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02/08/2015

Le premier d'une terrible hécatombe

2 août 1914. 10 heures du matin. La France vient tout juste de décréter la mobilisation générale. L'histoire se passe au sud-est du territoire de Belfort, à une dizaine de kilomètres de la frontière allemande, dans le petit village de Joncherey. De chaque côté, on se surveille, on s'espionne, on s'épie...

Près de la maison de la famille Docourt, à l'Est du village, en bordure de la route de Faverois, un poste de surveillance français vient d'être installé. À la tête d'une escouade de 4 hommes de la 6e compagnie du 2ème bataillon du 44e régiment d'infanterie de Lons-le-Saunier, un jeune caporal de 21 ans, Jules André Peugeot. Son régiment fait partie des troupes de couverture dont la mission est de surveiller la frontière franco-allemande en cas de tension entre les deux pays et, le cas échéant, de « faire barrage à l'ennemi ».

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Jules André Peugeot (1893-1914)

Il fait déjà chaud en cette matinée d'été. Trois des soldats français sont installés au sein même de la maison Docourt. Le quatrième est en sentinelle sur le talus nord, qui surplombe la route, au sommet de la côte, à 40 mètres environ à l'est de la maison. 

La fille de la famille est allée puiser de l'eau dans la source voisine. Mais, tout à coup, elle aperçoit des casques à pointe qui moutonnent dans les blés, à la lisière du bois. Affolée, elle court en criant : « Voilà les Prussiens ! Voilà les Prussiens !». Au même instant, la sentinelle lance l'alerte d'une voix forte : « Aux armes , aux Armes ! ». 

En effet, à quelques mètres de là, venant de Faveroy, un détachement de reconnaissance allemand du 5e chasseurs à cheval de Mulhouse progresse vers eux. Commandé par un alsacien, le sous-lieutenant Camille Mayer, il est composé de 8 hommes. Mayer, cheval au galop, saisit son sabre et son revolver, pique des deux, fond sur la sentinelle française à bride abattue, la bouscule et la fait rouler dans le fossé. Alerté par ses cris, le caporal Peugeot saisit son arme, sort et s'élance vers l'accotement de la route. Il met aussitôt en joue l'officier allemand en lui criant : « Halte-là, Halte-là ! ». Mais ce dernier riposte et tire trois fois dans sa direction. Avant de s’effondrer, mortellement blessé, le français a le temps de répliquer en abattant son ennemi d'une balle dans le ventre.

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Il est 10 h 07. Jules André Peugeot est le premier mort militaire français d'une guerre qui ne commencera officiellement que le lendemain 3 août 1914 et qui fera plus de 10 millions de morts.

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Quand, le 26 juillet 1922, Raymond Poincaré (1860-1934), à l'époque ancien président de la République, inaugure à Joncherey le monument érigé en sa mémoire, il rappelle que le caporal Peugeot, né le 11 juin 1893 1893 à Etupes dans le département du Doubs, était encore en octobre 1912, un jeune instituteur de Villers-le-Lac, qu'il effectuait son service militaire et préparait le concours des officiers de réserve quand il a été « assassiné » car tué un jour avant la déclaration de guerre avec l'Empire allemand. Détruit en juillet 1940, ce monument sera reconstruit en 1959.

 

Biblio. « 1914-1918 – Journal des Français – L'histoire racontée au jour le jour » de Ph. Faverjon – Ed. Acropole 2013 et  « Dictionnaire de la Grande Guerre » de J-Y. Le Naour – Larousse 2014.

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