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16/01/2010

Le nom des enfants trouvés

Le 17 novembre 1699, « au pied d’un arbre » dans la paroisse de Saint-Pierre de Franqueville (Seine-Maritime) a été trouvée par Guillaume Chemin et Elisabeth Gaillard, une petite fille que l’on s’est empressé de baptiser et à qui l’on a donné, comme le voulait alors la tradition, le prénom de la marraine, Catherine, et le patronyme de… « Trouvée ».

A cette époque, à Paris, on estime le nombre d’enfants trouvés à environ 10% du total général des naissances et ce nombre ne va cesser de croître pour atteindre le chiffre monstrueux de 35 % en 1770 ! Au cours du XVIIIe siècle, plusieurs milliers d’enfants sont abandonnés à Rouen : de 36 en 1702, le chiffre atteint environ 600 par an, en moyenne, à la fin de l’Ancien Régime. A tel point que dans toutes les grandes villes de France, à partir de 1750, des registres spécifiques d’enfants trouvés seront ouverts et vont perdurer jusqu’en 1862 ! Et ces abandonnés là, confiés en ville aux hospices, sont le plus souvent des condamnés à mort. A Rouen, leur taux de mortalité avant l'âge d'un an s’élève à  90,8% ! 

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Extrait du registre des enfants trouvés de la Ville de Rouen pour l'année 1806 

Si ces enfants recevaient automatiquement et sans exception au moment de leur baptême un prénom, celui du parrain ou de la marraine, pour ce qui était du nom, les habitudes ont beaucoup varié selon les époques, les diocèses, les curés et les situations.

« Un nom, c’est un moi ! » s’exclamait Jean Valjean dans les « Misérables ».

Au Moyen-âge et sous la Renaissance, on leur attribuait volontiers un nom rappelant leur histoire comme « Trouvé » ou « Sauvé ».

Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ils ne reçurent le plus souvent qu’un unique prénom, celui du parrain ou de la marraine, ou celui du saint du jour ou du saint patron de la paroisse.

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"Le dernier baiser d'une mère" - Charles Marchal - 1858 -

Ce n’est qu’avec la création de l’état civil qu’on va s’efforcer de leur donner un véritable nom patronymique, là encore d’inspiration variée. Parfois, il s’agira du nom que la mère aura demandé pour lui, malhabilement griffonné sur un papier épinglé à ses langes. D’autre fois, on se référencera à un détail comme les initiales brodées ou la couleur du vêtement porté au moment de l’abandon, les circonstances ou le lieu de celui-ci comme ce « Jean-Baptiste Mattelas, » trouvé rue du Matelas à Rouen le 23 septembre 1763.

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Billets d'enfants trouvés - Ville de Rouen

Au XIXe siècle, le législateur tente de mettre un peu d’ordre dans tout cela. La loi du 1er avril 1803 (11 germinal an XI) fixe des limites au choix des noms. Plus tard, la circulaire ministérielle du 30 juin 1812 va recommander aux officiers d’état civil de « rejeter avec soin toute dénomination qui serait indécente ou ridicule ou propre à rappeler, en toute occasion, que celui à qui on la donne est un enfant trouvé » et de ne pas donner de « noms connus pour appartenir à des familles déjà existantes ». Elle les incite aussi à chercher des appellations nouvelles dans l’histoire ancienne ou dans les circonstances particulières liées à l’enfant comme "sa conformation, ses traits, son teint, le pays, le lieu, l’heure où il avait été trouvé".

Heureusement, l’habitude de leur donner plusieurs prénoms dont le dernier tenant lieu de nom finit par se prendre peu à peu et une loi de 1904 l’entérina précisant que l’employé de l’état civil devait attribuer à l’enfant trois prénoms, dont le premier lui tiendrait officiellement lieu de patronyme.

 

Bibliographie :

-        « Laissez parler les noms » de J.-L. Beaucarnot – Ed. Lattès – 2004.

-        « Les enfants du secret » - Livre de l’Exposition 2008 – Musée Flaubert de Rouen.

Commentaires

Je vous applaudis pour votre paragraphe. c'est un vrai charge d'écriture. Développez .

Écrit par : MichelB | 13/08/2014

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