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28/06/2020

Quinquina, quinine et chloroquine

Le quinquina. Cela vous fait sûrement plus penser au vin apéritif très tendance jusque dans les années 1950 et dont on peut encore distinguer les traces de vieilles publicités peintes sur les murs pour Dubonnet ou Byrrh qu'à la chloroquine, ce médicament anti-paludéen si cher au professeur Raoult !

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Et pourtant, la chloroquine, comme la quinine, est extraite de l'écorce du quinquina, ce petit arbre de la famille des Rubiacées, originaire des versants des Andes du Nord d'Amérique du Sud. Le quinquina est la fierté des Péruviens, lesquels, en marque de reconnaissance, lui ont fait une place d'honneur sur leur blason national.

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Armoiries du Pérou

On distingue le "Cinchona officinalis" ou "quinquina gris", en raison de la couleur de son écorce, surtout utilisé pour les boissons pour ses qualités aromatiques du "Cinchona succirubra" ou "quinquina rouge" dont l'écorce renferme plusieurs alcaloïdes quinoléiques aux propriétés notamment analgésiques.

Les peuples précolombiens du Pérou, de la Colombie et de l’Équateur avaient découvert les vertus thérapeutiques et les propriétés fébrifuges de la poudre qu'ils tiraient de l'écorce de cet arbre, appelé en quechua le "Yara-Chucchu"' et re-baptisé par eux "l'arbre des fièvres". Ils utilisaient celle-ci pour combattre les fièvres et les douleurs qui les accompagnaient quand, dans le sillage des conquistadores, au tournant du XVIIe siècle, les missionnaires vont débarquer chez eux. Et ce sont ces derniers qui, à partir de 1631, vont diffuser "l'écorce des écorces", le "Kina-kina", cette phytothérapie Amérindienne à travers toute l'Europe. C'est l'époque où la malaria, autre nom du paludisme, y sévit cruellement. En France, nombre de régions sont touchées. C'est le cas des Flandres à la Camargue en passant par la plaine d’Alsace, les marais de la Brenne, le marais poitevin, le golfe du Morbihan ou la Sologne.

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Morceaux d'écorce rouge de quinquina

La maladie n'épargne personne, pas même les plus grands ! Louis XIV (1638-1715) en sera victime. Pour le soigner, son médecin, Gui-Crescent Fagon (1638-1718), va lui prescrire cette fameuse "poudre des Jésuites", nom populaire attribué à l'époque au quinquina. Le souverain retrouve si vite la santé qu'à la cour, tous veulent, à titre préventif, bénéficier de ce remède miracle. Jean Racine (1639-1699) écrira : "On ne voit à la cour que des gens qui prennent du quinquina et bientôt, à la fin des repas, on commencera à le servir avec le café et le chocolat." Plus tard, c'est au tout du grand Dauphin de France, fils du roi, d'être atteint alors qu'on assainissait les marais de Versailles. Un assainissement particulièrement meurtrier, si l'on en croit Madame de Sévigné (1626-1696), qui, à ce sujet, écrivait : "les fontaines coûtent cher… sans parler des malades et des morts ».

Mais tout change en 1773. L'Eglise dissout la Compagnie de Jésus et l'Espagne s'arroge le monopole de toutes les denrées en provenance de ses colonies américaines, dont le précieux quinquina, dorénavant revendu à prix d'or. Une décision qui va générer des milliers de morts : Environ 400 000 par an !

L'histoire du quinquina ne s'arrête bien sûr pas là. En 1820, deux chimistes français, Pelletin et Caventou, vont réussir à isoler son principe actif, la fameuse "quinine", un médicament des plus efficace dans la prévention du paludisme, qui sera cependant supplanté par ses dérivés dont... la chloroquine.

Biblio. "Ces plantes qui ont marqué l'histoire" de H. Tierchant - Ed. Ulmer, 2016.

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