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02/09/2009

Les abréviations en paléographie

Qui cherche à lire un texte ancien ne tarde pas à buter sur des mots incomplets et  des signes illisibles, voire incompréhensibles. L'usage des abréviations complique sérieusement la traduction des manuscrits au demeurant même s'ils sont parfaitement écrits en français ou calligraphiés.

Il faut savoir que tout mot abrégé comporte, théoriquement du moins, un signe graphique qui indique son abréviation,  sorte de « clin d’œil » du scribe au lecteur pour attirer son attention.  Le signe le plus employé est appelé « tilde » ou « titulus d’abréviation ». Il est formé par une barre horizontale en principe placée au-dessus du mot abrégé.

Cependant, quand le mot est très courant, le scribe l’abrège sans prendre la peine de le signaler, donc sans placer de « tilde » ou alors en le transformant, comme un simple prolongement de la dernière lettre du mot.

 Cette manie d’abréger les mots pour épargner du temps comme de l’espace, constituait aussi pour les scribes une façon de crypter l’écriture manuscrite aux yeux d’une grande majorité de la population alors totalement illettrée. A cette époque, lire, et plus encore écrire, restait l’apanage d’une classe d’élites qui détenaient ainsi un pouvoir réel sur ceux qui s’en remettaient pour tous les actes de la vie, uniquement à  l’expression orale.  Jusqu’au XVIe siècle, dans les milieux juridiques, courait encore l’adage « Témoins passent lettres ». Et de là sans doute provient la coutume des neuf témoins lors de la dictée d’un testament alors que, en toute rigueur, deux auraient pu suffire !

PALEO.JPG

Extrait de "Les secrets de révérend signeur Alexis piémontais", texte imprimé comportant des abréviations signalées par des tildes comme sur le mot "maintenant" (9ème ligne du texte)

Avec le temps, l’administration exigeant toujours plus d’actes écrits, les lettrés devinrent des intermédiaires obligés entre une population analphabète et une administration de plus en plus soucieuse de preuves écrites. C’est ainsi que l’usage de l’abréviation se généralisa et perdura même après l’apparition du papier, pourtant beaucoup moins coûteux que le parchemin, et celle de l’imprimerie, alors même qu’elle n’était plus ni vraiment nécessaire ni même utile. Il en reste encore aujourd’hui quelques exemples comme l’abréviation de « et » par « & ».

Esperluette.png

L'Esperluette résulte de la ligature du "e" et du "t"

Théoriquement, tout mot peut être abrégé. Cependant, pour que le lecteur puisse restituer le mot abrégé, le scribe n’abrège que les mots les plus courants. Ainsi les noms propres, de personnes ou de lieux sont rarement abrégés sauf si c’est évident comme un nom de lieu revenant plusieurs fois dans le même document.

Il existe deux façons d’abréger un mot. Soit le mot est inachevé, on parle alors d’ « abréviation par suspension » (le scribe ayant suspendu son geste). C’est le cas quand nous utilisons « etc » au lieu de « et cætera », en ne traçant que le début de cette expression. Soit le mot est tronqué de quelques lettres en son milieu, on parle alors d ' « abréviation par contraction », comme lorsque que nous utilisons « st » pour « saint » ou « bd » pour « boulevard ».

Et pour compliquer le tout, le scribe ne se sentait nullement obligé de choisir entre ces systèmes et pouvait également les combiner ...

 

Biblio. : « Partez à la recherche de vos ancêtres » - La Revue Française de Généalogie – 2002 – C. Mazenc.

 

Commentaires

Je vous applaudis pour votre critique. c'est un vrai travail d'écriture. Continuez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

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