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03/12/2014

Fils mis sous le voile pendant la bénédiction du mariage...

Le 7 janvier 1722, dans l'église de Saint-Ouen de Longpaon, une des deux paroisses de la commune de Darnétal située près de Rouen en Seine-Maritime, le prêtre uni un jeune couple. Sur le registre paroissial, il note* :

Eglise de Longpaon.jpg

 

« ai conjoint ensemble par le sacrement de mariage, Pierre Renier, âgé de 20 ans, fils de Jean et de Marie Buquet de cette paroisse et Catherine Dumesnil, âgée de 25 ans, fille de la paroisse du Trongué, qui ont reconnu pour leur fils légitime Nicolas Renier, âgé d'environ un mois, lequel a été mis sous le voile pendant la bénédiction du mariage... »

 

longpaon.jpg

 

Sous l'ancien régime, les enfants naturels étaient légitimés lors du mariage des parents. Cette légitimation prenait la forme symbolique de la « mise sous le voile » de l'enfant lors de la cérémonie du mariage. « Avant l'Agnus Dei, on étend un voile sur les nouveaux époux (... ) un lien qui attache et joint ensemble les nouveaux mariés (…) Dans son origine, ce voile ou poile comme on l'appelle communément (du mot latin « pallium » désignant une pièce de tissu rectangulaire), n'était autre chose qu'une espèce de bandelette, vitta, un ruban large, qui servait à unir et lier ensemble les deux époux, qu'on mettait ainsi en quelque sorte sous le même joug (…) Dans la suite l'étole prit la place de la bandelette. Enfin, le voile ou poile a été à son tour substitué à l' étole (…) Dans quelques diocèses, on est même dans l'usage de mettre avec les nouveaux époux sous le drap (…) des enfants qu'ils ont eu ensemble avant la célébration du mariage pour marque qu'ils les reconnaissent. Cette pratique vient de l'ancienne coutume des Romains, qui enveloppaient de leur robe ou leur manteau ceux qu'ils adoptaient **».

 

eglise de longpaon 2.jpg

 Mariage de Monsieur le duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes

dans la chapelle royale de Versailles le 24 juillet 1685.

L'expression, qui varie suivant les régions : mise sous le drap, sous la parelle, sous l'abrisseau, sous le poêle,... trouve ainsi son origine dans l'histoire des règles liturgiques du mariage. Il faut rappeler que le mariage chrétien est une invention du Moyen-âge. Jusqu'au XIe siècle, deux grands rites de mariage cohabitent. Le premier, le rite romain prend place au cours d'une messe, dont l'essentiel est la bénédiction des époux sous un même voile, souvent drapé sur la tête de l'épouse et les épaules du mari. Le second, le rite gaulois et wisigothique de la bénédiction des époux dans la chambre nuptiale est quant à lui précédé de certains rites familiaux comme l'engagement de l'époux et la remise de l'épouse par son père à l'époux en échange de cadeaux de la part de celui-ci. Progressivement, dès la fin du XIe siècle, dans les pays anglo-normands tout d'abord, les rites domestiques vont s’accomplir devant l’église, au sens propre physique. Un siècle plus tard, le mariage relève juridiquement du seul droit canon qui va peu à peu imposer un certain nombre de gestes et de mots pour le rendre valide. C'est ainsi que l’Église propose une synthèse des coutumes des mariages romain et germain qui se greffe sur un fonds populaire riche de comportements rituels comme l'échange des anneaux, la couronne et le voile.

 

* Extrait du registre paroissial de St-Ouen de Longpaon - 1720/1722 - Archives départ. de Seine-Mme.

** Extrait d' « Histoire générale des cérémonies, moeurs, et coutumes religieuses de tous les peuples du monde » de Bernard Picart avec les explications historiques et curieuses par Monsieur l'abbé Banier

 

Commentaires

Merci pour toutes ces explications : je n'ai pas encore rencontré cette expression en Anjou... seulement des enfants légitimés dans le mariage.

Écrit par : Feuillesdardoise | 06/12/2014

Merci pour ce message et belle journée à vous !

Écrit par : Cathy | 06/12/2014

Les commentaires sont fermés.