant d’Aubigné, qui, non content d’avoir assassiné sa première femme et son amant dans un accès de jalousie, purge alors une peine de prison pour faux monnayage. Françoise est le troisième et dernier enfant du couple qu’il forme avec Jeanne de Cardhilhac. MME MAINTENON.JPG

Baptisée selon le culte catholique, elle reçoit tout d'abord une éducation protestante par sa tante paternelle, Madame de Villette, qu’elle retrouve en 1647 après un séjour de 6 ans à la Martinique où son père, après des années de cachot, a entraîné toute la famille. Plus tard, sa marraine, Madame de Neuillant, l'ayant récupérée, la place dans un couvent de Niort puis à Paris afin de lui faire redonner une éduction catholique.

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                                    Paul Scarron (1610-1660)

En avril 1652, 4 ans seulement après son retour en France, âgée de 16 ans, « sans le sou mais jolie et sage », elle épouse l’écrivain humoriste gravement handicapé Paul Scarron de 25 ans son aîné. Le salon de cet homme très cultivé est fréquenté par les plus beaux esprits. En leur compagnie, la jeune femme s'instruit et se tisse aussi un solide réseau de relations. A la mort de son époux en 1660, elle n’a encore que 25 ans. Sans ressources, elle obtient d’Anne d’Autriche une pension de 2000 livres.

Madame de Montespan, qui apprécie la femme discrète qu'elle est devenue, lui confie alors l’éducation des bâtards du roi dont elle devient la gouvernante de 1669 à 1673. Françoise s’installe  à Vaugirard, y vit dans la plus grande discrétion et y rencontre quelquefois le roi lorsqu’il s’y aventure pour voir ses enfants. Constatant l’attention maternelle dont la veuve Scarron entoure ses petits protégés, il confie à un proche « Comme elle sait bien aimer, il y aurait du plaisir à être aimé d’elle ».

En 1675, en récompense de ses services, Louis XIV lui attribue le domaine de Maintenon qu’il érige pour elle en marquisat. Huit ans plus tard, il va l'épouser ! 

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C'est dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683 qu'est célébré secrètement ce mariage morganatique qui ne restera insoupçonné que pour le peuple. A la cour, l’on sait bien ce qu’il en est : le roi passe une grande partie de son temps dans les appartements de sa femme et, lorsque Madame de Maintenon se déplace en chaise à porteurs, les princesses doivent suivre immédiatement derrière.

C’est pour elle encore que le roi crée en 1686 la Maison royale de Saint-Louis de Saint-cyr-l’école, maison d’éducation des jeunes filles nobles pauvres, où la Marquise se retire après la mort de son mari en 1715.

Elle y décède le 15 avril 1719. Enterrée dans l’allée centrale de l’Eglise, sa tombe est profanée en 1794 et sa dépouille traînée dehors et offerte aux insultes. C’est lors des travaux de reconstruction de l’Ecole, après la seconde guerre mondiale, qu’on découvre, dans les greniers, une simple caisse marquée « Ossements de Madame de Maintenon ». Placés dans la chapelle royale du château de Versailles, ils ont été enterrés en 1969 devant l’autel de la chapelle restaurée du nouveau collège militaire de Saint-Cyr.

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08/01/2011

Charles Michel de l'Epée, Instructeur des sourds-muets

Il est né à Versailles où son père était architecte le 24 novembre 1712. Charles Michel de l’Epée étudia le droit, la philosophie, les langues et la théologie avant de prononcer ses vœux en 1738, choisissant de se dévouer pour les pauvres et les indigents.

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Durant l'été 1760, le frère Vanin, de la congrégation de la doctrine du Christ, lui présente deux jeunes sœurs sourdes et muettes. Cette rencontre fortuite va changer le cours de sa destinée.

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S’appuyant sur l’ouvrage « Réduction des lettres à leurs éléments primitifs et art d’enseigner à parler aux muets » du prêtre espagnol Juan de Pablo Bonet, il va dès lors entièrement se consacrer à l’instruction de ce public handicapé et au moyen de le sortir de son isolement Pour cela, il va imaginer une langue de signes gestuels naturels, ordonnés selon la syntaxe française. Il ouvre à Paris près du Louvre un institut qui leur est destiné. Sa notoriété va très vite traverser l'Europe : Joseph II visita son école et Catherine II de Russie voulut se l’attacher.

Aidé financièrement par le roi Louis XVI et le duc de Penthièvre, il publie en 1784 son traité intitulé « Véritable manière d’instruire des sourds-muets ». Le principe consistait à « faire entrer par les yeux dans leur esprit ce qui est entré dans le nôtre par la bouche et les oreilles ». 

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Il est décédé à Paris le 23 décembre 1789 et est enterré dans l’Eglise Saint-Roch.

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Deux ans après sa disparition, la Constituante le plaça au rang des bienfaiteurs de l’humanité.  Sa philanthropie fut reconnue dans tous les pays du monde et la langue universelle qu’il avait inventée devint un instrument indispensable de progrès social pour les sourds.

15/12/2010

Le drame de Villequier

Le lundi 4 septembre 1843, Léopoldine Hugo et son mari Charles Vacquerie, fils d’un armateur Havrais, font, en compagnie d’un oncle et d’un cousin de Charles, une promenade en barque sur la Seine entre Caudebec-en-Caux et Villequier. Il est 13 heures quand soudain, au lieu dit « dos d’âne », un brusque et fort coup de vent fait chavirer l’embarcation. Les quatre passagers tombent à l’eau.

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              Léopoldine Hugo peinte par Auguste de Châtillon en 1836, le jour de sa première communion.

Le « Journal de Rouen » du mercredi  suivant va relater le drame « M. Charles Vacquerie, habile et vigoureux nageur, plein de courage et de sang-froid, a plongé et replongé pendant plus de cinq minutes, et a été vu plusieurs fois ramenant à la surface sa jeune femme. Mais, hélas, ils ont fini par disparaître touts deux comme entrelacés ».

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Léopoldine n’a que 20 ans, son mari, 26. Ils s’étaient mariés en février de la même année. Leurs corps seront ensevelis dans un même cercueil. Ils reposent au petit cimetière de Villequier. Un monument, dressé sur le lieu du naufrage, en amont du village, rappelle le drame.

 

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Quant à Victor Hugo, Il rentre d’un voyage qui l’a emmené en Espagne. Il ne va apprendre la terrible nouvelle que cinq jours plus tard, en lisant à Rochefort le journal « Le siècle ».  Le 10 septembre, il écrit à Louise Bertin « j’ai lu. C’est ainsi que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte (…) O mon Dieu, que vous ai-je fait ! (…) Dieu ne veut pas qu’on ait le paradis sur la terre. Il l’a reprise. Oh ! Mon pauvre ange, dire que je ne la reverrai plus. » Il ne se rendra sur sa tombe qu’en septembre 1846. Il écrira pour elle  l’un de ses plus beaux poèmes « Demain, dès l’aube… »

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La légende a attribué l’accident des jeunes époux au mascaret, ce phénomène récurrent, impressionnant et dangereux qui se produit dans les estuaires, quand une forte marée montante rencontre le flot avalant du fleuve, au point de lui passer dessus en formant une énorme vague. Mais voilà, le drame a eu lieu en début d’après-midi alors que la période propice aux mascarets se situe entre 10 et 11 heures ou tard le soir. En outre, Charles, issu d’une famille de marins, connaissait suffisamment ce phénomène pour ne pas s’être laissé prendre au piège.  L’embarcation, trop chargée, mal lestée surtout, n’a tout simplement pas résisté à ce violent coup de vent.