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20/03/2016

Ezy-sur-Eure : un passé qui décoiffe !

Ce n'est pas pour rien que cette petite cité normande de 3500 âmes est surnommée "la cité des peigneux" ! Située au au sud du département de l’Eure, entre Évreux et Dreux, à la frontière entre la Normandie et l’Ile de France, Ezy, devenue en 1932, Ezy-sur-Eure, est en effet LA capitale normande du peigne !

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Si la première mention de fabrication de cet ustensile de toilette à Ezy remonte au début du XVe siècle, les témoignages d’un réel artisanat n'apparaissent réellement que deux siècles plus tard, c'est-à-dire au début du XVIIe siècle. Alors qu'ils cultivent durant la belle saison leurs champs et leurs vignes (le vignoble d'Ezy était très important dans le passé), les paysans locaux vont combler leur baisse d'activité en hiver et s'accorder un complément de ressources en fabriquant des peignes. Ils les sculptent tout d'abord dans les matériaux dont ils disposent : le buis, le bois d'alisier, la corne de bœuf ou le sabot du cheval. Mais la qualité et le raffinement de leur production vont vite être reconnu. Et, grâce à un savoir-faire d'exception, leur notoriété va dépasser rapidement les frontières régionales.

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Il faut dire que la vallée permet une grande facilité de communications notamment vers Paris qui se trouve à seulement 80 km. Les ouvriers prennent l'habitude d'aller y livrer leur production, «du soleil au soleil», soit en une journée et une nuit. Vers 1820, conséquence de la mécanisation agricole qui libère des bras et de la crise du phylloxéra qui ruine les vignobles, la main d’œuvre afflue en masse. La production s'élargit parallèlement avec la fabrication notamment de peignes de chignons à grandes et larges dents de type espagnol pour tenir les mantilles, de diadèmes et même d'éventails. Pour satisfaire les grandes coiffeurs parisiens et les maisons de couture, les matériaux utilisés vont s'ennoblir. Bénéficie de l'arrivée du chemin de fer qui favorise l'exportation comme l'importation des matières premières, on travaille maintenant la corne de buffles argentins, l'écaille des tortues, la nacre et même l' ivoire.

Grâce à la force motrice de l'eau qui actionne les machines et les moulins fariniers reconvertis, l'artisanat devient au XIXe siècle une industrie à part entière employant une main d’œuvre nombreuse et peu coûteuse. Comme l'implantation de nouveaux lieux de production ne demandent qu'un faible investissement, ils se multiplient le long du fleuve, sous forme de petits ateliers jouxtant la maison du patron. On y fend la corne, la chauffe, l'aplatit avant de la polir dans une machine avec des billes de buis. On termine le travail en crantant les peignes. En 1830, le maire d'Ezy, Monsieur Jourdain met au point un procédé d'ouverture hélicoïdale de la corne qui permet d'obtenir un matériau plat de meilleure qualité. Une vingtaine d'années plus tard, un groupe d'artisans inventent une machine révolutionnaire, une scie circulaire, montée sur un chariot mobile qui coupe directement les dents dans la corne, travail jusqu’alors effectué à la main. Le marché s'étend maintenant à l'international, de l'Europe de l'Est au Maghreb.

Au début du XXe siècle, avec l'arrivée du plastique, la fabrication des peignes en corne, beaucoup plus coûteux, s’essouffle. Le véritable déclin intervient progressivement après la Seconde Guerre Mondiale, les manufactures se révélant incapables d'investir suffisamment et de choisir entre la voie de la consommation de masse à travers l'injection plastique et celle du luxe. La dernière des huit fabriques fermera ses portes au début des années soixante.

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Pour honorer cette industrie locale, en 1984, y fut inaugurée la manufacture-musée du peigne et des parures.

 

Biblio : "Normandie, 500 coups de cœur" de M. Le Goaziou et M-C. Colignon - Ouest-France, 2011.
Merci notamment au site http://hist-geo.ac-rouen.fr

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