31/07/2011

Le retour de la "Fée verte"

Interdite depuis 1915 en raison de ses méfaits, la consommation d’Absinthe ou « Fée verte », boisson aux effluves anisés réputée rendre fou, est de nouveau autorisée dans notre pays depuis le printemps dernier. 

 

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En fait, nos législateurs ont simplement réhabilité le terme d’Absinthe puisque les producteurs étaient déjà autorisés à la vendre depuis 1988 mais sous la dénomination de « boisson spiritueuse aux plantes d’absinthe ».

 

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En Europe, poussent la grande absinthe, qui se plaît dans les régions montagneuses, et la petite absinthe, aux propriétés identiques mais à un moindre degré, qu’on trouve partout dans le Midi.

Ses vertus médicinales sont connues depuis l’Antiquité : fébrifuge, vermifuge, stimulant de l’estomac, elle a aussi une réputation d’excellent tonique névrosthénique agissant sur l’ensemble de l’organisme. Et c’est sous forme d’infusion, de sirop, de liqueur, d’extrait ou macérée dans du vin, qu’on l’utilise jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

En 1830, elle est conseillée, à raison de quelques gouttes mélangées dans de l’eau, aux soldats combattant en Algérie qui souffrent de maux de dysenterie. Ceux-ci s’aperçoivent très vite qu’en augmentant la dose prescrite, elle guérit aussi du mal du pays… C’est ainsi que de médicament, l’absinthe devient source d’ivresse.

De retour chez eux, nos soldats ne peuvent plus se passer de ce breuvage auquel ils ont pris goût. A leur contact, les habitués des cafés, mais aussi les étudiants, les artistes, les ouvriers,…  deviennent à leur tour des « étouffeurs de perroquets », des buveurs d’absinthe.

 

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L'usine Pernod en 1901

 

En industriel averti, sentant l’intérêt des français pour cette nouvelle boisson, Henri Louis Pernod (1776-1851) crée à Pontarlier (Doubs) la première distillerie de production industrielle de liqueur d’absinthe. Des feuilles d’absinthe mélangées à des semences de fenouil et d’anis y sont distillées dans de l’alcool. Le produit est ensuite coloré en vert. L’apéritif obtenu titre entre 60 à 72 degrés. Au consommateur ensuite de « préparer » son absinthe : à la minutie avec laquelle il verse l’eau dépend la saveur du breuvage et le virage à un beau blanc bien dense.

 

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L'Absinthe, tableau de Degas - 1877

 

L’absinthe, consommée partout et par tous en France, y compris par l’élite du pays, finit par être considérée, à la Belle Epoque, comme la boisson nationale des Français. D’un prix très abordable, très peu taxée, produite massivement (environ 30 millions de litres en 1900), elle est accessible à tous. A tel point qu’à la veille de la Première Guerre mondiale, un journaliste écrit que les Français sont devenus « le peuple le plus alcoolisé du monde ! »

 

 

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Propagande antialcoolique du début XXe siècle - 

à G. "La misère dans la famille", à D. "L'Abandon du cabaret"

 

Des rapports médicaux successifs accusent l'absinthe, en raison notamment du méthanol, alcool neurotoxique qu’elle contient, de provoquer de terribles maux : « Elle rend fou et criminel, fait de l’homme une bête et menace l’avenir de notre temps ». Dès lors, "boire sa verte" n'est plus seulement une mauvaise habitude mais un véritable fléau qu'il faut combattre.  Les ligues antialcooliques, les syndicats, l’Eglise catholique, le monde de la médecine et de la presse se mobilisent en masse. Et c’est finalement le premier conflit mondial qui sonnera l’arrêt de mort de l’absinthe en France. « Comme  il n’est pas facile de commander à des gens ivres, comme il n’est pas facile de conduire au front, à marches forcées sous le soleil d’août, des soldats aux jambes coupées par quelques verres de trop », le 8 août 1914, cinq jours seulement après la déclaration de guerre à l’Allemagne, le Gouverneur Militaire de Nice décide d’interdire la vente de l’absinthe aux militaires et aux civils sur toute l’étendue du camp retranché de son territoire. D’autres généraux vont suivre son exemple. Le 16, le Ministère de l’Intérieur enjoint les préfets d’interdire par voie d’arrêté la vente, le colportage de l’absinthe et des boissons similaires. Suivra enfin la loi sur l’interdiction de l’absinthe qui est votée le 17 mars 1915.

 

Biblio. et photos : « Et les Français prirent goût à l’absinthe ! » de J-P. Panouillé – Revue L’Histoire n°52.

Merci à la page Wikipédia sur le sujet.

 

07:00 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je vous vante pour votre paragraphe. c'est un vrai œuvre d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : MichelB | 13/08/2014

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