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29/07/2015

Jean Fleury, le corsaire normand

Quel grand navigateur, quel marin averti de la Baie de Seine et quel grand corsaire exceptionnel ce normand Jean Fleury ! Il est né à la fin du XVe siècle, sur les bords de Seine, à Vatteville-la-Rue. A cette époque, c'était là un port à l'activité maritime importante, notamment grâce à la pêche vers Terre Neuve et au commerce des épices avec l’Afrique.

 

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 Blason de Vatteville-la-Rue

 

En ce début du XVIe siècle, le marin travaille au service du riche armateur normand Jehan Ango (1480-1551). En qualité de capitaine major, l'homme à la belle prestance, splendidement vêtu, portant une barbe rousse soigneusement taillée, assure la défense du littoral, escorte les terre-neuviers et convoie des navires amis. Mais il écume aussi l’océan, du Cap Vert aux Antilles, enlève nefs et galions ennemis aussi bien prés des côtes des Indes occidentales que sous celles du Portugal et de l'Espagne. Il faut dire que cette dernière vient de conquérir le Mexique et que le Nouveau Monde semble devoir lui appartenir.

 

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 Jehan Ango, sculpture de Jean-Marc de Pas

 

En l'an de grâce 1522, Fleury, à bord de sa « Salamandre », sait que la prise qui s'annonce est de taille. Les trois caravelles espagnoles lourdement chargées du conquistador Cortès (1485-1547) qui vont passer devant lui et les Iles des Açores portent vers le port de Cadix et l'empereur romain germanique et roi de Castille, Charles Quint (1500-1558), l'ennemi du roi de France François Ier (1494-1547), le trésor des rois du Mexique, arraché au palais de Cuauhtémoc (1497-1525), le dernier empereur aztèque. Avec trois nefs et cinq galions de Dieppe, qui passent pour être les meilleurs du monde, aux pavillons frappés de la croix blanche des marchands de la cité normande, Fleury s'empare sans ménagement des trois caravelles fortunées parties de Veracruz. Cette première attaque réussie de piraterie contre les espagnols encouragera les corsaires français, les gueux de la mer hollandais et les chiens de mer anglais à attaquer les bateaux espagnols dans les Caraïbes.

Mais pour l'heure, le normand fait main basse sur un trésor fabuleux : des bijoux, de la vaisselle en or et en argent, un râtelier en ivoire, des idoles et sarbacanes en métaux précieux, des pierres rares, des rubis, des diamants, une émeraude pyramidale « dont la base couvrait la paume de la main » mais aussi des cartes qui lui livrent les secrets de la route de Antilles et qui vont faire sa fortune, celle aussi d'Ango et du roi de France. Le tout est rapidement chargé sur deux caravelles et un galion qui prennent aussitôt la route du retour. Le 12 décembre 1522, les trois navires de Jean Fleury s’engagent dans les eaux froides de la Manche, vers la passe du Four entre le plateau des Minquiers et les îles Chausey. Ils remontent au plus près de la côte de la presqu’île du Cotentin afin  d’éviter  les mauvaises rencontres... Mais, à cette époque de l'année, la visibilité y est déplorable et l'un des trois navires, une caravelle, heurte un banc rocheux et coule, emportant avec elle l'intégralité de sa cargaison. C'est ainsi qu'une partie du trésor des Aztèques restera à jamais prisonnier des sables...  

Malgré cette perte, l'accueil des Dieppois sera fastueux. Afin de remercier Dieu de sa bonne fortune, Jean Fleury offrira aux deux églises de Villequier et de Vatteville de magnifiques vitraux comme ex-voto.

 

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 Vitrail de l'église de Villequier

 

Mais l'aventure du pirate normand va bientôt prendre fin. Sur ordre de Charles Quint, Jean Fleury et ses hommes sont arrêtés et faits prisonnier en 1527 alors qu'ils naviguent au large du Cap Saint-Vincent. Malgré l'importante rançon de 30 000 ducats proposée par Ango, le normand sera exécuté le 13 octobre de cette année-là près de Tolède, à Colmenar de Arenas et ses marins tous condamnés aux galères.

 

Biblio. « Pirates et Corsaires » d'O. et P. Poivre d'Arvor – Menges 2004.

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