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22/06/2014

L'amputation du canonnier

C’est au cours de l’hiver 1812, pendant la terrible retraite de Russie qui décima la quasi-totalité de l’armée impériale, que se place cet épisode raconté par Louis-François, Baron Lejeune (1775-1848), Général de brigade et chef d’état-major de Louis Nicolas d’Avout (1770-1823).

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 Louis-François, baron Lejeune (1770-1848)

« Fatigué de la marche, je m’étais  assis sur un tronc d’arbre, à côté d’un  beau canonnier récemment blessé. Deux officiers de santé vinrent à passer ; je les priai de visiter sa blessure.

 Au premier aperçu, ils dirent :

- Il faut faire l’amputation du bras.

Je demandai alors au canonnier s’il serait disposé à la supporter.

- Tout ce qu’on voudra, répondit-il fièrement.

- Mais, dirent les officiers de santé, nous ne sommes que deux ; il faudrait, monsieur le général, pour opérer cet homme, que vous eussiez la bonté de nous aider.

En voyant que leur proposition me souriait fort peu, ils se hâtèrent d’ajouter qu’il suffirait que je permisse au canonnier de s’appuyer sur dos pendant l’opération, que je ne verrais pas. Alors, j’y consentis ; je me mis en posture, et je crois que cela me parut plus long qu’au patient lui-même. Les officiers de santé ouvrirent leur giberne, le canonnier ne proféra ni une parole, ni un soupir. Je m’entendis un moment que le petit bruit de scie et, peu de secondes ou de minutes après, ils me dirent :

- C’est fini ! Nous regrettons de n’avoir pas un peu de vin à lui donner à boire pour le remettre de l’émotion.

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Il me restait une demi-fiole de Malaga, que je ménageais en n’y touchant de loin en loin, que goutte à goutte. Je la présentai à l’amputé, qui était pâle et silencieux. Ses yeux aussitôt s’animèrent  et, tout d’un trait, il me la rendit complètement vide. Puis, en me disant : « j’ai encore loin d’ici « Carcassonne », il partit d’un pas ferme que j’aurais eu peine à suivre. »

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Sur les 691 500 hommes qui avaient franchi la frontière Russe au début de la campagne, le 22 Juin 1812, il y a deux cent deux ans, moins de 30 000 ont réussi à repasser la frontière dans l'autre sens et à sortir définitivement du territoire Russe, les 14 et 15 Décembre de la même année !

 

Biblio. « Historia » - Décembre 1997 – N° Spécial 356 bis.

Merci au site de jean-claude.colrat.pagesperso-orange.fr

 

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