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19/09/2009

La pandémie de grippe de 1918-1919

« La mémoire des choses passées est la prudence de qui est à advenir »

E. PASQUIER (1529-1615), Lett. T. III, p. 683

 

Notre gouvernement vient de publier le plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale ». La grippe A H1N1 menace notre pays ! C’est « LE » sujet d’actualité, à la une de la presse comme des journaux télévisés et dans toutes les conversations, qui divise, qui interroge, qui interpelle. En fait-on trop ? Ou pas assez ?

La grippe, cette maladie, vieille comme le monde ou presque (Hippocrate en a décrit les symptômes dès 412 avant J.-C. !), considérée aujourd’hui sûrement à tort par beaucoup d’entre nous comme si bénigne et si banale qu’on en oublie qu'elle peut être terriblement dangereuse et des plus mortelles ! Pour preuve, celle qui frappa notre planète au sortir de la Première Guerre Mondiale.

Elle avait déjà touché sévèrement le continent américain en 1781 et 1782, puis l’Asie et la Russie, entre 1829 et 1833, s’étendant ensuite à l’Europe et à nouveau au continent américain. Lors de l’hiver 1889-1890, une nouvelle épidémie suit le même parcours : naissance en Asie, puis propagation d’est en ouest vers la Russie puis l’Europe. C’est dire que les symptômes grippaux, tout comme l’existence d’épidémies exceptionnelles, sont donc déjà connus des médecins quand surviennent les premiers cas de la terrible « grippe espagnole »* qui restera la pandémie**  la plus mortelle de notre histoire moderne.

L’Europe et le monde sont à peine sortis du premier conflit mondial quand la première vague d’épidémie grippale, contagieuse mais peu virulente, sévit, au printemps 1918. Elle est suivie, dès le mois d’octobre par une pandémie cette fois des plus meurtrières. En 1918, les chercheurs ne sont pas en capacité d’isoler l’agent transmissible responsable de la maladie qui reste invisible, ni de connaître, donc de traiter efficacement ce fléau. L’Académie de médecine ne peut qu’estimer que « la maladie est hautement contagieuse, et que sa transmission est certainement interhumaine », sans pouvoir aller plus loin dans ses explications. Au plus fort de l’épidémie, en octobre 1918, on ferme les lieux publics, on améliore l’assainissement par l’organisation du ramassage des ordures et la vaporisation d’antiseptiques dans les supposés « foyers d’épidémie ». De son côté, le Ministère de la Défense prend en charge les malades venus du front, essentiellement en les évacuant vers les lignes arrières, ce qui ne manque pas de propager l’épidémie aux villes de garnison. La prise en charge individuelle des malades passe par l’isolement au domicile et par un renforcement de l’hygiène. Des services de désinfection se développent et interviennent à domicile pour vaporiser de l’eucalyptus ou des antiseptiques. 

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A Londres, les employés municipaux désinfectent les lieux publics

Pour se protéger, on utilise des solutions antiseptiques à base de menthol, d’eucalyptus, de phénol ou d’acide salicylique sous des formes aussi diverses que des pommades labiales et nasales, des solutions pour le lavage des mains et du visage, voire des gargarismes.

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 Manifestation en faveur du port d'un masque hygiènique à Paris en 1918

Pour soigner, on administre des traitements issus de l’expérience de la syphilis ou de la tuberculose. De l’arsenic, des solutions d’argent et d’or colloïdal administrées par voie intraveineuse, des sérums, des stimulants, de la quinine mais aussi des saignées contre la congestion, autant de soins qui, en l’absence d’identification de l’agent pathogène, demeurent symboliques, insuffisants et peu efficaces. Car ce n’est que dans les années 1930 que le virus grippal de type A, responsable de la pandémie, sera enfin isolé !

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Les hôpitaux du monde entier sont bondés

 

La « grippe espagnole » de 1918 fera 60 millions de morts. A titre d’exemple, on évalue à 13 millions le nombre de morts aux combats de la Grande Guerre.  50% de la population mondiale aurait été contaminée (soit à l’époque 1 milliard d’habitants). Et en France, on estime que 165 000 personnes y ont succombé.

L’épidémie s’est éteinte en 1919 d’elle-même et n’est jamais réapparue sous cette forme. On sait aujourd’hui qu’elle était due à une souche du virus H1N1 particulièrement virulente et contagieuse. Ce virus, responsable de la grippe A, est devenu le virus de grippe dominant dans le monde.

Le 11 juin dernier la grippe H1N1 a été déclarée première pandémie du XXIe siècle par l’Organisation Mondiale de la Santé.

"Prudence est mère de sûreté" : pour que l'histoire ne se répète pas, RESTONS VIGILANTS !

 

* Son surnom « grippe espagnole » vient du fait que seule l’Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlent dont de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’armée était affaiblie.

** c’est-à-dire maladie à diffusion mondiale.

07:17 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je vous approuve pour votre éditorial. c'est un vrai boulot d'écriture. Poursuivez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

Les commentaires sont fermés.