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04/08/2019

La folie d'un père

Pour nombre d'entre-nous, Cartouche, c'est Jean-Paul Belmondo dans le film que Philippe de Broca tourna en 1962 : un brigand audacieux, bagarreur et charmeur, qui sévissait à la manière d'Arsène Lupin dans le Paris du début du XVIIIe siècle. Personnage de fiction ? Pas du tout, même si des légendes bienveillantes ont fait de ce fripon devenu voleur puis bandit insolent et enfin chef de bande et sûrement meurtrier, un héros sympathique voire attachant.

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Cet homme là s'appelait en réalité Louis Dominique Garthauzsien, un nom qui, par francisation, se transformera en celui de « Cartouche ». Né en 1693, à Paris, rue du Pont-aux-Choux, il est le fils de Jean Garthauzsien, un ancien mercenaire allemand originaire de Hambourg, qui exerce le métier de tonnelier dans le quartier de la Courtille, ce lieu de plaisir parisien de jadis situé à Belleville. Auparavant, l'homme avait été valet chez Guy César de la Luzerne, marquis de Beuzeville (-sur-le-Vey), près de Carentan (Manche). Jean Garthauzsien, dit Lallemand, est connu pour être honnête et droit. Il a épousé Catherine Delamarre. Elle est la fille d'artisans bourgeois. Les parents de Claude Delamarre, son père, sont maîtres tonneliers déchargeurs de Vin à Paris et ceux de sa mère, Elisabeth Royer, des maîtres fileurs d'or et d'argent.

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Longuement traqué par la police du Régent Philippe d'Orléans (1674-1723), Cartouche est finalement arrêté le 15 octobre 1721. Jugé et condamné à mort, il est soumis à la terrible "question" et meurt le 26 novembre 1721 roué en Place de Grève.  Il n'a que 28 ans. Juste avant son supplice, il s'est écrié : « Je suis un malheureux. Mon père et ma mère sont d'honnêtes gens. » Ses trois frères seront condamnés aux galères. Le cadet, âgé de quinze ans environ, ne résistera pas à une pendaison par les aisselles deux heures durant et mourra peu de temps après avoir été dépendu.

En octobre 1737, César Antoine de la Luzerne, marquis de Belleville, écrit, dans une lettre adressée au lieutenant-général de police René Hérault, originaire de la région de Rouen, "Feu mon père avait retiré par charité chez lui le père du fameux Cartouche ; j'ai continué la même charité, cet homme m'avait servi dans mon enfance... Il est devenu fou tout d'un coup (...) Tantôt, il veut aller se noyer, tantôt il veut mettre le feu à ma maison."

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Acte de sépulture de Jean Garthauzsien, père du bandit Cartouche - Paroisse de La Houssaye (27)

Un an plus tard, le 1er novembre 1737, Jean Garthauzsien, père du bandit Cartouche, âgé de 78 ans environ, est inhumé dans le petit cimetière du château du Moulin-Chapelle de la paroisse de La Houssaye (Eure).

 

 

Biblio. "Guide Normand de Généalogie" de Gilles Henry - Orep Ed. 2013.

12/05/2019

Six mariages et un enterrement

Dans la société de l'Ancien Régime, 32 % des mariages sont des remariages. Se retrouver seul à cette époque, sans l’appui de sa femme ou de son mari, complique sérieusement la vie. Le remariage intervient rapidement après de décès du conjoint, en particulier pour les hommes. La mortalité pendant et après l'accouchement atteint dix pour cent des accouchées. Comme une femme a en moyenne un enfant tous les quinze ou vingt mois, comment un paysan, un tonnelier ou un journalier, père de famille, qui doit travailler dur pour survivre, pourrait en outre s'occuper de ses enfants ?

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Église Saint-Jean-Baptiste de Cropus (Seine-Maritime)

Cropus. Un petit village normand situé au nord-est du département de la Seine-Maritime qui tire son nom probablement de celui d'un norrois appelé "Krokr". L'église, en grande partie construite au XVIe siècle, est dédiée à Saint-Jean-Baptiste.

Louis Leroy y est né aux environs de l'année 1690. Et il s'y est marié aussi... Six fois au total !

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Première union de Louis Leroy et Marie Dupray le 26 janvier 1712

BMS - Cropus  4E 224 1700-1721 page 58/100 - Archives Départementales de Seine-Maritime

Première union, le 26 janvier 1712. La jeune épousée meurt cinq jours après la naissance de leur fils.

Deuxième union, la plus éphémère, est célébrée le 6 février 1714.

Troisième union le 9 octobre 1714 et enterrement de sa femme seulement quatre jours après avoir mis au monde une petite Marie née le 18 août 1715.

Quatrième union, le 7 octobre 1715. Deux garçons naîtront, deux enfants morts quelques jours seulement après leur naissance. La jeune mère décèdera le 11 mai 1718, moins d'un mois après avoir mis au monde son dernier fils.

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Cinquième union de Louis Le Roy et Marie Pigny le 22 juillet 1718

BMS - Cropus  4E 224 1700-1721 page 88/100 - Archives Départementales de Seine-Maritime

Cinquième union, le 22 juillet 1718. La plus longue. Au moins trois garçons naîtront de leur couple qui restera uni jusqu'au 24 mars 1742, date de l'inhumation de l'épousée dans l'église de la paroisse voisine de Saint-Hellier où ils se sont installés.

C'est là que le 27 juin 1744 Louis Le Roy, cinq fois veuf, épouse en sixièmes et dernières noces Catherine Marc, une veuve elle-aussi de la Paroisse voisine du Grand-Torcy. Louis rend son âme à Dieu le 4 novembre 1759. Sa dernière épouse lui survivra cinq ans...

 

10/03/2019

L'arbre des vices et des vertus du Calendrier des Bergers

"La pédagogie et l'apprentissage ont depuis toujours appel à la mémoire visuelle. Au XIIe siècle, considéré comme une période de véritable renaissance intellectuelle, alors que l'enseignement connaît un renouveau avec le développement des écoles urbaines, l'arbre devient un outil efficace de diffusion des connaissances.

Racines, tronc, branches, feuilles... sont utilisés comme supports aux subdivisions de la connaissance. C'est là, plus qu'ailleurs, que se trouve l'origine de la prédilection de l'Occident pour la figure de l'arbre étendue à la généalogie.

Le classement des vices et des vertus est l'un des sujets les plus plus précocement mis en arbre, dès la fin du VIe siècle.

Au XVe siècle, paraît "Le Calendrier des bergers", l'almanach le plus célèbre de la fin du Moyen-âge. Édité pour "enseigner la science des bergers qui est science de l’âme, du corps, des astres, de la vie et de la mort", ils sont en fait des compilations à usage pratique et moral destinées à un public laïc. Le premier compost des bergers fut imprimé à Paris par Guy Marchant en 1491 avant d’être réédité à de nombreuses reprises dans les décennies suivantes. Sur un double page, il offre un petit traité de morale.

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A gauche, l'arbre sec et mort des vices qui s'enracine dans "l'Orgueil" et culmine en "Luxure". il se ramifie en chacun des sept péchés capitaux qui donnent chacun naissance à sept défauts secondaires aux extrémités de petits rameaux. Les branches de vices pendent tristement, sans feuille, vers le sol.

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A droite, fleurit l'arbre des vertus, fécond et feuillu. "L'Humilité" est sa racine. Son tronc se développe avec quatre branches de vertus cardinales ("Justice et Force", "Prudence" et "Tempérance") avant de culminer dans les vertus théologales en deux branches "Foi "et "Espérance" et dans la cime "Charité". De chacune des branches des sept vertus sort un bouquet de sept vertus secondaires.

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A la fin du même traité de moral, une autre image classe les vertus. La tour de la sapience ou de sagesse, à laquelle on accède par un escalier de vertus, est portée par les puissantes colonnes des vertus principales. Chaque pierre, fenêtre et créneau de l'édifice porte le nom d'une vertu.

 

 

Biblio - Texte et images : "Mille ans d'histoire de l'Arbre Généalogique en France" de M.-E. Gautier - Ed. Ouest-France, 2008.