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08/02/2012

Les chroniques d’Enguerrand de Monstrelet

En l’an 1440, Enguerrand de Monstrelet est prévôt « en la noble cité de Cambrai, ville séant en l’empire d’Allemaigne ».

Il est né quarante ans plus tôt, au sein du Comté français de Ponthieu, dans le village de Montrelet, aujourd’hui Fieffes-Montrelet, commune proche de Doullens en Picardie, dont son père, Jean d’Enguerrand, est seigneur. 

 

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 Enguerrand de Monstrelet d’après une miniature anonyme

 

On sait peu de choses de sa vie si ce n’est qu’il était au service de Jean de Luxembourg (1392-1441), celui même qui vendit en 1430 Jeanne d’Arc aux Anglais, et que c’est pour ce maître qu’il va rédiger ses « chroniques » historiques,  prenant de fait, en la matière, la succession de Jean Froissart (v. ma note du 5 octobre dernier).

Les « chroniques de Monstrelet » recouvrent les années allant de 1400 à 1444. Elles s’attachent aux ducs de Bourgogne, l’un des deux partis en lutte pour le pouvoir dans le Royaume de France de cette époque. Les faits y sont relatés avec exactitude et impartialité.

Son récit est marqué par la guerre de Cent Ans dont l’assassinat de Jean Ier de Bourgogne dit  « Jean sans Peur » (1371-1419), le 10 septembre 1419  est un des épisodes majeurs.   

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 Chronique, XVe siècle

 

Grâce à la plume de Monstrelet, historien consciencieux mais toutefois proche du camp bourguignon, on assiste à la scène du meurtre du Prince bourguignon. Ce jour-là, Jean sans peur et le dauphin Charles, futur Charles VII (1403-1461) doivent sceller la paix. La rencontre est prévue sur le Pont qui traverse la Seine à Montereau (Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne).Jean sans Peur se rend au rendez-vous sans protection armée. Il s'agenouille avec respect devant le dauphin. Monstrelet raconte que le Duc a peut être eu, alors qu’il se relevait, cherchant appui en posant la main sur le pommeau de son épée, un geste « équivoque ».

Aussitôt, les hommes en armes du Dauphin bondissent et se déchaînent sur le Duc qu’ils lardent de coups alors que le Dauphin, conduit à l’écart, demeure impassible.

Désigné comme le principal instigateur de l'assassinat du duc de Bourgogne, il ne pourra, malgré toutes ses dénégations et ses excuses, se justifier de ce crime.  

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Extrait d’une page des Chroniques de Monstrelet (traduction ci-dessous)

 

« Et ledit duc, qui était à un genoux, comme dit est, avait son épée ceinte, laquelle selon son vouloir était trop demeurée derrière quant il s’agenouilla, si y mit sa main pour la remettre plus devant à son aise. Et lors ledit messire Robert lui dit : « Mettez-vous main à l’épée en la présence de monseigneur le Dauphin ! » Entre lesquelles paroles s’approcha messire Tanegui du Chastel, et en disant « il est temps ! » il férit ledit duc d’une petite hache qu’il tenait en sa main, parmi le visage, si rudement qu'il chut à genoux, et lui abattit le menton. Et quant ledit duc se senti féru, il mit la main à son épée pour la tirer et se cuida lever pour se défendre, mais, incontinent, tant dudit Tanegui comme d’aucuns autres, fut féru plusieurs coups et abattu par terre comme mort. »

 

Enguerrand de Monstrelet épousa Jeanne de Valhuon qui lui donna plusieurs enfants. Il mourut à Cambrai le 20 juillet 1453. Ses restes, retrouvés en 1959 dans la chapelle des Récollets à Cambrai, furent réinhumés en 1962 près du portail.

 

 

Biblio. et images « Les plus belles pages manuscrites de l’histoire de France » - Bibliothèque Nationale – Ed. R. Laffont Paris 1993

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

 

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