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06/01/2010

ROUEN, capitale de la carte à jouer !

Saviez-vous que la fabrication des cartes à jouer fut une des branches florissantes de l’industrie rouennaise  du XVIe siècle ?

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Si elles ne sont attestées en Europe qu’à la fin du XIVe siècle (on les aurait d’ailleurs fait connaître au roi Charles VI devenu fou), la question de leur origine reste posée : Perse ? Chine ?  Ce dont on est certain, c'est qu'en Europe, c’est à partir de l’apparition de la gravure sur bois à la fin du XIVe siècle que l’imprimerie de la carte à jouer va se développer. Auparavant elles étaient peintes à la main par des peintres « à tout faire ».

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Après l’Allemagne, patrie de Gutenberg, la situation géographique centrale de la France, la qualité et l’abondance de son papier, sa démographie en pleine croissance, expliquent l’essor spectaculaire pris par la fabrication de la carte à jouer dans notre pays et principalement dans notre bonne ville de Rouen où elle devient une industrie des plus florissantes.

Le peuple manifesta tout de suite un engouement pour ce nouveau jeu qu’il se mit à pratiquer avec frénésie, à tel point que l’Eglise jugea bon de le condamner ! On brûla solennellement les cartes et… on s’en procura d’autres ! L’exemple venait d’ailleurs d’en haut puisque François Ier, qui interdisait les cartes pour les autres, en usait volontiers avec son entourage ! Privilège de Roi !

Aux XVIe et XVIIe siècles, les deux principales cités marchandes du royaume, Lyon et Rouen, font de notre pays le « grenier à cartes de l’Europe » ! Grâce à ses débouchés maritimes, Rouen inonde la façade atlantique, de la Scandinavie au Portugal, en passant par les Pays-Bas, devenant en outre le fournisseur exclusif des Iles Britanniques. Un arrêt du Parlement de Rouen du 13 décembre 1699 évoque un procès intenté pour malfaçon au Sieur Delamare, propriétaire d’une fabrique de cartes à jouer qui employait 600 ouvriers ! On juge par ce chiffre de l’importance d’une seule des fabriques de Rouen. Et il en existait beaucoup de semblables.

 

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Les cartiers sont alors au faîte d’une gloire dont les Grands décident de profiter ! Dès le XIIIe siècle, la tentation de tirer des jeux une ressource fiscale, s’était esquissée. Mais la véritable fiscalisation du jeu ne s’affirme qu’au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. C’est de Castille et des énormes besoins financiers de Charles-Quint que part le mouvement qui arrivera en France sur une ordonnance du roi Henri III du 21 janvier 1581 comportant cette disposition « portant defense tres-expresse de transporter hors du royaume aucune sortes de papier, cartes & tarots, (…) sinon en payant le droict de traicte ». C’était tout simplement instituer une taxe à l’exportation, "faire payer les étrangers".

 

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Henri III (1551-1589)

Il faut croire qu’un raisonnement économique différent fut soumis au roi peu après, car, deux ans plus tard, en mai 1583, il modifia le régime d’une simple déclaration : les cartes, les tarots et les dés vendus dans le royaume étaient imposés, les produits exportés ne l’étaient plus. Le nouvel impôt fut affermé. Les cartiers de Lyon et de Rouen protestèrent énergiquement et, devant l’impossibilité de recouvrer l’impôt, les mesures furent abandonnées à partir de 1586. Ceci n’était pourtant que partie remise, d’autant qu’après la France, l’État pontifical (en 1588), le duché de Lorraine (en 1599), puis, après 1600, l’Europe entière ou presque, avaient suivi le mouvement, instituant sous des formes variées un impôt sur les cartes à jouer. En 1605, Henri IV rétablit donc l’imposition dans les mêmes formes que son prédécesseur, mais les injonctions du roi se heurtèrent à la résistance des parlements. Finalement, en 1609, de guerre lasse, il décide de renoncer. C'est son fils, Louis XIII, qui va rétablir l’impôt en mars 1622. En dépit des vicissitudes de la fin du règne et de la régence, la taxe sur les cartes et les tarots va alors perdurer, il est vrai par intermittence, tout au long du XVIIe siècle avant d’être abolie une première fois par la Révolution en 1791. Mais la manne apportée par cette taxe ne pouvait laisser insensible une République à court d’argent : l’impôt fut donc rétabli en 1798 et perçu sans interruption jusqu’en 1945 !

Les marques fiscales (timbres, légendes, paraphes, bandes de contrôle, etc…) sont aujourd’hui des repères utiles pour dater un jeu de cartes. Les collectionneurs et historiens sont friands de ces signes parlants et riches d’informations.

A noter qu’il existe en France un musée unique de la carte à jouer. Il se situe à Issy-lès-Moulineaux.

 

 

Commentaires

Merci d'avoir fait de si larges emprunts à mon texte que vous avez trouvé sur le site de l'ACCART (http://as.de.trefle.free.fr/publ-index.htm). Il aurait été honnête de citer la source...

Je vous signale que j'ai publié un important article intéressant la généalogie des cartiers rouennais:
"Le mémorial des Le Cornu, cartiers à Rouen (manuscrit Y128 de la Bibliothèque municipale de Rouen)",
dans: Le Vieux Papier, fasc. 334, octobre 1994, p. 515-528; 335, janvier 1995, p. 26-33; 336, avril 1995, p. 68-76.

Écrit par : Thierry Depaulis | 10/07/2011

Vous avez raison et je suis vraiment désolée pour cette omission. Croyez bien que je m'applique dorénavant (l'article cité remonte à plusieurs mois) à énumérer mes ressources principales, ce que je ne faisais pas systématiquement avant, j'en conviens.
J'ai pour habitude de constituer sur chaque sujet me paraissant intéressant un dossier thématique et de m'inspirer, pour constituer mon article, que des meilleurs écrits : le votre devait donc être excellent. Encore toutes mes excuses et bel été à vous.

Écrit par : Cathy | 10/07/2011

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