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18/09/2013

I'r'pleut !

« Ça crachine, « ça vase », « ça bérouine », « ça verse », « ça écrase », « ça brousse », « ça drache », ou bien encore « y pleut comme vak ki pisse », « i tumbe dé l’iaô », « i broussène », « i frouasse », « i avrille », il y a des « pissies de ranne », des « pluies de rainette », des « lachies » (accompagnées de vents), des pluies « énarpées » (quand il pleut à sceaux),… Selon Christiane Lablancherie*, les normands peuvent être fiers de leurs temps humide car la pluie, les averses et autres ondées, ont, écrit-elle, généré plus de quarante expressions « ben cheu nous » ! 

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A écouter les mauvaises langues, il ne pleuvrait que deux fois par semaine en Normandie : une fois 3 jours, et une autre fois 4 jours. C’est bien sûr entièrement faux, de la pure médisance !!!  Même si le parapluie est, il faut bien le reconnaître, le meilleur ami du normand,  prudent par nature !

Mais toutes ces pluies, brumes, averses, bruines et autres crachins sont essentiels à la fertilisation des riches terres de notre belle province.  Non seulement sans eux, herbages et vergers ne s’épanouiraient pas, mais surtout notre gastronomie n’existerait pas ! Adieu crème épaisse, fromages parfumés, pommes juteuses, viandes juteuses, calva et autres douceurs…

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Et le normand, pour qui « la pluie n’arrête pas le pèlerin » le sait bien !  Quand le temps « s’graisse », « s’barbouille », « s’rembreunit », c’est que la pluie ne va pas tarder, qu’il va « tomber une pichée d’iâo ». Par contre, s’il « s’écaillot », l’éclaircie n’est pas loin.

Avant le « crachin », imprégnant tout d’une désagréable humidité, le temps est « mucre », mot venant du scandinave « mygla » signifiant « moisissure ». D’« eune pissie de cat », une petite averse, à l’averse maximale, « l’achanaée », terme venant du latin populaire « catabela » qui signifie « bois abattu par la force du vent », la graduation est fine : « Eune chilaée », une sacrée averse, une « apalanchie d’iâo », une très grosse averse, etc.

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Et le saviez-vous, il pleut plus souvent au Havre (160 jours de pluie en moyenne par an) qu’à Rouen (131 jours seulement), pourtant surnommé « le pot de chambre de la Normandie" !

Et c’est au sud du département de l’Eure, surnommé « le Sahara normand » que la pluviométrie est la plus basse (510 mm contre 1 300 mm dans la Manche) !  

 

 

Biblio. « « Fier d’être Normand «  de C. Lablancherie – Ed. Ouest-France 2013

Images : « Boujou de Normandie – Dictionnaire humoureux et savoureux » de Miniac – Orep Ed. 2012 et « Bienvenue chez les normands » de N. Sterin – De Borée 2011.

15/09/2013

Marie Joly, le tombeau de la Brèche au diable

« Elle n’est plus, cette femme adorable

Favorite des jeux, des grâces, des amours

Joly n’est plus.

La Parque inexorable

A tranché le fil de ses jours. »

Au cœur de la Suisse Normande, à quelques kilomètres au nord de la ville de Falaise, entre Bons-Tassilly et Soumont-Saint-Quentin, un site où serpente le Laizon, il y a un lieu-dit qui porte le nom terrible de « la Brèche au diable » parce qu’ici, dit-on,  dans un excès de rage, le malin aurait fendu la terre d’un coup de queue.  

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 La Brèche au diable

 

Savez-vous que c’est dans ce lieu précis, au cœur d’une verdure romantique et au pied du promontoire rocheux surplombant à pic les gorges du Laizon, que repose Marie Joly, l’une des plus grandes comédiennes françaises du XVIIIe siècle.  

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 Porte d'accès au monument de Marie Joly

 

Née à Versailles, le 8 avril 1761, fille d’un costumier, la comédienne débute sur les planches à l’âge de 7 ans. Devenue sociétaire de la Comédie française le 27 mars 1783, elle enchante Versailles et s’y illustre en interprétant divers personnages des pièces de Molière (1622-1673).

Actrice, mais aussi danseuse et muse, elle épouse Nicolas Fouquet Dulomboy, riche capitaine de cavalerie, maire de Tassilly-Saint-Quentin, rencontré lors q’une représentation au Théâtre de Caen, dont elle aura cinq enfants.

Au cours d’un séjour dans leur manoir de Poussendre,  alors qu’ils se baladent côte à côte à cheval, elle manque de tomber dans le précipice de la Brèche au diable. L’endroit, une étroite vallée encaissée, couverte d’arbres et arrosée par un torrent tumultueux, au pied de falaises verticales, lui parait à la fois si étonnant et merveilleux, qu’elle fait promettre à son époux de l’y enterrer lorsque le moment sera venu.

Quand la jeune femme s’éteint des suites d’une pneumonie le 7 mai 1789 à trente-sept ans, son mari, fidèle à sa promesse, lui fait ériger un véritable sanctuaire à la hauteur de leur amour. Pour cela, il demande à l’architecte Lesueur l’exacte réplique du tombeau qu’il a construit pour le grand philosophe Jean-Jacques Rousseau, dont Marie était une fervente admiratrice.  

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Marie Joly est représentée allongée, grandeur nature, Thalie et Melpomène  veillant sur ses cendres. Sur la face ouest, qui domine la gorge, se trouve l'épitaphe suivante : "Ci-gît : Marie-Elisabeth Joly, femme Dulomboy, la meilleure des mères, la plus douce et la plus sensible des femmes, la plus tendre des épouses. Amante de la nature, artiste célèbre, elle décéda à Paris le seize Floréal an VI (5 mai 1798), âgée de 37 ans. Hommes, respectez sa cendre."

Et c'est depuis lors que la Roche-Saint-Quentin a pris le nom de Mont-Joly !

 

Biblio. « La brèche au diable – le tombeau de la comédienne Marie Joly – « Lieux romantiques en Normandie » de J.-C. Collet – Ed. Ouest-France – Rennes – 2013.

 

11/09/2013

Remède contre la surdité

Le poète français Joachim du Bellay (1522-1560), le peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1829) et le compositeur allemand (1770-1827) Ludwig van Beethoven (1770-1827), pour ne citer qu’eux, avaient en commun le handicap d'être malentendants.

Pour eux comme pour nos ancêtres, il faut se rappeler que, bien avant notre médecine contemporaine, pour soigner ou prévenir les maladies et fléaux de la vie, bien modeste était l’arsenal thérapeutique dont disposaient les soignants. Ce n’est qu’au tout début du XVIIIe siècle que l’apprentissage pratique de la médecine « au lit du malade » commencera à se répandre, au détriment de l’apprentissage théorique en amphithéâtres de Facultés. 

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C’est à cette époque, qu’en Normandie, circule ce  « remède contre la surdité* ». Nous sommes en l’an de grâce 1705, sous le règne du roi Louis XIV (1638-1715). Dans « Les règles de la bienséance chrétienne », Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), l’ecclésiastique et pédagogue français décédé à Rouen et canonisé en 1900, recommande ceci : « Il est de la propreté de se nettoyer tous les matins le visage avec un linge blanc pour le décrasser. Il est moins bien de se laver avec de l’eau car cela rend le visage susceptible de froid en hiver et de hasle en été. » 

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« Prenés une grosse anguille qui sera blanche par-dessous le ventre, vous l’écorcherés sans perdre le sang, vous prendrés du romarin à demi sec et la piquerés par-dessus le dos, vous la lierés sur une broche de bois qui ne rompe point, qui soit plus longue que l’anguille, pour la lier sur une broche de fer, vous la ferés rostir à petit feu et vous l’arroserés en rostissant avec un demi carteron de beurre frais. Il faut prendre un pot de terre neuf et mettre la recepte qui se trouvera dans le commencement que l’anguille commencera à donner sa graisse, vous piquerés l’anguille avec une aleine par la tête et par le ventre et vous metterés la recepte dans un autre pot lorsqu’il s’en trouvera gros comme le poulce ou environ et s’en servir pour la surdité en la manière suivante : Vous écurerés bien l’oreille et avec une plume vous en tirerés du pot et en frotterés une tente (petit rouleau de charpie que l’on introduit dans les ulcères) qui sera pointue que vous metterés dans les deux oreilles. » 

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* « L’Eure et son passé – 2 » - Recette médicinales – Académie paléographique de l’Eure -  Evreux 1986.