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13/01/2010

La Champmeslé, tragédienne rouennaise

Les rouennais connaissent bien la rue de la Champmeslé qui s’ouvre dans la rue du Gros-Horloge et descend vers la Seine. Mais combien savent qui était cette Champmeslé ?

Dans le « Mercure Galant » de mai 1698, journal hebdomadaire d’information, on peut lire « Il est assez glorieux à ceux qui embrassent une profession de s’y distinguer assez pour faire connaître leur nom par toute la terre. C’est ce qui est arrivé à Mademoiselle de Champmeslé qui vient de mourir… »

La Champmeslé s’appelle en vérité Marie DESMARES. Elle est née à ROUEN, paroisse Saint-Paul, le 18 février 1642. Après le décès de son père, Guillaume DESMARES, en 1753, probablement victime de l’épidémie de peste, sa mère, Marie, se remarie avec Antoine Laguerault, gros propriétaire terrien d’Eauplet, territoire de la commune de Bonsecours (Seine-Maritime) qui fait donner à sa belle-fille une instruction de base tout à fait suffisante pour l’époque : Marie sait lire, écrire et compter.

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A 15 ans, elle épouse le comédien originaire d’Harfleur, Pierre Fleurye qui meure quelques années plus tard.

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Charles Chevillet

Dotée d’un visage « plaisant », d’une taille « avantageuse, bien prise et fort noble » et d’une voix exceptionnelle qui faisait dire à ses admirateurs qu’en « l’entendant, on était obligé de verser des larmes », elle décide à 23 ans d’embrasser la carrière théâtrale par inclination naturelle pour cet art où elle allait s’illustrer avec tant d’éclat. Elle débute à Rouen dans la troupe ambulante de François Serdin aux côtés d’un jeune parisien, également comédien et bon vivant, Charles Chevillet, qui a pris pour nom de théâtre celui de  « Champmeslé » et qu’elle épouse le 6 janvier 1666 dans l ‘Eglise Saint-Eloi de Rouen.

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Acte de mariage de Charles Chevillet et Marie Desmares - Registre paroissial - Eglise St-Eloi de Rouen.

En 1668, la peste qui sévit une nouvelle fois en Normandie pousse les jeunes époux à conquérir Paris.  Le 15 février 1669, ils y intègrent tous deux la troupe du Théâtre du Marais, rue Vieille-du-Temple.  C’est là que débute Marie dans une pièce de l’abbé Boyer intitulée « La fête de Vénus ». L’année suivante, le couple intègre l’Hôtel de Bourgogne, théâtre parisien rival mais légèrement supérieur en notoriété à celui du Marais. Marie y remplace au pied-levé la Duparc, autre tragédienne, indisponible car malade. Dans le rôle d’Hermione, à cette première d’"Andromaque", frémissante d’un talent de grande tragédienne à la voix sublime, Marie obtient un succès sans précédent. « La Champmeslé » est née ! Racine en tombe amoureux et devient très vite son amant. Il lui confie tous les grands rôles féminins  de ses pièces. A chaque création, l’enthousiasme saisit les foules. Marie triomphe dans "Bajazet" (1672), "Mithridate" (1673), "Iphigénie" (1674) créée à Versailles devant le roi Louis XIV, et "Phèdre" (1677) qui restera son plus grand triomphe. Cette dernière pièce marque cependant sa rupture avec Racine après une liaison de 7 années.

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La Champmeslé dans Phèdre

Marie continue cependant sa carrière d’actrice. Elle intègre, toujours avec son mari dont elle ne se séparera jamais, la troupe de Molière à l’Hôtel Guénégaud. Triomphante dans « Ariane », la pièce de Thomas Corneille, sa prestation inspire à Madame de Sévigné, dont le fils Charles aura une liaison avec la tragédienne, le commentaire suivant : « J’ai vu Ariane pour elle seule (La Champmeslé). Cette comédie est fade, les comédiens sont maudits mais quant La Champmeslé arrive, on entend un murmure et l’on pleure de désespoir. » Sa maison est le rendez-vous des beaux esprits comme La Fontaine qui lui dédiera sa fable "Belphégor" et Boileau qui l’a immortalisée par ces vers :

« Jamais Iphigénie en Aulide immolée,

Ne coûta tant de pleurs à la Grèce assemblée,

Que, dans l’heureux spectacle à mes yeux étalé,

En a fait sous son nom verser la Champmeslé ».

A la naissance de la Comédie-Française en 1680, la Champmeslé en devient l’une des principales sociétaires. 

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Elle meurt à Auteuil, probablement d’un cancer, le 15 mai 1698 âgée de 56 ans. Son mari décèdera trois ans plus tard, le 22 août 1701. Le couple n’a jamais eu d’enfant.

 

Commentaires

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Écrit par : hotel nice | 05/04/2010

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