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02/12/2015

La folie de Monsieur Levavasseur

Cette folie, vous la trouvez au fond de la vallée de l'Andelle, entre Pont-Saint-Pierre et Radepont, à seulement quelques centaines de mètres de la splendide abbaye cistercienne du XIIe siècle de Fontaine-Guérard. En effet, sur la commune de Douville-sur-Andelle, se dresse l'un des vestiges industriels les plus étonnants de notre région. 

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Leur deux histoires sont liées. L'abbaye de Fontaine-Guérard, vendue comme bien national à la Révolution, fut rachetée en 1792 par François Guéroult, un architecte rouennais plus intéressé malheureusement par le gain que par l'art et qui s'en servit comme carrière de pierre pour y construire sa filature de coton. Car, au XIXe siècle, la vallée de l'Andelle est un des centres cotonniers les plus denses de la région rouennaise. 

En 1821, la totalité du domaine passe aux mains d'un autre rouennais, le riche Baron Jacques Levavasseur, manufacturier et armateur au Havre. A sa mort en 1842, il lègue ses biens à son fils Charles. Après qu'un incendie ait ravagé les lieux, ce dernier décide en 1851 de reconstruire une nouvelle filature en ayant soin de protéger les bâtiments médiévaux de l'abbaye.

 

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 Filature Levavasseur avant l'incendie de 1874

Charles Levavasseur fait donc élever cette incroyable « cathédrale industrielle » dans le style gothique néogothique, appelé en France le « style troubadour », qui connaît alors une grande vogue outre-Manche. Destinée à être vue de très loin, cette filature, bâtie entre 1857 et 1859, n'aura pas d'égale : 96 m de long, 26 m de large et 38 m de haut, sur 5 niveaux, avec, dans son prolongement, un autre bâtiment, presque aussi grand mais moins prestigieux, destiné au stockage de la laine et des machines. Les deux bâtisses sont dotées de très grandes fenêtres voûtées d'ogive et de rosaces quadrilobées sur des imposants pignons à trois travées. Les épaisses portes de bois doublées et les 4 hautes tours d'angle octogonales crénelées du bâtiment principal semblent en vérité plus destinées à accueillir le paroissien que l'ouvrier...

 

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Mais dans ce métier, « l'étincelle est une marâtre qui guette sa proie et allume en torche la poussière de coton ». La folie de Monsieur Levavasseur est la proie des flammes en 1874 puis en 1913 et une dernière fois en 1946 qui entraînera la fermeture définitive de l'établissement. Elle est aujourd'hui la propriété du Département de l'Eure.

 

Biblio. "L'usine cathédrale de M. Levavasseur" de M.-H. Devillepoix - Pays de Normandie n°12 (1998) et "L'usine "cathédrale" de Douville-sur-Andelle" - Itinéraires de Normandie - n° 20 (2011). 

 

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