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Un effrayant cadeau de Noël

Curieux présent que celui que fit le soir du dimanche 23 décembre 1888, le peintre Vincent Van Gogh (1853-1890) à Rachel, l'élue de son cœur, une jeune femme chambre d'une maison close de la ville d'Arles dans laquelle il a ses habitudes. Ce cadeau, c'est tout simplement son oreille gauche, entière et encore toute ensanglantée, enveloppée dans du vulgaire papier journal.

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"Autoportrait à l'oreille bandée" - Toile de Vincent Van Gogh (1889)

Pour Bernadette Murphy (*), parce que la jeune femme "avait une terrible cicatrice sur le bras due à une morsure de chien", le peintre hollandais, qui souffre de troubles psychologiques sévères, a voulu ainsi "lui faire don de sa chair".

La thèse officielle parle d'automutilation. Elle repose sur le témoignage exclusif du peintre postimpressionniste Paul Gauguin (1848-1903).

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La famille de Vincent van Gogh :
En haut : son père Theodorus van Gogh et sa mère Anna Cornelia van Gogh (née Carbentus)
En dessous : Vincent Willem, Anna Cornelia, Theo, Elisabetha Huberta, Willemina Jacoba et Cornelis Vincent.

En octobre 1888, Gauguin est venu rejoindre son ami Van Gogh dans la "Maison jaune" qu'il loue à Arles. Ils vont y cohabiter un temps, pour peindre tout en buvant beaucoup d'absinthe... Deux jours avant Noël, une violente querelle de nature artistique éclate entre-eux. Van Gogh, en proie au délire, menace alors son ami d'un couteau. Une geste qui marquera définitivement la fin de leur collaboration. De peur, Gauguin prend la fuite. Resté seul, en fin de soirée, dans un geste fou, à l'aide d'un rasoir, Van Gogh se tranche l'oreille gauche.

Toutefois, une autre thèse a été avancée en 2009 par deux universitaires allemands, H. Kaufmann et R. Wildegans. D'après eux, au cours de cette dispute, ce serait Gauguin, lequel était maître d'arme, qui, voulant effrayer son adversaire, involontairement, d'un coup d'épée malheureux,aurait tranché l'oreille de son ami. Conscient de l'énormité de son geste, il aurait alors pris la fuite en jetant au passage son arme dans le Rhône. Une arme qui n'a plus jamais été en sa possession par la suite...

Sur place, les policiers, venus chercher le blessé chez lui le lendemain pour l'emmener à l'hôpital, n'ont retrouvé ni rasoir, ni épée... Van Gogh, qui n'a donné aucune explication sensée à son geste, passera la nuit du réveillon et les quelques jours suivants dans les services hospitaliers où il a été admis pour soigner sa blessure.

A peine de retour chez lui, afin de rassurer son frère Théo mais aussi sa famille et ses amis, parmi lesquels, en premier lieu Gauguin, pour leur prouver à tous sa sérénité retrouvée, il réalisera en janvier 1889 son fameux "Autoportrait à l'oreille bandée".

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"Tournesols sur un fauteuil" - Toile de Paul Gauguin (1901)

Dix-huit mois plus tard, le 29 juillet 1890, il se suicidera. En 1901 à Tahiti, Gauguin peindra des tournesols, dernier hommage, remord peut-être, à son ami obsédé par ces fleurs et leur couleur…

 

 

* "L'Oreille de Van Gogh, rapport d'enquête, de Bernadette Murphy - Ed. Actes Sud.

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