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06/01/2016

Le "bel elbeuf", un drap fin de qualité

Quant on parle du "bel elbeuf', avec un "e" minuscule, on ne désigne pas la ville normande du département de la Seine-Maritime située au sud de Rouen, baignée par la Seine, et qui mérite pleinement son "E" majuscule. Non, le "bel elbeuf'" dont il s'agit, c'est ce drap fin  de qualité que l'on y fabriquait et qui porte son nom. Particulièrement apprécié au milieu du 18ème siècle, tous les grands couturiers l'ont utilisé pour la confection de leurs plus beaux complets.

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Mais saviez-vous que, durant quatre siècles, la ville d'Elbeuf a dû sa fortune au cours d'eau minuscule qui traverse sa partie occidentale, un affluent de la Seine que l'on désigne sous le nom de Puchot ? Quelques centaines de mètres seulement séparent sa source de son embouchure. Mais, si modeste que soit son cours, si faible que soit son débit, c'est bien ce petit ruisseau qui est à l’origine de l'importante activité drapière qui s'y est développée.

Particulièrement approprié au lavage des laines en suint mais aussi des laines teintes, c'est "aux abords de ses rives basses et tortueuses, au pied du mont Duve d’où il sort, à quelques pas du château des ducs, rue Saint-Étienne, rue Saint-Auct qui descend de la forêt de la Londe, rue Meleuse, rue Royale", que peu à peu vont venir s'installer nombre de teinturiers et, c'est à partir de leur activité, que vont se développer, dès 1514, les premières draperies de la ville. Témoignages de cette époque, les superbes vitraux de l'église Saint-Jean représentant des scènes du métier de drapier.

Un siècle plus tard, en 1667, c'est l’apothéose. Le ministre de Louis XIV et Contrôleur Général des Finances, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) décrète l'ouverture de la Manufacture Royale du drap d’Elbeuf.

Dans l' "Encyclopédie méthodique, Manufactures, arts et métiers" (1784-1785) de Roland de la Platiere (1734-1793), on peut lire "Elbeuf est une des plus anciennes manufactures de drap de France. Elle fut très renommée et mérita sa réputation. Longtemps, on ne fut guère mieux vêtu qu'avec du drap d Elbeuf." À la fin du XVIIIe siècle, les métiers tournent à plein régime, attirant une main d’œuvre nombreuse. « Elbeuf est une ruche, tout le monde y travaille ! » dira le Premier Consul Bonaparte (1769-1821)en visite, en 1802. C'est en sa mémoire d'ailleurs que la ville a choisi de faire figurer sur ses armoiries une ruche et des abeilles.

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La teinturerie Gustave Hue, vers 1900

Et jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, Elbeuf va ainsi fourmiller et bruisser du ronronnement des machines fabriquant notamment ce" bel elbeuf". Avec l’apparition de la machine à vapeur puis celle du métier Jacquard, tels des champignons, des cheminées vont pousser sur tout son territoire, emblèmes de la cité industrieuse qu'elle est devenue et qui lui vaudra l'appellation de "ville aux 100 cheminées".

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Malheureusement, cette activité textile s'éteindra dans les années 1950, victime de la concurrence des fibres synthétiques. Il en sera fini du "bel elbeuf"... Pas tout à fait cependant, car le terme est demeuré dans le langage courant.

 

Merci aux sites www.cartographie-litteraire.net et www.metropole-rouen-normandie.fr/fabrique-des-savoirs-de-la-metropole-historique.

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