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06/03/2010

Saint-Evremond, un gourmet normand

Célèbre gourmet du XVIIe siècle, il commençait sa journée par des huîtres, la continuait par des lapins de la Roche-Guyon, des perdrix d’Auvergne ou du veau de Normandie.

Très exigeant, il créa avec d’autres amis le fameux « Ordre des Coteaux », cercle gastronomique qui fut baptisé par Boileau.

Alors que l’’approche de la mort le rendait mélancolique et l’obligeait à se résigner à des nourritures toutes spirituelles, un ami à son chevet lui demanda s’il n’avait pas à se réconcilier avec quelqu’un, il soupira « J’aimerais tant me réconcilier avec l’appétit ! »

Ce gourmet, et remarquable homme de lettres, est évidemment un Normand !

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Charles Marguetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Evremond (1614-1703) - Toile de G. Kneller

 

Charles Marguetel de Saint-Denis, puisque c’est de lui qu’il s’agit, naquit auprès de Coutances (Manche), à Saint-Denis le Gast, le 1er avril 1614. Il est le troisième des six fils de Charles de Saint-Denys et de Charlotte de Rouville, tous deux issus de la noblesse normande.

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Le jeune Charles de Saint-Denys de Saint-Evremont, ou, comme on prononce en Normandie, Saint-Ebremont, tiré d’une petite terre de la baronnie paternelle, surnommé dans sa famille « l’Esprit », commence par des études de droit avant de se lancer dans une brillante carrière militaire où il fait preuve de bravoure notamment à Rocroy et dans les campagnes d’Allemagne et de Flandres.

Homme du monde, menant une vie entièrement conforme à ses goûts, il est recherché dans la bonne société comme le type de ce qu’on appelle alors « le galant homme et l’homme honnête ». Il fréquente les soupers des gourmets lettrés. Il charme dans les salons par ses causeries. Son esprit vif et railleur lui fait tenir le  premier rôle chez Ninon de Lenclos.

Critiquant la politique de Mazarin, il entre en disgrâce et doit s’exiler. Il trouve d’abord refuge en Hollande puis en Angleterre où Charles II l’accueille avec bienveillance et lui fait verser une pension de 300 livres sterling. Homme de goût, esprit libre et plein de finesse, il va continuer Outre-Manche à mener sa vie d’épicurien, fréquentant l’élite de l’aristocratie et les gens de lettres. Il y lance la mode du Champagne qu’il proclame le roi des vins. L’usage du français est si répandu à l’époque en Angleterre qu’il ne se donne même pas la peine d’apprendre l’anglais !

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Toile de J. Parmentier (+ 1730)

Vingt ans avant sa mort, il va lui venir entre les deux sourcils « une loupe » qui grossit beaucoup. Il avait « eu dessein de la faire couper, mais comme elle ne l’incommodait point, et que cette espèce de difformité ne lui faisait aucune peine », il préféra en railler

 

Dans son exil, l’écriture devient son principal divertissement et le restera, tout en refusant de son vivant de faire imprimer ses ouvrages. Ils vont donc circuler en manuscrits et leur rareté ajoutera à leur succès. 

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Se présentant lui-même comme « un philosophe également éloigné du superstitieux et de l’impie,  un voluptueux qui n’a pas moins d’aversion pour la débauche que d’inclination pour les plaisirs », ses écrits, dénotant une tolérance et une indépendance d’esprit, vont faire de lui l’un des principaux représentants du courant libertin du XVIIe siècle.

Cet homme qui se plait tant à vivre va se rattacher tout prosaïquement sur la fin de sa vie aux jouissances de la table, les seules qui « rallumassent en lui quelques étincelles ». L'incrédulité religieuse dont il fait preuve le caractérise : il se montre bien moins convaincu de l'immortalité de l'âme que de l'authenticité de la bonne chère et des savantes beuveries.

Le 20 septembre 1703, refusant la visite tant des prêtres que des pasteurs, il s'éteint à Londres âgé de 90 ans 5 mois et 20 jours !

S’il avait envisagé un temps de rentrer en France, son attachement à Hortense Mancini, duchesse Mazarin et nièce du cardinal, qui avait fui outre manche un mari jaloux, l’en dissuada. Il n’est jamais revenu dans son pays natal et fit pendant 30 ans le bonheur de la société Londonienne qui l’honorera d’une sépulture au sein de l’abbaye de Westminster, dans le coin des poètes.

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