07/01/2012

Le pain de pommes de terre du normand Mustel

Originaires d’Amérique du sud, cultivées dès 2000 ans avant J.-C., voire plus tôt encore, les « papas » ne firent leur apparition chez les Européens qu’à la fin du XVe siècle, après la découverte du continent américain. C’est notamment  à la guerre de 7 ans et aux disettes engendrées par ce conflit entre 1756 et 1763, que l’on doit, dans notre pays, la prise de conscience de l’intérêt pour les populations de la consommation de la pomme de terre. Car si elle a été rapidement utilisée dans l’alimentation animale, elle n’est apparue sur la table de nos aïeux que bien longtemps plus tard, à la fin du XVIIIe siècle.    

1.jpg

Deux hommes, deux anciens militaires de retour dans leur province après avoir pris part aux combats qui ont embrasé notre pays et une grande partie de l’Europe, vont contribuer à la faire connaître et à la faire apprécier : Antoine Augustin Parmentier (1737-1813), le picard, et François Georges Mustel (1719-1803), le normand. Si l’histoire se souviendra du premier, elle oubliera le second. Pourtant, François Mustel, originaire de Rouen où il est né le 11 août 1719, a été le premier à imaginer utiliser le fameux tubercule pour en faire du pain !  

2.jpg

Capitaine des dragons de la Légion royale, sa carrière militaire lui a permis de "voir du pays" : l'Allemagne, les Flandres ou l'Alsace. Rentré chez lui en Normandie, à Rouen, dans le quartier Saint-Sever situé sur la rive gauche de la Seine, il décide dès lors de se consacrer à sa passion, l’agriculture, et particulièrement à la culture de la pomme de terre car, écrit-il « il n’y a point de militaire qui ne sache combien ce légume a puissamment contribué à la subsistance de nos armées en Allemagne ! »   

Connaissant la répugnance des normands pour cette plante tubéreuse, le chevalier Mustel va s’employer à la cultiver, la récolter, l’étudier, faire des recherches, les approfondir sans oublier de communiquer sur ses résultats. Il publie en 1767 avec un franc succès  un « Mémoire sur les pommes de terre et sur le pain oeconomique » dans lequel il expose sa méthode pour obtenir une bouillie de pommes de terre utilisable dans la fabrication d’un pain comprenant 1/3 ou ½ de farine de froment dont le coût de revient est inférieur à celui du pain ordinaire.

Non seulement il vante les qualités gustatives de son pain, mais surtout il n’omet pas de souligner son intérêt économique ! Dès lors, la demande ne va cesser d’augmenter et Mustel va s’employer à  organiser la production des pommes de terre en grandes quantités.   

3.jpg

 Antoine Augustin Parmentier (1737-1813)

Quatre ans plus tard, Parmentier, pharmacien de son état, entre en scène. Lui qui disait volontiers que la Normandie était l’une des provinces du Royaume de France « où la pomme de terre a trouvé le plus de contradicteurs»,  va poursuivre les recherches du normand Mustel, avec lequel il correspondait régulièrement et qu’il qualifiait de « premier apôtre des pommes de terre en France ». En 1779, il fait paraître un ouvrage sur la « manière de faire le pain de pommes de terre, sans mélange de farine », rêvant de voir le pain de pommes de terre devenir la base de la nourriture journalière du « bon cultivateur ». Dix ans plus tard, dans son « Traité sur la culture et les usages des pommes de terre », il écrira « Les pommes de terre n’ont pas besoin de l’appareil de la boulangerie pour acquérir le caractère d’un aliment efficace. Elle sont dans leur état naturel, une sorte de pain tout fait : cuites dans l’eau ou sous les cendres, et assaisonnées avec quelques grains de sel, elles peuvent, sans autre apprêt, nourrir à peu de frais le pauvre pendant l’hiver. »  

4.jpg

  Les mangeurs de pommes de terre – V. Van Gogh - 1885

Si en France, à la fin du XVIIIe siècle, on estime à 45 km² l’espace consacré à la culture de la pomme de terre, un siècle plus tard, en 1892, on atteint les 14 500 km².

Le 25 nivôse an II (13 janvier 1794), la Convention, confrontée à l’insuffisance des réquisitions de blé et aux émeutes, adopte la loi relative à la généralisation de culture de la pomme de terre. Son article 1 dispose que « les autorités constituées sont tenues d’employer tous les moyens qui sont en leur pouvoir dans les communes où la culture de la pomme de terre ne serait pas encore établie, pour engager tous les cultivateurs qui les composent à planter, chacun selon ses facultés, une portion de leur terrain en pommes de terre. »

Biblio. « Rouen Parmentier, Mustel et la pomme de terre » Dr K. Feltgen – oct. 1995 – Groupe Historique Histoire des Hôpitaux de Rouen. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

Commentaires

Merci pour cet article ! Chez nous dans le Poitou, c'est l'abbé Coll (allemand) (il vient aider le Marquis de Perusse des Cars à l'installation des rapatriés acadiens) qui cuisine le premier gratin en 1775 ! Il a aussi beaucoup de mal à convaincre, mais s'entête en proposant le samedi une distribution de pommes de terre cuites au four.

Écrit par : Lulu Sorcière | 07/01/2012

Merci pour ce commentaire et surtout FELICITATIONS pour votre blog honoré à juste titre sur Geneanet ! C'est un excellent travail qui mérite pleinement ces éloges.
A bientôt et cordialement

Écrit par : Cathy | 28/01/2012

Écrire un commentaire