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06/09/2020

"La Divine" en Normandie

Une jeune comédienne avoue fièrement à Sarah Bernhardt

qu'elle n'a pas le trac en montant sur scène : "Ne vous en faites pas, lui réplique t'elle,

le trac, cela viendra avec le talent."

 

A Sainte-Adresse, sur les hauteurs du Havre, une des plus somptueuses villas du littoral est née en 1879 de la volonté de la plus grande tragédienne française de son siècle et du talent de l'architecte Georges de Broke. Une propriété agrémentée de fresques sur faïences dont, en majuscules, les initiales de sa propriétaire "S-B" pour Sarah Bernhardt. Une propriété qui fut, pour cette star internationale amenée à devoir embarquer régulièrement sur un paquebot du port du Havre pour des destinations lointaines, un réel havre de paix.

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La Villa Sarah Bernhardt de Sainte-Adresse (Seine-Maritime)

Celle pour qui Jean Cocteau (1889-1963) inventa à juste titre l'expression "monstre sacré" voit le jour à Paris, à l'automne 1844. Du fait de la destruction des archives de l'état civil lors de la répression de la Commune de Paris, sa date exacte de naissance reste un mystère. Sur ce sujet, elle fera preuve d'une certaine inclination à l'affabulation. Un acte de naissance rétrospectif a bien été établi par décision de justice mais sur la base d'un certificat de baptème falsifié qu'elle a elle-même produit aux autorités. Le document est daté du 25 septembre 1844 et affecté aux registres du 5ème arrondissement. Elle s'y déclare fille d’Édouard Bernhardt, un père qui, selon ses différentes versions, appartenait à une riche famille d'armateurs du Havre... En réalité, fille naturelle d'une courtisane parisienne, on ignore qui était son père.

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A l'âge de 15 ans, elle entre au Conservatoire d'Art dramatique de Paris puis rejoint 3 ans plus tard la Comédie française. Dotée déjà d'un caractère bien trempé, elle en est renvoyée en 1866 pour avoir giflé une sociétaire. Mais le succès est en marche.

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Sarah Bernhardt (1844-1923) photographiée par Nadar (1820-1910) en 1864

Et jusqu'à la fin de ses jours, il ne se démentira pas. Elle va triompher dans tous les grands rôles romantiques de son époque comme en 1872 où elle excelle dans le rôle de la Reine de Ruy-Blas ce qui lui vaut le surnom de "Voix d'Or" par Victor Hugo (1802-1885). En 1880, elle fonde sa propre compagnie théâtrale avec laquelle elle va se produire dans le monde entier. De New-York à Saint-Pétersbourg, en passant par Copenhague ou Londres, elle séduit publics et critiques et amasse au passage une fortune considérable. Elle est à ce jour l'une des rares actrices françaises à avoir son étoile sur le Walk of Fame hollywoodien.

Mais la femme à multiples facettes. La voici patriote pendant le siège de Paris en 1870, transformant le théâtre de l'Odéon en hôpital militaire, troquant ses habits de diva contre une tenue d'infirmière, soulageant de ses soins les blessés qui affluent comme le futur maréchal Foch (1851-1929). Femme avisée, elle invente avant tout le monde le "merchandising", c'est-à-dire l'art de tirer avantageusement profit de sa notoriété et de son image. Femme adulée, capricieuse et coléreuse, excentrique aussi voire provocatrice, aux tenues chamarrées et à la vie de bohème, dont la maison est remplie d'animaux sauvages, elle n'hésite pas à être l'une des premières à se faire couper les cheveux et à se faire lifter !

En 1916, c'est amputée de la jambe droite et sur une chaise roulante, que la "Mère La Chaise" comme ils la surnommeront, rendra visite aux poilus du front. Ironie du sort, c'est au cimetière parisien du Père-Lachaise qu'elle sera inhumée le 29 mars 1923. Pas d’obsèques nationales mais une foule immense viendra lui rendre hommage.

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