19/03/2014

L’eusses-tu-cru ?

C’est la mère Michel qui a perdu son chat,

Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra.

C’est le père Lustucru qui lui a répondu :

« Allez, la Mère Michel, votr’chat n’est pas perdu ! »

 

L’air sur lequel se chante cette comptine enfantine de « La mère Michel », que nous avons appris et que nous apprenons à nos enfants et petits-enfants,  est connu depuis le XVIIe siècle. Mais saviez-vous que c’était celui d’un chant de marche, une chanson entonnée par les soldats pour se donner du rythme mais aussi du courage ! Elle s’intitulait « Ah ! si vous aviez vu Monsieur de Catinat » et était communément appelée « La marche de Catinat ». Elle a été composée en 1693 après la victoire à La Marsaille, près de Turin en Italie, du Maréchal de France Nicolas Catinat de la Fauconnerie, seigneur de Saint-Gratien (1637-1712) sur le Duc de Savoie  Victor-Amédée II (1666-1732), pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg. C’est cette victoire qui a permis le rattachement de la Savoie au royaume de France du roi Louis XIV !

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La chanson « La mère Michel » aurait été composée plus tard, probablement en 1820. On ignore quel en est l’auteur mais cette petite comédie semble avoir été écrite pour être jouée. D’ailleurs, les protagonistes font immédiatement penser au théâtre de Marionnettes. Notamment, celui de guignol, lancé à Lyon par Laurent Mourguet en 1795, et qui allait devenir très populaire dans le Paris de cette époque…

Le personnage de la mère Michel, qui a certainement été créé pour la chanson, allait d’ailleurs devenir un incontournable de ces spectacles au milieu du XIXe siècle.

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Quant au nom de son compère, devenu père Lustucru, celui qui ne « voulut point du baiser de la mère Michel », il vient du jeu de mots «  l’eusses-tu cru ? », la conjugaison du groupe verbal « le crois-tu » au plus-que-parfait du mode subjonctif.

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Celui-ci, apparu dans certaines chansons du XVIIe siècle, va devenir progressivement un nom commun désignant un personnage un peu niais et crédule. Le premier dictionnaire Larousse en donne cette définition « un terme de mépris dont on se sert en plaisanterie pour suppléer le nom d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération. »

 

Biblio et images : « Refrains d’enfance – Histoire de 60 chansons populaires » de M. David et A-M. Delrieu – Herscher  1994.

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