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30/11/2013

Le Monstrueux de Carentan, un délice de poireau normand

Saviez-vous que la Normandie est la première région productrice de poireaux ? Parmi ses nombreuses variétés, je veux vous présenter aujourd’hui le « Monstrueux de Carentan ». 

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Il s’agit là d’une des plus anciennes variétés françaises, l'un des plus gros poireaux, mais aussi l'un des plus appréciés pour sa saveur remarquable. Il faut dire que les poireaux aiment un climat doux et humide et ne doivent surtout pas manquer d’eau. La cité de Carentan, située aux portes de la péninsule du Cotentin et de la baie des Veys, au confluent de la Taute et de la Douvre, au centre de vastes marais assainis et transformés en riches prairies, présente tous les atouts nécessaires ! 

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Personne ne sait vraiment d’où est originaire le poireau ? Asie ? Proche-Orient ? Tout ce dont on est sûr, c’est qu’il a été apprécié par de nombreuses civilisations avant d’arriver jusqu’à la notre. L’on dit que l’Empereur Romain Néron (37 ap. J.-C.–68 ap. J.-C.) dut son surnom de « porrophage » au fait qu’il en consommait en grandes quantités pour s’éclaircir la voix avant de haranguer les foules.

Plus près de nous, dans son « Dictionnaire de cuisine », Alexandre Dumas (1802-1870) rappelait que « les pauvres le mange cru avec le pain » et qu’il sert dans tous les ménages « pour donner du goût à la soupe. »

La recette que je propose aujourd’hui à vous tous, gourmands aux babines alléchées, est celle bien normande des poireaux à la crème*.

 

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Il vous faut 1 grosse botte de poireaux, poivre, sel, persil et 5 cuillerées à soupe de crème fraîche de Normandie.

Éplucher et laver les poireaux en ne conservant que les blancs. Les faire cuire dans trois litres d’eau salée pendant 30 minutes. Égoutter soigneusement en pressant légèrement pour extraire toute l’eau.

Mettre au four pendant 10 minutes, ajouter alors les 5 cuillerées de crème, le persil, le poivre et laisser au four encore 10 minutes.

Bon appétit !

  

 

* Recette extraite du livre de F. Auger « Bonnes recettes d’une famille cauchoise » - Ed. Bertout 2002.

Biblio : « Normandie – L’inventaire du patrimoine culinaire de la France » - Ed. Albin Michel 2003 et « Histoire du goût » de P. Blancard – Ed ; De Vecchi 2010

 

27/11/2013

Comment emprunter quand on est roi…

Toute sa vie, le croirez-vous, le roi Louis XIV (1638-1715) fut sans un sol ! Toute sa vie, il aura tiré « le diable par la queue ». Il faut dire qu’il n’avait pas son pareil pour vider les caisses de l’Etat, c’est-à-dire les siennes !

En 1662, l’année où le roi choisit le soleil pour emblème, le tout nouveau Contrôleur Général des Finances, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) s’arrache lui aussi les cheveux sous sa perruque : il doit trouver sans délai un million d’argent comptant afin d’acheter Dunkerque aux Anglais…   La somme est modeste, l'exercice toutefois difficile ! Sa planche de salut s’appelle Monsieur Bernard. C’est alors l'un des hommes les plus riches d'Europe et, à ce titre, il est devenu le principal banquier du royaume de France.

 

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Portrait de Samuel Bernard, par Nicolas Mignard.

 

A l’origine, ce marchand drapier parisien tenait boutique à Paris, rue Bourg l’Abbé. Samuel Bernard (1651-1739) dispose rapidement d’une solide fortune construite grâce à des trafics en tous genres et notamment à  la traite négrière.  Devenu banquier, l’homme vaniteux se plait à venir en aide aux grands dans l’embarras. A ce jeu, il acquiert très vite une belle et fidèle clientèle car, non seulement on le rembourse rarement mais on ne lui verse que très irrégulièrement quelques intérêts ! On le paye tout simplement en bonnes mines ! Voilà qui plait bien au roi…Mais comment faire pour approcher cet homme sans paraître s’abaisser ?    

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 Le Château de Marly par Pierre-Denis Martin en 1724

 

En 1708, toujours à l’affût d’argent frais, Louis XIV met au point une rencontre pas du tout fortuite. Un après-midi, en sortant de son château de Marly, suivi de sa cour habituelle, le monarque « croise par hasard» cet homme providentiel qui le salue bien bas. Sa majesté, toute souriante, jouant la surprise, l’apostrophe par ces mots : « Monsieur Bernard, vous êtes bien homme à n’avoir jamais vu Marly. Je vais vous le montrer. »  Tremblant de bonheur et gonflé d’orgueil, l’homme suit le roi qui l’invite tour à tour à regarder et à admirer tout en lui prodiguant « toutes les grâces qu’il sait si bien employer quand il a dessein de combler ».

Rentré chez lui, bouleversé et émerveillé de sa faveur, fourbu d’émotion, Monsieur Bernard déclare à qui veut l’entendre « qu’il aime mieux risquer sa ruine que de laisser dans l’embarras un prince si délicieux. » et accorde dès lors à ce dernier tous les crédits souhaités.  

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Château de Glisolles en 1905

 

 

Il n’eut pas vraiment à se repentir de ses largesses car on le paya grassement en monnaie flatteuse : il fut anobli par Louis XIV et son successeur le fait Comte de Coubert. Il reçu également la croix de Saint-Michel et fut autorisé à la porter au bout d’un ruban bleu céleste, comme le grand cordon du Saint-Esprit, ce qui, de loin, lui donnait l’allure d’un duc et pair ou d’un prince de sang. Gros propriétaire foncier, il acquiert chez nous, en Normandie, en 1731, la seigneurie de Glisolles située dans l’actuel département de l’Eure.  

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Biblio. « Versailles au temps des rois » de G. Lenotre – B. Grasset Ed. 1934

24/11/2013

Aristide Briand et la Normandie

Je vous ai déjà présenté la petite commune d’Hardencourt-Cocherel, nichée au cœur du département de l’Eure, sur le territoire de laquelle s’est déroulée la terrible bataille de Cocherel, une victoire française qui a permis à Charles V (1338-1380) de se faire sacrer roi de France le 19 mai 1364 (voir ma note du 16 mai 2012).

Mais saviez-vous que c’est parce qu’il aimait particulièrement ce coin champêtre de Normandie, que le nantais Aristide Briand (1862-1932) avait choisi d’y reposer ? Il avait découvert cet eden un jour de chasse. Séduit, il y avait acquis une modeste propriété qu'il va agrandir au fil des années.  

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Aristide Briand remontant la rue de l'église de Cocherel

(Montage et colorisation de l'illustration Hélène Dumur)

 

Aristide Briand, c’est cet avocat, journaliste et diplomate, « artiste de la politique », cofondateur avec Jaurès du parti socialiste français (1901), qui va se faire rapidement connaître et apprécier des français par ses dons oratoires et sa très forte personnalité. Véritable chef d’orchestre du pouvoir pendant le premier tiers du siècle dernier, il va connaître une carrière longue et extraordinaire : 23 fois ministre dont 17 fois aux Affaires étrangères, 11 fois président du Conseil et Député durant 30 ans !

Nous lui devons, au moins pour partie, la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, loi qu’il saura faire appliquer avec une grande souplesse. 

 

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Durant la Première Guerre Mondiale, il va se transformer en un chef de guerre des plus efficaces. C’est lui qui est à la tête du gouvernement pendant la bataille de Verdun ! Plus tard, personnage phare des années 1920, le guerrier va se muer en Pèlerin de la paix. Il comprend qu'elle ne naîtra que de la réconciliation franco-allemande. En 1926, il obtient, conjointement avec son homologue allemand Gustav Stresemann, le Prix Nobel de la Paix en reconnaissance de ses efforts pour l’établissement d’une paix durable résultant de négociations librement consenties.

Bien avant Jean Monnet, il lancera l'idée d'États-Unis d'Europe et d'union fédérale européenne,   prémices de l’aventure européenne. Il s’emploie dès lors à convaincre les nations que c’est là le fondement de leur avenir et de leur prospérité.

Battu par Paul Doumer à l'élection présidentielle de 1931, il se retire de la vie politique et c’est plein d’amertume qu’il s’éteint le 7 mars 1932 à Paris d’un accident cardiaque. Il a 69 ans. La crise économique va renverser en quelques mois l’édifice qu’il avait patiemment contribué à construire. Le second conflit militaire mondial est en marche…   

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A Hardencourt-Cocherel, a été érigée en 1934 sa statue en bronze, œuvre du sculpteur Emile Oscar Guillaume (1867-1942).

 

Merci notamment au site http://www.houlbec-cocherel.fr