Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/06/2012

Des députés « p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non ! »

En 1951, dans un contexte de crise politique, à la veille des élections législatives, le chef du gouvernement de la France présidée alors par Monsieur Vincent Auriol (1947-1954), Monsieur Henri Queuille  (1884-1970) fait voter la « loi des apparentements » destinée à freiner l’essor du R.P.F., le Rassemblement du peuple Français, mouvement politique du Général De Gaulle, et à réduire l’influence des communistes.  

Henri Queuille 1929.jpg

 Henri Queuille en 1929

 

Le principe de cette loi, bâtie sans doute possible par des « forts en maths et autres virtuoses de la règle à calcul », est d’introduire dans le mode de scrutin en vigueur, celui de la représentation proportionnelle plurinominale, une dose de « majoritaire » en permettant aux différentes listes de passer des accords entre elles « avant » les élections, donc de « s’apparenter ». Comme chacune des listes électorales doit comporter autant de candidats qu’il y a de sièges à pourvoir dans le département, si l’addition des voix obtenues par ces listes apparentées est égale ou supérieure à 50% des suffrages exprimés, elles obtiennent la totalité des sièges à pourvoir dans la circonscription.

Dans le cas contraire, les sièges sont répartis entre les différentes listes selon la méthode de la plus forte moyenne. Pour cela, on définit le quotient électoral (nombre de votants divisé par le nombre de sièges à pourvoir), puis on attribue fictivement le ou les sièges à pourvoir à chaque liste. Enfin, on divise le nombre de voix obtenues par le nombre de sièges obtenu plus 1.  

parc 1.JPG

 

Le 17 juin 1951, à la clôture des scrutins, dans chaque bureau de vote du département de la Seine-Inférieure, comme partout ailleurs sur le territoire français, c’est l’émoi ! On compte, on additionne, on multiplie, on divise, on recommence, on soustrait, … Tout le monde s’en mêle : les élus, les secrétaires de mairie, les représentants des candidats… C'est que "l'art est difficile" d'autant qu'on ne dispose pas de calculette électronique et que le résultat doit être à la hauteur de l'enjeu ! Enfin, aux douze coups de minuit, dans ses locaux de Rouen, le Préfet est en mesure de présenter la liste de la demi-douzaine de députés, « pas tous de la même couleur mais avec cependant un air de parenté »,  résultat d'un véritable "ragoût électoral" arrangé "tant bien que mal" à la mode de "cheu nous".  

URNE EN BOIS.jpg

Ancienne urne électorale en bois

 

Mais voilà, trois parlementaires malheureux vont dénoncer un savoir-faire des plus aléatoires dans le compte des bulletins de vote et la répartition des suffrages dont ils n’entendent pas faire les frais ! Et c’est pourquoi, pendant deux bons mois, notre bonne ville de Rouen a eu des parlementaires « p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non », des députés qui ne savaient pas s’ils étaient élus ou pas, et qui ont dû attendre pour en être certains que la Chambre règle définitivement la question en refaisant scrupuleusement les comptes !

 

 

Biblio. et image centrale : « Deux mille ans d’histoire à la Rouennaise » de P. Mansire – Ed ; Maugard-Rouen 1954.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

Commentaires

Je vous vante pour votre paragraphe. c'est un vrai boulot d'écriture. Continuez .

Écrit par : MichelB | 13/08/2014

Écrire un commentaire