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18/12/2013

La buse de l'abbé Fontaine

Parmi l’important courrier reçu pour servir son colossal projet, une « Histoire naturelle » en 36 volumes édités entre 1749 à 1789, une lettre attire particulièrement l’attention du scientifique Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788). Elle émane du curé de Saint-Pierre de Bellême, cette jolie cité normande du département de l'Orne. 

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L’histoire que cet homme de Dieu lui narre est celle d’une buse prise dans un piège, qu’on lui confia blessée, qu’il va soigner et réussir à apprivoiser. Mise en confiance, l’abbé attache un grelot autour du cou de l’animal de proie et lui rend sa liberté… 

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« Et elle ne fut pas longtemps à en abuser (…) mais  m'a toujours gardé fidélité, venant tous les soirs coucher sur ma fenêtre. Familière avec moi, elle paraissait prendre un singulier plaisir en ma compagnie : elle assistait à tous mes dîners sans y manquer, se mettait sur un coin de la table, et me caressait très souvent de la tête et du bec, en jetant un petit cri qu'elle savait quelquefois adoucir (…) Cette buse avait une singulière aversion : elle n'a jamais voulu souffrir de bonnet rouge sur la tête d'aucun paysan. Elle avait l'art de le leur enlever si adroitement, qu'ils se trouvaient tête nue sans savoir qui leur avait enlevé leur bonnet. Elle enlevait aussi les perruques sans faire aucun mal, et portait ces bonnets et ces perruques sur l'arbre le plus élevé du parc voisin, qui était le dépôt ordinaire de tous ses larcins. (…) Elle ne faisait aucun mal dans ma basse-cour ; les volailles, qui au commencement la redoutaient, s'accoutumèrent insensiblement avec elle ; les poulets et les petits canards n'ont jamais éprouvé de sa part la moindre insulte ; elle se baignait au milieu de ces derniers. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle n'avait pas cette même modération chez les voisins (…) 

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Un jour il arriva que, planant dès le grand matin au bord de la forêt, elle osa attaquer un renard. Le garde de ce bois, la voyant sur les épaules de la bête fauve, leur tira deux coups de fusil : le renard fut tué, et ma buse eut le gros de l'aile cassé. Malgré cette fracture, elle s'échappa (…) J'avais coutume de l'appeler tous les soirs par un coup de sifflet, auquel la buse ne répondit point durant six jours ; mais le septième, j'entendis un petit cri dans le lointain, que je crus reconnaître. Je répétai l'appel et distinguai faiblement le même cri. J'allai du côté où je l'avais entendu, et je trouvai enfin ma pauvre buse, l'aile cassée, et qui avait fait plus d'une demi lieue à pied pour regagner son asile, dont elle n'était pour lors éloignée que de cent vingt pas. Quoique tout à fait exténuée, elle me fit beaucoup de caresses.

Il lui fallut près de six semaines pour se refaire et se guérir de ses blessures ; après quoi elle recommença à voler comme auparavant et à suivre ses anciennes allures. Cela dura environ un an, après quoi elle disparut pour toujours. Je suis très persuadée qu'elle fut tuée par méprise : elle ne m'aurait pas abandonné de sa propre volonté. »

 

Merci au site bistrobarblog.blogspot.fr

Biblio. « Ces animaux qui ont marqué la France » de P . Assemat – Le papillon rouge Editeur – 2012.

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