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15/12/2010

Le drame de Villequier

Le lundi 4 septembre 1843, Léopoldine Hugo et son mari Charles Vacquerie, fils d’un armateur Havrais, font, en compagnie d’un oncle et d’un cousin de Charles, une promenade en barque sur la Seine entre Caudebec-en-Caux et Villequier. Il est 13 heures quand soudain, au lieu dit « dos d’âne », un brusque et fort coup de vent fait chavirer l’embarcation. Les quatre passagers tombent à l’eau.

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              Léopoldine Hugo peinte par Auguste de Châtillon en 1836, le jour de sa première communion.

Le « Journal de Rouen » du mercredi  suivant va relater le drame « M. Charles Vacquerie, habile et vigoureux nageur, plein de courage et de sang-froid, a plongé et replongé pendant plus de cinq minutes, et a été vu plusieurs fois ramenant à la surface sa jeune femme. Mais, hélas, ils ont fini par disparaître touts deux comme entrelacés ».

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Léopoldine n’a que 20 ans, son mari, 26. Ils s’étaient mariés en février de la même année. Leurs corps seront ensevelis dans un même cercueil. Ils reposent au petit cimetière de Villequier. Un monument, dressé sur le lieu du naufrage, en amont du village, rappelle le drame.

 

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Quant à Victor Hugo, Il rentre d’un voyage qui l’a emmené en Espagne. Il ne va apprendre la terrible nouvelle que cinq jours plus tard, en lisant à Rochefort le journal « Le siècle ».  Le 10 septembre, il écrit à Louise Bertin « j’ai lu. C’est ainsi que j’ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte (…) O mon Dieu, que vous ai-je fait ! (…) Dieu ne veut pas qu’on ait le paradis sur la terre. Il l’a reprise. Oh ! Mon pauvre ange, dire que je ne la reverrai plus. » Il ne se rendra sur sa tombe qu’en septembre 1846. Il écrira pour elle  l’un de ses plus beaux poèmes « Demain, dès l’aube… »

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La légende a attribué l’accident des jeunes époux au mascaret, ce phénomène récurrent, impressionnant et dangereux qui se produit dans les estuaires, quand une forte marée montante rencontre le flot avalant du fleuve, au point de lui passer dessus en formant une énorme vague. Mais voilà, le drame a eu lieu en début d’après-midi alors que la période propice aux mascarets se situe entre 10 et 11 heures ou tard le soir. En outre, Charles, issu d’une famille de marins, connaissait suffisamment ce phénomène pour ne pas s’être laissé prendre au piège.  L’embarcation, trop chargée, mal lestée surtout, n’a tout simplement pas résisté à ce violent coup de vent.

 

17/11/2010

L’enterrement mouvementé de Gustave Flaubert

Gustave Flaubert s’est éteint à son domicile de Canteleu près de Rouen, au Hameau de Croisset, le 8 mai 1880, victime d’une hémorragie cérébrale. Il avait 59 ans.

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                                Portrait de Flaubert par E. Giraud - 1867

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Le 11 eut lieu son inhumation au cimetière monumental de Rouen en présence des plus grands hommes de lettres du moment : Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt ou encore Emile Zola à qui l’on doit le récit de cet enterrement dont voici quelques extraits :

« Notre bon et grand Flaubert semblait venir à nous, couché dans son cercueil… Daudet et moi, nous nous étions rangés au bord du chemin, sans une parole, et très pâles. Nous n’avions pas besoin de parler, notre pensée fut la même, quand les roues du corbillard nous frôlèrent : c’était le « vieux » qui passait ; et nous mettions dans ce mot toute notre tendresse pour lui, tout ce que nous devions à l’ami et au maître… La sortie de l’Eglise… Le cortège a redescendu la côte de Canteleu. La tombe de Louis Bouilhet se trouve à côté du tombeau de la famille de Gustave Flaubert, et le corps du romancier a du passer devant le poète, son ami d’enfance, qui dort là depuis dix ans… Et, alors, s’est passé un fait qui nous a tous bouleversés. Quand on a descendu le cercueil dans le caveau, ce cercueil trop grand, un cercueil de géant, n’a jamais pu entrer. Pendant plusieurs minutes, les fossoyeurs, commandés par un homme maigre, à large chapeau noir, un figure sortie de Han d’Islande, ont travaillé avec de lourds efforts ; mais le cercueil, la tête en bas, ne voulait ni remonter ni descendre davantage, et l’on entendait les cordes crier et le bois se plaindre. C’était atroce ; la nièce que Flaubert a tant aimée sanglotait au bord du caveau. Enfin, des voix ont murmuré : « Assez, assez, attendez plus tard. » Nous sommes partis, abandonnant là notre « vieux » entré de biais dans la terre. Mon cœur éclatait. »

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Edmond de Goncourt écrira le 14 mai suivant « Oh ! Le triste et navrant enterrement qu’au eu mardi Flaubert ! » Il rapportera également ce détail qui peint Daudet « Ce matin (11 mai), il venait à peine de s’asseoir en chemin de fer, quand Heredia le voit mettant gravement ses gants noirs. Se voyant regardé, Daudet de rire : « Déjà ? Ça vous étonne, hein ? Mais voilà, pour moi, le chemin de fer, c’est la partie de plaisir, la joie des vacances… et ces gants noirs sont chargés de me rappeler où je vais. » 

15/10/2010

Le dernier voyage de la Marquise...

15 avril 1764, Jeanne Antoinette d’Etioles, Marquise de Pompadour, n’est plus. La favorite du roi Louis XV, qui n’a que 42 ans,  a mesuré toutes les conséquences de la vie trépidante qu’elle a menée à l’ombre de son Bien-aimé.

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L’hiver a été très rigoureux. Alors qu’elle séjourne à Choisy, la marquise, déjà en mauvaise santé, a pris froid. Sujette à de sérieux troubles cardiaques, elle tente en vains de dissimuler sa maigreur pathétique sous des accumulations de voile. Mais le rouge et la poudre ne parviennent pas à masquer son visage décharné, marqué par une immense fatigue. En février, une pneumonie se déclare. Abattue par une forte fièvre, elle crache le sang, ce qui ne va pas empêcher ses médecins à procéder à des saignées répétées ! Cependant, en mars, contre toute attente, son état s’améliore et lui permet de revenir à Versailles et d’y retrouver le confort de ses appartements. Mais, dans la soirée du 7 avril, elle est victime d’une rechute alarmante. Le pire est à redouter. Le 14 avril, dans un dernier effort, elle ajoute un codicille au testament qu’elle a rédigé en 1757, fait ses adieux au roi et se remet aux mains des prêtres. Dans la nuit, le curé de la Madeleine, sa paroisse parisienne, la confesse et lui donne l’extrême-onction. Le 15 au matin, la mourante reçoit ses dernières visites, notamment celle de son frère Abel François Poisson, marquis de Marigny, le légataire universel de son immense fortune, puisqu’elle meurt sans descendance. Faisant preuve d’un courage admirable face à la douleur, elle renonce à toute vanité en refusant de changer de robe. C’est à sept heures et demie du soir qu’elle rend son dernier soupir.

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Depuis Louis XIV, le protocole veut que seuls les rois et les pinces de sang meurent à Versailles. Un privilège que Louis XV a cependant accordé à son « amie de vingt ans », montrant ainsi l’estime exceptionnelle dans laquelle il la tient. Toutefois, par respect des convenances, quelques minutes après son décès, son corps, enveloppé dans un simple drap en guise de linceul, est discrètement transporté dans son hôtel versaillais des Réservoirs, qui jouxte le château.

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                             Madame de Pompadour - H. Drouais - 1764

Ses obsèques auront lieu le 17 avril 1764 à l’église Notre-Dame dont l’intérieur a été entièrement tendu de noir. Le cortège funèbre se compose de 100 prêtres, 24 enfants de chœur, 42 domestiques de la défunte en livrée de deuil et 72  pauvres de la paroisse. A l’issue de la cérémonie, à 18 heures, le cercueil est placé dans un carrosse à dais ducal, attelé de 12 chevaux caparaçonnés de moire d’argent et précédé par 4 gardes suisses. La marquise doit reposer, selon son souhait, au couvent des Capucins de la place Vendôme, à Paris. La pluie et le vent n’empêchent pas le roi louis XV de sortir sur le balcon de la cour de Marbre du château pour regarder le cortège s’éloigner sur l’avenue de Paris. « La marquise n’aura pas beau temps pour son voyage » aurait-il dit…