Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/06/2015

La joyeuse prison de Pont-l'Evêque

Pourquoi fallut-il qu'un jour de mars 1949, René Girier, dit « René-la-canne » (parce que blessé à la jambe lors d'une arrestation mouvementée, il boitait), spécialiste des casses de coffres-forts, notamment celui du Président du Conseil Daladier, et de fourgons blindés, soit transféré dans la modeste prison de Pont-l'Evêque, au cœur du département du Calvados ? Car jusqu'à l'arrivée de ce gangster notoire en terre normande, tout allait bien dans la plus « joyeuse prison » que le monde judiciaire eu jamais à connaître !

pont l'evêque,joyeuse prison de pont-l'eveque,rené la canne,evasion

  La joyeuse prison de Pont-l'Evêque

Depuis sa création à l'aube du XIXe siècle, ce pénitencier accueille ses "pensionnaires" dans 4 cellules de 25 m2 chacune, 2 pour les hommes, 2 pour les femmes. En 1946, il est dirigé par Fernand Billa. Débonnaire, plus assidu au bistrot du coin qu'à l'étude des règlements, l'homme trouve le moyen de pallier ses nombreuses carences en déléguant. Il « mandate » donc à certains détenus, promus hommes de confiance, ses propres missions comme la tenue du registre d'écrou, la comptabilité, la correspondance administrative et même aussi l'établissement des horaires de ronde des gardiens, transformant rapidement « ce havre carcéral en gigantesque Guignol » ! Dès lors, les sorties , de jour comme de nuit, se multiplient. Car, pour prendre la clé des champs, il suffit de prendre celles de la prison et de les replacer en rentrant dans le bureau du chef. Certains détenus travaillent à l'extérieur moyennant rémunération et l'un d'eux à même été chargé d'installer un sonnerie d'alarme à la gendarmerie !

 

pont l'evêque,joyeuse prison de pont-l'eveque,rené la canne,evasion

 

Bien entendu, tous les voyous de France et de Navarre font des pieds et des mains pour se faire incarcérer à Pont-l'Evêque. Et parmi eux, René-la-Canne qui, une fois dans la place, tape même ses mémoires sur la machine à écrire du Palais de Justice ! Mais comme il a une réputation à soutenir, le 5 avril 1949, il se fait la belle de «  façon traditionnelle ». Plutôt que de sortir tout naturellement par la porte ouverte, il choisit de s'évader avec deux complices en sciant des barreaux et en escaladant le mur d'enceinte. Traversant la place, saluant au passage les gendarmes, il s'engouffre ensuite dans la voiture qui l'attend. L'évasion va déclencher un véritable scandale. Car la presse s’empare immédiatement de l'histoire. Elle surnomme le pénitencier de «Joyeuse prison » et en dévoile toutes «les joyeusetés». On apprend qu'un détenu, « bras droit du gardien chef », faisait les fiches de paye des surveillants et s’occupait aussi de la cantine. Qu'un autre, bon électricien, réparait les alarmes de la prison. Qu'un troisième, « bombardé comptable » signait en lieu et place du gardien chef, etc... Outre des sanctions disciplinaire, Billa fut condamné à 3 ans de prison, et, le 15 novembre 1953 , la fermeture de la prison fut prononcée.

 

prison de pont l'eveque.jpg

« la Joyeuse Prison » fut immortalisée au cinéma par le film éponyme réalisé en 1956 par André Berthomieu avec Michel Simon dans le rôle du gardien-chef.

 

Biblio. « Fameux Normands-Normands Fameux » de R. Biot – PTC Paris-Normandie 2002

Les commentaires sont fermés.