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30/11/2016

La « Dilaceratio corporis », un privilège de roi

C'est là une tradition aux origines anglaises, diffusée par des chevaliers morts en croisade  : l'inhumation séparée des cœurs des rois. Depuis la fin du IXe siècle, l'éviscération est utilisée pour conserver les corps décédés loin du lieu de leur sépulture. Le plus lointain exemple est celui du roi carolingien Charles II dit le Chauve qui trouva la mort à Avrieux dans les Alpes en 877 alors qu'il revenait d'Italie où il était allé porter secours au pape Jean VIII en lutte contre les Sarrasins.

 

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 Gisant du roi Charles V (1338-1380) - Basilique Saint-Denis

 

S'agissant de la « Dilaceratio corporis » c'est-à-dire la division des corps, la pratique funéraire, autorisée par le pape, est attestée dans le royaume de France à partir de la première moitié du XIIIe siècle. Elle devient le privilège dynastique des capétiens, nombreux à mourir loin de France. Ce sont essentiellement des raisons politiques, familiales et spirituelles qui vont pousser les souverains français à adopter ce rituel qui prendra une grande importance au décès du roi Charles V dit « Charles le Sage » (1338-1380), qui fut duc de Normandie de 1356 à 1364 sous le nom de Charles Ier. A sa mort, le 16 septembre 1380, selon ses volontés, son corps a été enterré à Saint-Denis comme ses prédécesseurs, dans la chapelle qu'il avait fait édifier, près de la dépouille de son épouse. Cependant, afin d'affirmer la présence royale face aux prétentions anglaises, il va léguer son cœur à la cathédrale de Rouen. Il s'y trouve toujours dans une petite niche de la crypte protégée par une grille. Quant à ses entrailles, elles reposeront aux côtés de sa mère Bonne de Luxembourg (1315-1349) à l'abbaye de Maubuisson.

 

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Le cœur du roi Charles V - Cathédrale de Rouen

Tous les rois de France et beaucoup de reines, vont recevoir après lui des sépultures multiples : les ossements ici, les entrailles là, le cœur ailleurs encore. A l'exception toutefois de Louis XV (1710-1774), mort de la « petite-vérole » (variole) le 10 mai 1774 au château de Versailles, dont le corps s'était putréfié si vite que l'embaumement n'a pas été possible.

 

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Le roi Louis XV (1710-1774)

Il fut donc inhumé « en entier », avec son cœur, dans la Basilique Saint-Denis, à la sauvette, deux jours après sa mort, dans une indifférence quasi générale. En effet, par crainte de contagion, la cour avait déserté le cortège funèbre hormis son compagnon d'enfance, le prince Charles de Rohan Soubise (1715-1787).

 

Biblio. « Les plus savoureuses histoires des Grands de France » de J-P. Rorive – Ed. La bôite à Pandore 2014.

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