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28/08/2013

Havas, un normand pionnier de l’information moderne.

Savez-vous que l’agence Havas,  la première agence mondiale de presse, a été créée à Paris en 1832 par un normand dont elle porte le nom ?

Charles Louis Havas est né à Rouen  le 5 juillet 1783, près de la Halle aux Toiles, dans l’ancienne rue du Hallage, d’un père employé d’imprimerie.

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Charles Louis Havas (1783-1858)

 

Le jeune homme débute dans la vie modestement comme traducteur de presse. Logé à Paris, en face de l'hôtel des Postes, il y récupère tous les matins les journaux étrangers et s’emploie à traduire les informations qu’ils contiennent pour les revendre ensuite aux journaux français. Il se charge des articles en anglais et en allemand, sa femme de ceux en espagnol et en portugais.

Se rendant compte de l’intérêt croissant des français pour les actualités de la planète, dès 1825, il fonde sa propre société destinée à procurer à la presse les informations étrangères traduites par ses soins. A partir de 1832, il recrute des correspondants locaux dans l’Europe entière et se constitue dès lors un solide réseau d’abonnés

Il faut dire que depuis l'avènement du roi Louis-Philippe (1830), la presse a acquis un peu de liberté et les tirages augmentent. Réalisant qu’il est devenu un interlocuteur incontournable,  Havas fonde en 1835, la première agence de presse au monde qu’il nomme « Agence des Feuilles Politiques – Correspondance Générale ».  

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L’utilisation des nouveaux moyens de transmission sera l'une des clés de sa réussite. A ses débuts, le cheval reste le mode de transport le plus courant. Havas gagne du temps en mettant sur pied un courrier par pigeons voyageurs entre Paris et Boulogne, par où transitent les nouvelles de Bruxelles et de Londres : quatre heures, au lieu des quatorze que prend le cheval ! Puis, dès 1845, il profitera de la création du réseau télégraphique et la pose du câble sous-marin transatlantique.

Grâce à son succès, il conquiert la presse provinciale et y aménage un important service publicitaire prenant en charge tout le processus de parution des annonces. Dès 1852, le groupe sera scindé en deux branches, l’une pour l’information,  l’autre pour la publicité.

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Deux de ses anciens employés exporteront son concept à l’étranger : l'un aux Etats-Unis via « l’Associated Press » et l'autre au Royaume-Uni via « l’Agence Reuters ».

Charles Louis Havas s’éteint le 21 mai 1858 à Bougival. Ses fils Charles-Guillaume et Auguste assureront la pérennité de son oeuvre et ce durant toute la seconde moitié du XIXe et le premier tiers du XXe siècle. Plus tard, nationalisée, l’agence de publicité se lancera également dans le tourisme et étendra ses activités à d’autres formes de communication avant d’être privatisée en 1987 pour prendre la dénomination de Havas S.A.

 

Biblio : http://expositions.bnf.fr/afp/index2.htm

25/08/2013

Les tripes en brochettes à la mode de La Ferté-Macé

 « Les tripes ailleurs connues / sont menues /

On les aime à La Ferté / En gentils paquets roulées / Affublées / D'une billette au côté. »

(Wilfrid Challemel, poète natif de la Ferté-Macé – 1928))

 

Les tripes sont affaires de normands, mais savez-vous qu’à La Ferté-Macé, au cœur du Pays d’Andaine, dans le département normand de l’Orne, et seulement là, on les sert en brochette ?

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Selon la légende, on doit cette spécialité fertoise à un couple de bûcherons nommés Césarine et Zidor qui furent chassés de leur forêt par des loups. Quand ils arrivèrent affamés à La Ferté-Macé,  un boucher leur donna les « tripailles » d’une bête qu’il venait de tuer. « On mange bien la piau des saucisses et du boudin. Va laver ça au ruisseau, et surtout, frotte bien ! » dit Césarine à Zidor.

Les tripes finirent dans une marmite avec naturellement, on est en Normandie, du beurre et un « brin de goutte » !

Le plat se révéla si délicieux que le couple finit par le servir régulièrement aux clients du restaurant qu’ils finirent par ouvrir. Sur leur carte, un seul plat et un seul prix ! Seulement, c’était si bon que les plus gros mangeurs ne laissaient pas grand-chose aux autres. Alors, pour remédier au problème, Zidor eut une idée de génie : « on fra des paquets. »

C'est ainsi que, afin de distribuer des parts égales, les tripes furent embrochées par un petit bout de bois bien effilé. Et un marchand de passage de demander à Zidor : « Au juste quèque tu nous fais manger là ? » Zidor répondit fièrement : « Ça mon gars, c'est des tripes en brochettes à la mode de la Ferté-Macé. »  

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La brochette de tripes de la Ferté-Macé est, aujourd’hui comme autrefois, cuite au four, sans aucun légume, dans une grande terrine en grés appelée « pote ». 

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Traditionnellement dégustée en milieu de matinée, elle s’invite désormais à toutes les tables, au déjeuner comme au dîner, accompagnée de pommes de terre cuites à la vapeur et d’un cidre brut de Normandie. Egalement  délicieuse poêlée à la moutarde, elle se marie aussi harmonieusement avec les fruits de mer et différents poissons.

 

Et comme d'habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici la recette de ce plat traditionnel normand*. Prévoir un pot en terre cuite de 40 cm de diamètre et de 15 à 18 cm de hauteur, muni d'un couvercle.

Pour préparer 3 à 4 kg de tripes, faire tremper plusieurs heures dans un grand récipient d'eau froide. Nettoyer très soigneusement. Couper en morceaux de 3 à 4 cm environ. Emincer de 800 à 1 kg d'oignons. Faire fondre à feu très doux dans la tripière une demi-livre de beurre. Déposer les tripes, oignons, un bouquet garni, sel, poivre et 9 à 10 cl de Calvados plus un bon verre d'eau. Faire cuire à feu très doux de 6 à 8 h. Servir très chaud accompagné de pommes de terre cuite à la vapeur.

Bon appétit !

 

 

 * Recette extraite du livre "Les recettes Normandes de Tante Jeanne" de M. Nouet - Ed. Ouest-France - 1995.

Biblio. « Normandie, Secrets de Normands » de R. Grimaud – Prat Editions 2012.

Merci au site normandie-heritage.com et maisondelatripe.free.fr

21/08/2013

L’arbre normand de l’existentialisme

Savez-vous que c’est chez nous, en Normandie, que Jean-Paul Sartre (1905-1980) aurait « découvert » l’arbre de l’existentialisme, cette théorie qui veut que « l'existence précède l'essence », que l'homme vient au monde sans but et ne cesse de changer, de par ses actes, jusqu'à sa mort, où son essence se fige ?

Normalien et agrégé, il a 26 ans quand, en mars 1931, après son service militaire, il est nommé professeur de philosophie au lycée de garçons du Havre, aujourd’hui le Lycée François Ier.

Peu conformiste, ses manières comme son attitude choquent autant les autres enseignants que les parents. Mais, parce qu’il affronte certains de ses élèves sur les rings de boxe, les autorise à fumer en classe et y fait régner une atmosphère décontractée peu en vogue à cette époque, il va séduire cinq générations d’adolescents !

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Sartre et ses élèves au Lycée du Havre

 

C’est en partie au Havre, aux terrasses du Café de la Grande Poste ou au Guillaume Tell  qu’il rédige son premier roman, publié en 1938 chez Gallimard, « la Nausée », roman  philosophique, quelque peu autobiographique, qui raconte les tourments existentiels d’Antoine Roquentin, son « double », jeune célibataire de 35 ans, historien à ses heures, qui vit au Havre, rebaptisé « Bouville ». 

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 Square Saint-Roch – le Havre

 

Un jour d’octobre 1931, le philosophe pousse la grille de l’un des endroits les plus paisibles de la ville, un espace de verdure particulièrement agréable, le square Saint-Roch. Il s’assied sur une chaise, et se met à contempler un arbre : « Il était très beau et je n’ai pas crainte de mettre ici ces deux renseignements spéciaux pour ma biographie : c’est à Burgos que j’ai compris ce qu’était une cathédrale et au Havre ce que c’était qu’un arbre. Malheureusement, je ne sais pas trop quel arbre c'était.»   

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Car, non seulement l’homme déteste la nature, mais il n'y connaît rien. Alors, il raconte son aventure à son amie Simone de Beauvoir (1908-1986) et lui décrit l’arbre en le dessinant.  Au vu du dessin, elle conclut à tort qu’il s’agit d’un marronnier. Car, il n'y a aucun marronnier dans le Square Saint-Roch !  Et c’est néanmoins cet arbre qui deviendra l'arbre de l'existentialisme !

 

«J'étais la racine de marronnier. Ou plutôt j'étais tout entier conscience de son existence. Encore détaché d'elle ­ puisque j'en avais conscience­ et pourtant perdu en elle, rien d'autre qu'elle. Une conscience mal à l'aise et qui pourtant se laissait aller de tout son poids, en porte-à-faux, sur ce morceau de bois inerte.*»

 

 

* Extrait de « La Nausée »

Biblio. "Le Havre - itinéraires insolites" d'I. Letélié - Ysec Editions 2011.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.