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02/08/2020

La truie anthropophage de Falaise

Falaise, cité normande du Calvados qui a vu naître Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087). Ville fortifiée située au bord de l'Ante, sur un éperon rocheux qui lui a valu son nom. En cette journée de fin de l'an 1386, tous les falaisiens sont réunis sur la grand-place du marché. Aucun ne voudrait manquer le spectacle qu'est celui de l'exécution d'un cruel assassin. D'autant que le crime est sordide et barbare : la mutilation dans son berceau d'un nourrisson de 3 mois, fils d'un manouvrier répondant au nom de Jouvet. L'enfant a eu le visage et le bras droit arraché. Il a succombé à ses blessures. Un horrible homicide qui exige la plus grande sévérité d'autant que le vicomte de Falaise, Regnaut Bigaut, en personne, a réclamé réparation.

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Église de la Sainte-Trinité de Falaise

Mais voilà, le meurtrier n'est pas un être humain mais un animal, en l’occurrence une truie de 3 ans qui errait dans le bourg à la recherche de sa pitance et qui a profité d'une surveillance défaillante pour s'offrir, pour son menu, un tendre morceau de chair fraîche. A cette époque, les cochons déambulent librement dans les rues des villes et des villages, les débarrassant de tous les immondices qui les encombrent.

Prestement attrapée, mise aux arrêts, traduite en justice et condamnée à mort, le bourreau, Nicole Morier, est là qui l'attend pour l'exécution de son châtiment. Pour l'occasion, la bête a été humanisée. On l'a coiffée d'un masque au visage humain, affublée d'une veste, de hauts-de-chausses et d' une paire de gants blancs glissés sur ses sabots antérieurs. Chargé de lui faire subir le même sort qu'à sa victime en la mutilant aux mêmes endroits, le bourreau commence par trainer la condamnée sur une claie dans tout Falaise, avant de lui arracher la gueule puis sa patte droite et de la pendre haut et court pour finir.

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Gravure de Lhermitte publiée en 1872 dans Arthur Mangin, L’homme et la bête

 

Cette "farce judiciaire" n'a rien d'exceptionnel pour l'époque. Pourtant, elle aurait marqué sérieusement les esprits comme en a longtemps témoigné une fresque de l’église de la Sainte-Trinité, aujourd'hui effacée. Si ce procès reste le mieux documenté de tous les jugements d'animaux dont on a gardé la trace, notamment grâce à la quittance du bourreau, pièce comptable conservée aux Archives de l'Orne, on ignore cependant en vérité la part de l'imaginaire dans le récit qu'en ont fait les divers historiens qui l'ont relaté au fil des siècles.

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La quittance du bourreau - Archives Départementales de l'Orne - 1 J 763

 

"Le IXejour de janvier l’an mil CCC IIIIXXet six, devant Girot de Monfort, tabellion du roy nostre sire a Faloise, fut present maistre Nicole Morier, bourrel de Faloise, qui congnut et confessa avoir eu et receu de homme sage et pourveu Regnaut Bigaut, viconte de Faloise, par la main de Colin Gillain son lieutenant general, la somme de dix soulz et dix deniers tournois, c’est assavoir pour sa paine et salaire d’avoir traynee et puis pendue a la justice de Faloise une truye de l’aage de trois ans ou environ qui estoit a un appellé Jouvet Le Maçon de la parroisse de La Ferté Macy, qui avoit mengié le visage de l’enfant dudit Maçon qui estoit ou bers et avoit d’aage trois mois ou environ, tellement que ledit enfant en mourut, X s.t.; et pour uns gans neufs quant il fist ladite execucion, X d. De laquelle somme de X s. X d.t. dessusdiz ledit bourrel se tint pour bien paié et en quitta le roy nostre sire, ledit viconte et touz autres etc. [Signature:Girot de M.]"

 

Biblio. "Toutes le drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie Vuibert, 2018.

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