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21/02/2012

La confrérie des Conards de Rouen

Rassurez-vous, ce n’est nullement une grossièreté ! En ce jour de mardi-gras, citer les « Conards de Rouen », c’est se rappeler qu’il y a très longtemps, au XVe siècle, dans notre bonne ville de Rouen, les « jours gras », on savait s’amuser et surtout se moquer !

Selon la liturgie catholique, la « semaine des sept jours gras », qui se termine en apothéose par le « mardi gras », est une période durant laquelle on festoie !  

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 La première lecon des matines ordinaires du grand abbe des conards de Rouen, souverain monarcque de lordre : contre la response faicte par ung corneur a lapologie dudict abbe. Rouen, 1537.

 

A Rouen, chaque année à cette époque, une confrérie de joyeux drilles surnommés « les Conards » chevauchaient masqués dans toutes les rues de la capitale Normande, avec à leur tête un abbé mitré, crossé, monté sur un char, jetant à tous vents des rébus, des satyres, des pasquils et autres bouffonneries destinés à  « réformer les mœurs par le ridicule ». Ils en avaient officiellement obtenus le droit par un arrêt du Parlement de Rouen.  

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 Le Parlement de Normandie à Rouen

 

Leur périple commençait par le dépôt devant la grande chambre du très sérieux Parlement de Rouen, notre Palais de Justice actuel, d’une requête des plus bizarres, souvent rédigée en vers, qui avait pour effet immédiat de suspendre les très sérieux travaux de justice en cours afin de permettre aux magistrats d’accorder séance tenante (ils n’avaient pas d’autre choix) carte blanche aux Connards pour transformer la ville entière et durant trois jours en un gigantesque carnaval.

                                                                            

Dès lors, les cent clochers avaient beau se démener avec fracas pour appeler les fidèles aux prières habituelles, rien n’y faisait plus : le temps était à la fête et les braves gens ne voulaient plus entendre que les sermons de la rue !

 

Alors, « sans distinction de rang, de sexe, de fortune et de naissance, du sacré, même ou du profane, chacun pouvait avoir maille à partir avec les Conards, qui généralement s’en prenaient aux plus huppés». Au fil des impasses et ruelles de la cité, les conards glanaient les « faits vicieux », sottises, âneries, abus, injustices, scandales, médisances, intrigues, faveurs et autres bévues. Les histoires de maris jaloux, de femmes volages, de pères avares, de bourgeois parvenus, d’édits fiscaux injustes, de juges suspects, de prêtres simoniaques,… : tout leur était bon ! Ils n’épargnaient personne, à l’exception toutefois du Roi de France, et rien ne les arrêtait ! Et si certains tremblaient, d’autres se délectaient à l’idée de rire des farces à venir !

Elles étaient notées dans leurs registres et rapportées à leur abbé, l’abbé des conards qui allait de place en place, au son des fifres et des tambours,  accompagné de ses cardinaux et patriarches, rendre justice à sa façon et c’est après avoir béni la foule qui l’attendait, qu’il s’employait à la divertir.

 

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La ville de Rouen au Moyen âge

 

Tout cela se terminait le soir du Mardi-gras  par un grand banquet et des danses sous les halles de la Vieille Tour, devenues palais de l’Abbé des Conards. Pendant tout le temps des ripailles, un ermite lisait à haute voix, non pas la bible, mais la chronique de Pantagruel ! Plus tard, sur la scène, se jouaient des comédies et des moralités plus hardies que celles des rues ! Enfin, la docte assemblée décernait un prix au bourgeois de la ville qui, au dire de la majorité, avait fait « la plus sotte chose dans l’année ».

 

Des années durant, l’Archevêque de Rouen et son chapitre vont réclamer en vain l’interdiction de la confrérie des Conards de Rouen. Ils finiront par l’obtenir du Cardinal de Richelieu (1585-1642).

 

« Aux Conards est permis tout dire, Sans offenser du prince l’ire.

 

Biblio. « Histoire des Conards de Rouen » de A. Floquet – Bibliothèque de l’école des chartes, 1840. Merci au site persee.fr et aux pages Wikipédia sur le sujet.

Commentaires

Je vous complimente pour votre recherche. c'est un vrai charge d'écriture. Développez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

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